Convention climat : la démocratie attaquée sous couvert de démocratie

Ces démarches de consultations sont le rêve de tous ceux qui font les beaux jours de Sciences Po : contourner la démocratie représentative, au profit d’instances plus facilement manipulables par une « élite éclairée ».

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Convention climat : la démocratie attaquée sous couvert de démocratie

Publié le 11 juillet 2020
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 Par Michel Negynas.

Convention Climat : « il ne fait aucun doute que, si elles avaient été versées au débat public, la plupart de ces propositions auraient été jugées indéfendables. »

« Ce qui clive le plus la société devient consensuel dès qu’on se donne la peine de le discuter sur une base factuelle. Ce n’est que lors de la convention que nombre des 150 citoyens sélectionnés ont découvert la gravité du problème climatique. Et pourtant l’écrasante majorité d’entre eux a approuvé des propositions ambitieuses. » (Stéphane Foucart, Le Monde du 5 juillet)

La Convention ou la déconnexion du militantisme écologiste

Certains militants écologistes sont tellement empreints d’une vision fantasmée du monde que naïvement, ils affichent eux-mêmes leurs incohérences.

En l’occurrence, il ne vient pas à l’idée du chroniqueur que si les propositions de la convention avaient été jugées indéfendables par les citoyens ordinaires, c’est peut-être qu’elles le sont effectivement ?

Le citoyen ordinaire penserait que le jugement est négatif : la convention a accouché d’un bazar inapplicable. Mais non, le chroniqueur, lui, en fait un cri de victoire : on a contourné l’avis des citoyens. Cela en dit long sur sa conception de la démocratie.

En fait, après 6 mois de cohabitation, de bourrage de crâne et de descriptions apocalyptiques de notre futur, les participants à la convention ne sont plus des citoyens ordinaires. Ils deviennent eux-mêmes des experts. Des experts désinformés, certes, mais qui ont en apparence acquis la légitimité des savants, du moins le croient-ils.

On arrive ainsi au paradoxe de ce genre de démarche faussement participative : soit les tirés au sort restent des citoyens lambda, et ils n’ont aucune légitimité, hormis d’être dépositaire du « bon sens », ce qui est un peu léger pour présenter des solutions à des problèmes complexes.

Soit on les « informe », et l’assemblée devient une énième commission « d’experts institutionnels », comme il en existe déjà des dizaines. Et on sait ce que cela devient.

L’État dispose déjà de procédures de consultation, mais les détourne

Or, l’État dispose déjà de pléthore de procédures de concertation pour légiférer. Les deux chambres, d’abord, fortes de leurs commissions, qui produisent parfois des analyses pertinentes, souvent au Sénat d’ailleurs.

Ensuite, la Commission du débat public peut intervenir. Elle est bien mieux outillée et structurée que les commissions opportunistes créées par le Président, comme le Grand débat, ou cette convention. Enfin, toute loi doit être précédée d’une consultation publique.

Mais même ces instances peinent à tenir compte des avis des vrais experts. Concernant par exemple la Programmation pluriannuelle de l’Énergie (la PPE), il est intéressant de voir ce qui s’est passé, et de le mettre en perspective de la convention Climat.

  • La PPE a fait l’objet, pour la loi dont elle dépend, d’un rapport demandé par le gouvernement de MM Grandil et Percebois en 2013 ; rappelons que monsieur Grandil est un ancien Directeur de l’Agence internationale de l’énergie. C’est à se tordre de rire ou à pleurer, la PPE fait exactement l’opposé de toutes les recommandations du rapport.
  • La PPE a été portée à la CNDP (commission nationale du débat public) avec de multiples formes de consultation : débats avec et sans tables rondes, débats publics en région, et recueil de commentaires et papiers de position écrits. Seul ce dernier support permettait vraiment d’exprimer des positions argumentées. Plus des deux- tiers des interventions exprimaient leur désaccord ou leur incompréhension vis-à-vis du projet de PPE, en particulier sur la gabegie des énergies renouvelables et l’affaiblissement du nucléaire. Les auteurs en étaient des vrais experts, et l’ensemble des sociétés savantes de France : les Académies des Sciences, des Technologies, de Médecine… La Cour des comptes n’était pas en reste, soulignant qu’il était surprenant que soient consacrés 60 % des financements à 5 % de sujets, et que l’on décarbone une électricité qui l’était déjà. Las ! La commission était présidée par celui-là même qui avait négocié la baisse du nucléaire, côté écologiste, lors du marchandage électoral avec les socialistes en 2012… Les conclusions de la commission ne reflètent guère les avis des spécialistes car, dixit le président, les « citoyens ont montré plus d’ambition que les experts, restés dans leur posture ».

