Ces Français des villes contre ces Français des champs

La condescendance affichée de certains citadins envers « les territoires », qui représentent pourtant l’essentiel du pays, révèle un entre-soi insupportable.

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La campagne a la ville by Celine Nadeau(CC BY-SA 2.0)

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Ces Français des villes contre ces Français des champs

Publié le 18 juillet 2020
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Par Patrick Aulnas.

S’agit-il d’une simple impression ? La presse mainstream, les chaînes d’information, les émissions dédiées à l’actualité (type C’est dans l’air sur la Cinq) semblent refléter de plus en plus la vision des citadins. Et même des seuls citadins des grandes villes.

Si vous résidez dans une petite commune de quelques milliers d’habitants, a fortiori en zone rurale, vous avez certainement le sentiment de faire partie des grands oubliés. Pire, vous ressentez sans doute une forme de mépris.

L’avenir appartiendrait aux grandes villes, au logement collectif, aux grandes tours végétalisées, aux transports en commun bondés. Voire.

Citadins : courage, fuyons la ville !

Pour accepter le mode de vie des très grandes villes, il faut y avoir été conditionné dès l’enfance ou être soumis aux dures lois de l’économie. Mais la vraie vie est ailleurs. L’espace d’une maison individuelle et d’un jardin vaut mieux que les petites cases privatives des immeubles en copropriété. Les champs, les forêts, les chemins herbeux, les rivages côtiers, bref la nature véritable n’ont strictement rien en commun avec les pitoyables créations architecturales couvertes de végétaux atrophiés.

Et malgré la propagande politique, qui pourrait prétendre que le métro ou le bus sont plus agréables que la voiture individuelle ? Vous avez vu beaucoup de politiciens ou de dirigeants de grandes entreprises emprunter les transports en commun ? Non, ils les préconisent pour le vulgum pecus mais utilisent leur voiture avec chauffeur et parfois leur jet privé. L’empreinte carbone réduite, c’est pour les autres.

Et ne venez surtout pas objecter qu’ils compensent en plantant des arbres ou en investissant dans les énergies renouvelables ! Ces mécanismes moralement odieux sont la transposition contemporaine du commerce des indulgences, qui permettait aux riches d’obtenir des prêtres catholiques la rémission de leurs péchés en versant des espèces sonnantes et trébuchantes. Honteux, inadmissible aujourd’hui !

Les cadres dirigeants et supérieurs possèdent d’ailleurs très fréquemment une résidence secondaire. Ils peuvent se permettre de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier. L’exode d’un grand nombre de Parisiens pendant le confinement a montré la duplicité du discours encensant la ville et ses avantages.

Les malheureux qui y sont restés bloqués ont alors compris l’hypocrisie de ceux qui participent de près ou de loin à l’exercice du pouvoir politique ou économique. Par médias interposés, ils ont le monopole du verbe, mais sous la paille des mots, chacun a découvert le grain des choses : « Vous avez une chance inouïe de vivre dans une grande ville, mais moi j’ai le choix et à la première alerte, je décampe. » Morale de petite crapule opportuniste mettant son savoir au service des puissants, par intérêt, rarement par adhésion.

La vague verte, une pure invention de citadins riches

La détestable arrogance des citadins aisés est apparue à nouveau de façon caricaturale à l’occasion du deuxième tour des élections municipales. À l’annonce des résultats, il n’était question que de vague verte. Les écologistes avaient, soi-disant, remporté une grande victoire. Politiciens, journalistes, intellectuels de service étaient unanimes : l’écologie avait le vent poupe et venait de réussir une percée historique.

Tous ces commentateurssont des citadins qui habitent en général la capitale. Ils ne voyaient rien d’autre que leur environnement quotidien et leurs petites marottes intellectuelles concernant la fin du monde annoncée par l’idéologie en vogue. Aussi étaient-ils incapables de regarder la réalité en face : il n’y a jamais eu de vague verte que dans leur esprit embué.

