Remaniement : Jean Castex, le choix conservateur

Ce sont des réformes en profondeur et une rupture claire avec le socialisme diffus du premier gouvernement qui doivent être mises en place si nous voulons voir prospérer le pays et renaître les libertés publiques.

Par Frédéric Mas.

Édouard Philippe a démissionné de son poste de Premier ministre, le voilà remplacé par Jean Castex, un haut fonctionnaire presqu’inconnu aux yeux du grand public. Au grand dam d’une partie des commentateurs et des éditorialistes, qui attendait une femme ou un écologiste, c’est un proche de l’ancien Premier ministre, énarque, auditeur à la Cour des comptes, ancien collaborateur de Xavier Bertrand et de Nicolas Sarkozy qui est en charge de proposer un nouveau gouvernement. Nicolas Revel, patron de la CNAM et fils de Jean-François Revel, devient son directeur de cabinet.

Plutôt que de céder aux sirènes médiatiques et parisiennes, le président de la République a choisi un profil assez semblable à celui du Premier ministre sortant. L’image de sérieux et de professionnalisme d’Édouard Philippe a séduit les Havrais, Emmanuel Macron compte peut-être sur les mêmes ressorts pour rassurer des Français méfiants et divisés.

Un bureaucrate parmi les bureaucrates

Bien entendu, il ne serait pas prudent de juger un Premier ministre avant même ses premières initiatives. Contentons-nous de regretter le manque d’imagination d’un gouvernement qui, en perdant l’ambition de réformer, pioche désormais dans le même pool de bureaucrates pour gérer les affaires courantes là où les circonstances demandent des visionnaires pour libéraliser le pays.

Il convient toutefois de souligner que comme Édouard Philippe, l’énarque garde un pied en tant qu’élu dans son fief local de Prades dans les Pyrénées-Orientales. On ne sort pas du Tout public, puisque l’homme n’a pas d’expérience dans le domaine privé ou même de formation en économie.

Malgré ses appels du pied aux écolos et aux « progressistes », le gouvernement Macron réaffirme son positionnement « centriste autoritaire » en prévision de la présidentielle à venir, puisque hier encore, Jean Castex était adhérent à LR (et a soutenu Fillon en 2012).

Par cette nomination, le président réaffirme aussi sa volonté de maintenir sa prééminence absolue dans la conduite des affaires du pays. Castex est un exécutant, et rejoint la foule de ministres et de secrétaires d’État macronistes qui sont autant de prête-noms pour le chef de l’État.

Il va falloir maintenant quelques jours à Jean Castex pour choisir ses nouveaux collaborateurs et réinsuffler de la vigueur dans un gouvernement épuisé et discrédité. Déjà des bruits courent : le gouvernement voudrait davantage s’ouvrir sur la société civile et réduire son personnel.

Ce pourrait être un bon début, mais la crise économique qui s’ouvre demande autre chose que ce genre de communication timide. Ce sont des réformes en profondeur et une rupture claire avec le socialisme diffus du premier gouvernement qui doivent être mises en place si nous voulons voir prospérer le pays et renaître les libertés publiques.

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