Les écologistes ont certes conquis sept des 42 villes françaises de plus de 100 000 habitants : Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Tours, Annecy et Besançon et Grenoble. Mais sept sur 42, c’est une vaguelette. Et du fait de l’abstention massive, les résultats ne sont absolument pas significatifs politiquement.

Prenons l’exemple de Lyon pour le second tour, transposable aux autres villes :

62 % des électeurs inscrits s’étant abstenus, la liste gagnante n’a obtenu que 19 % des suffrages de ces inscrits. Or cette liste résultait de l’alliance de neuf partis politiques : Europe Écologie Les Verts, La France insoumise, Gauche républicaine et socialiste, Ensemble !, Mouvement républicain et citoyen, Parti socialiste, Parti communiste français, Génération·s, Place publique, Nouvelle Donne.

Il s’agit donc tout simplement d’une coalition des partis de gauche et d’extrême gauche bâtie sur l’impopularité d’Emmanuel Macron et le rejet de Gérard Collomb, ancien maire de Lyon et ministre de l’Intérieur de Macron.

Cette victoire à Lyon traduit surtout un opportunisme écologiste. EELV a fait feu de tout bois pour l’emporter dans des circonstances tout à fait exceptionnelles. Petite victoire mais grand tapage médiatique.

En élargissant la focale sur les 3168 villes qui comptent plus de 3500 habitants, EELV n’en a remporté qu’une trentaine, soit moins de 1 %. Et en considérant les presque 35 000 communes de France, le score écologiste devient vraiment pitoyable puisque l’élection n’est pas politisée dans les petites communes.

La rupture avec le peuple de France

Selon l’INSEE, la population française se répartit comme suit en fonction de la densité de population :

  • 781 communes denses représentant 37,7 % de la population totale ;
  • 3407 communes de densité intermédiaire représentant 29,6 % de la population totale ;
  • 30 782 communes peu denses ou très peu denses représentant 32,7 % de la population totale.

Les deux-tiers des Français résident donc dans des petites communes. Ils ont un mode de vie auquel ils tiennent et que les priorités écologistes ne peuvent que dégrader.

Mais les catégories socio-professionnelles supérieures vivant dans les grandes villes monopolisent la parole et déforment la réalité en choisissant les thèmes jugés par elles importants et correspondant à leur intérêt. La connivence entre politiciens, journalistes et cadres est de plus en plus apparente et de plus en plus mal supportée.

La condescendance affichée de ces catégories envers « les territoires », qui représentent pourtant l’essentiel du pays, révèle un entre-soi insupportable. Sous couvert d’objectivation, le vocabulaire de l’énarchie, repris sans aucun esprit critique par les médias, dénote un mépris qui conduit à une rupture profonde entre ceux qui décident ou commentent et l’écrasante majorité, qui subit leurs diktats sans y adhérer.

Le risque politique ne cesse de croître. Alors, réveillez-vous, décideurs petits et grands ! Parlez des Français et de leurs préoccupations, pas de vos angoisses de fin du monde. Méprisez la créativité linguistique hasardeuse, souvent totalement ridicule, de l’énarchie. Ne vous comportez pas en donneurs de leçons dans un monde dont personne, et surtout pas vous, ne connaît l’avenir.

 

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  • Ecologistes, collectivistes, …, qu’il fassent ce qu’ils veulent de leurs lieux de vie, mais surtout qu’ils continuent à nous oublier !

    • Le problème, c’est que leur lieu de vie – la ville qu’ils aimeraient aussi verte que la Creuse, les bagnoles en moins – est aussi notre lieu de vie.
      Si je vais à Paris ou Grenoble, et maintenant Bordeaux ou Lyon, ou si je dois seulement les traverser, je ne vois pas au nom de quoi je devrais subir les tourments du diktat anti-bagnole.
      La ville ne peut pas seulement être adaptée à ceux qui y paient des impôts locaux. Elle doit l’être pour tous.

  • Il n’y a pas que la ville et les champs, il y aussi la banlieue. Et c’est valable quel que soit la taille de la ville. Chacun a ses priorités mais c’est le centre ville qui décide de façon dictatoriale pour tous les autres. Et aussi surprenant qu’il paraît ceux qui paient le plus décident moins que les autres….. Les ecolos la dedans n’est que folklore., un concours de villes fleuries. Les pistes cyclables, de la poudre au yeux. Que font ils d’autre, rien à part poser des plantes sur un balcon des ruches sur un toit, c’est tellement stupide tout ça. Des naïfs, surtout des naives , des proies faciles pour tous les escrocs, et ils pullulent.

    • Je pense que les « bas quartiers » sont une constante de la civilisation. Toute considération politique mise à part, je doute qu’entériner cet état de fait soit une bonne idée.

  • Pour ceux qui ne l’avaient pas ressenti, cette condescendance s’est matérialisée durement avec la crise des Gilets jaunes.
    Les politiques et les medias, qui prônaient pour la plupart le 80 km/h et la taxe carbone, ont découvert que le pays réel ne pensait pas comme eux.
    Et les vrais gens ont compris que ceux qui les gouvernaient, du haut de leur tour d’ivoire citadine, vivaient hors sol.
    La petite victoire des écolos, intrinsèquement anti-bagnole ne va faire qu’ajouter de l’huile sur le feu.

  • laissons les croire à  » leur immense et discutable victoire  » à tout ces écolos ; plus dure sera la chute ;

    • J’aimerais vous croire, mais la chute, pour le moment, est celle de la vie de campagne, de la vitesse sur les départementales, de la convivialité rurale, et du sens commun en général.
      La résidence secondaire familiale est dans une commune qui s’est offerte à des bobos retraités parisiens, lesquels semblaient aimables et honorables jusqu’à accéder au pouvoir. Rétrécisseurs, ralentisseurs, gestion punitive des déchets ménagers, bétonnage contre les 1.1m d’élévation du niveau des océans prévus pour 2100 (sic), respect scrupuleux des normes et édiction de nouvelles règles supplémentaires, oui la chute du bien-être local sera dure, mais sans effet sur les décideurs importés.

  • le problème reste le législatif….et surtout les tentatives « constitutionnelles »..
    mis à part l’aspect propagande, ce qui reflète un problème de média..si une ville vote vert grand bien lui fasse..

  • Certes, la « vague » escrologiste est en grande partie une illusion : ces gens-là peuvent remercier les abstentionnistes qui leur ont laissé la place et qui, à présent, ont le toupet de se plaindre de l’arrivée aux commandes de grandes villes de ces dangereux zozos verdâtres.

    Dans la commune où je réside, nous avons réélu un bon maire qui était menacé par une coalition gauchardo-escrologiste : ayant été voter, j’ai – très modestement – contribué à cette victoire. C’est toujours mieux que de ressasser « tous pourris », « tous les mêmes », « à moi, on ne la fait pas », « MOI JE sais que tout est inutile », etc.

    Les imposteurs et les ennemis de la liberté prospèrent grâce à la débâcle du civisme. Certes, voter ne résout pas tout et il y a des scrutins dans lesquels il n’est pas facile ni enthousiasmant de choisir : mais il ne faut pas déserter et laisser la place aux escrologistes, racialistes, indigénistes, gauchistes, communautaristes et autres individus néfastes.

    Il faut – parfois – accepter de choisir le moindre mal.

  • Leur idée fixe « écolo »est d’autant plus stupide en ces temps pandémiques que ce sont eux, les citadins et en particulier des grandes villes, qui sont les plus impactés par les risques sanitaires, de blackout, terroristes ou autres …

    Les péquenauds risquent moins les contagions, ne risquent pas de rester bloqués dans un ascenseur et ne sont pas des cibles intéressantes.

    Dans l’état économique du pays, foutus pour foutus, une éventuelle seconde vague est leur problème, sachant qu’il leur sera difficile d’imposer un nouveau confinement à l’ensemble de la population et garder la tête sur les épaules.

  • La condescendance citadine ne date pas d’aujourd’hui : citadin vs péquenaud que j’ai vécu dans ma jeunesse qu’elle soit économique, culturelle ou écologique maintenant. Partout on trouvera une catégorie pour se gausser d’une autre.
    La plus insupportable car autoritaire est pourtant de se farcir la condescendance du parisianisme.. mais je tiens ma fourche d’une main et ma liberté de l’autre.

    • J’avais des collègues et des amis à Paris, citadins purs et durs qui ne supportaient pas l’idée de vivre ailleurs et disaient ne pas supporter le chant des oiseaux !

      Moi j’ai fuit Paris. J’espère qu’ils penseront à installer des épouvantails dans leurs jardins suspendus …

      • En parlant d’oiseaux, paraît-il ceux des villes affichent également un mépris pour ceux des campagnes. Le labeur ne paye plus !

    • sauf que les pequenauds ne ménageaient pas les parisiens non plus.

      le mépris on s’en tape, le seul sujet qui compte est que les citadins veulent via la voie légistative diriger aussi les pequenauds…

  • M. Aunas, merci pour votre analyse. Je suis totalement d’accord avec vous et je commence à être sérieusement ulcérée par ces moutons écolos déconnectés de toute réalité qui nous empoisonnent l’existence.

  • coupons les subventions à tous ces médias et journalistes : on les entendra moins.

  • Les journalistes télé en particulier désinforment de plus en plus en plus et nous prennent pour des enfants ou des c…
    Au point de nous dire ce que nous devons manger avant de conduire!
    Mais pendant ce temps Xi et Erdogan veulent notre peau;
    trop sérieux pour que nous puissions comprendre. Donc, silence.
    Qui donnent des ordres à ces journalistes qui refusent d’identifier les criminels, meurtriers et donnent le qualificatif d »incivilités » à ces actes?
    Qui n’en ont que pour les écolos et déforment ainsi malhonnêtement leur poids réel!
    Heureusement qu’il reste une partie de la presse écrite et des médias comme le votre pour nous éviter de sombrer totalement!

  • Je réside à Bordeaux et l’arrivée du nouveau maire écolo ne m’a pas ému plus que cela, non que j’approuve sa politique, mais son challenger, successeur de Juppé, bien que déclaré de droite, avait à peu près la même ligne de programme : c’est ainsi que, à titre d’exemple, Bordeaux est la ville où le stationnement est le plus cher de France après Paris.
    Hurmic semble être un honnête homme, en revanche, pour la métropole, prise d’assaut par les socialo-communistes, on peut avoir du souci à se faire.

  • « Et du fait de l’abstention massive, les résultats ne sont absolument pas significatifs politiquement ». Mais ne les laissez pas faire: allez voter massivement contre. c’est un peu facile de leur dire qu’ils ne sont pas représentatifs, quand on ne les a pas contré.
    Trop tard: le vote a eut lieu.

  • Bof. Les logiques de ruptures se manifestent aussi en province. Les tensions transgénérationnelles sont d’ailleurs plus importantes dans les petites communes que dans les villes denses, les arbitrages politiques y sont difficiles.
    La question écologique me semble relativement marginale en fait, même si c’est une forme d’expression d’autres phénomènes plus profonds. Alors c’est vrai que les villes denses et les campagnes n’expriment pas les mêmes choses avec la même formulation… mais les changements centraux dans les comportements sont très comparables. Pas de Fin de l’Histoire, même à la campagne.
    Donc bon, on se retrouve avec une nécessité d’avoir des organisations collectives qui respectent mieux le principe de subsidiarité, à toutes les échelles (pays, commune, entreprise… famille) et partout… pas de surprise.

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