Ce long aparté pour montrer qu’on était déjà dans l’esprit de la Convention climat : des citoyens éclairés, des experts campés sur des postures… du moins ceux qui émettent des doutes et montrent des éléments réellement factuels.

Le chroniqueur du Monde d’ailleurs parle de « base factuelle ». Comme on l’a montré ici, même en préambule, la description de l’effet de serre à l’intention des citoyens « tirés au sort » est fausse !

On retrouve aussi le même problème de gouvernance et de conflits d’intérêts que pour la PPE : les principaux organisateurs, et même les « garants », sont presque tous des écologistes, radicaux pour certains.

Enfin, traiter des émissions de CO2 sans parler de l’électricité est un exercice de haute voltige ! Mais la PPE ayant été votée, il n’y avait plus rien à voir !

Une Convention qui attaque la démocratie sous couvert de démocratie

Il est clair que ces démarches de consultations visent à établir le rêve de tous les extrémistes et autres pseudo sociologues qui font les beaux jours de Sciences Po : contourner la démocratie représentative, au profit d’instances plus facilement manipulables par une « élite éclairée ».

On rejoint ici les théories du philosophe Hans Jonas : les générations futures ne votent pas, il faut donc faire « évoluer » la démocratie. À ce titre, le rôle accru qui semble être donné au Conseil économique, social et environnemental est inquiétant, puisque ses membres sont nommés, souvent par copinage.

Le tirage au sort (le vrai, c’est-à-dire via l’inscription aux listes électorales avec obligation aux citoyens d’y aller) d’une partie du Parlement n’est pas une idée à rejeter. Nul ne conteste que notre démocratie représentative a besoin d’un second souffle. Mais ce n’est pas en la mettant en concurrence avec des instances manipulées qu’on la sauvera.

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  • Donc il suffit que l’écrasante majorité d’un groupe soit disant tiré au sort, puis minutieusement endoctriné vote quelque chose, et ça devient la politique d’un pays? Bienvenue dans la dictature verte, et bientôt rouge pour ceux qui ne seront pas d’accord

  • On ne va pas faire tout un fromage de cette histoire de convention,. C’est l’Europe qui décide et l’Europe n’est pas démocratique. L’Europe a décidé que la France serait ecolo et elle sera ecolo.

  • La dictature, la dictature ….

  • Le légendaire dirigisme centralisé à la française, on ne peut pas organiser quelque chose sans mettre son grain de sel. Comme si l’unité française ne pouvait exister sans le pouvoir (presque) absolu du roi et son administration. C’est que le mal est historique, la légitimité mal acquise : un homme, des territoires (dépossédés).

  • merci pour votre regard éclairé.
    H Guaino a dit la même chose que vous.

  • Les écolos militants , les écolos professionnels, de carrière, de propagandes, sont de parfaits incultes, doublés de Gourous, convaincus qu’ils doivent imposer au monde, un salut, dont eux seuls ont le secret. Il est clair que toute notion de démocratie, mais aussi de raison, de logique, de bon sens, n’a plus sa place, face a la nefastitude d’une secte et de sa Greta.
    Ce n’est pas avec des outils Habituelles de la démocratie que l’on se préserve des malades mentaux.

  • Exactement! Cette convention est une vaste fumisterie.

  • Dites-moi: comment les gens se laissent-ils manipuler de pareille façon? Certains se rendent compte, mais beaucoup votent encore pour ces verts intégristes. Avec toutes ces mesures, où va aller notre économie?

    • Elle ira là où elle où elle doit aller : à la faillite après avoir connu les délices du chavisme ou du madurisme…

    • La peur et la démagogie, voilà les deux mamelles de la manipulation politique et pour l’écologie elles sont employés à fond. Une peur millénariste d’un ennemie invincible d’un coté et la promesse d’un retour à l’éden mythique de l’autre. C’est de ce genre de délire que se sont construit les dictatures les plus absolues et abjects, lorsque la raison est éliminé au profits de l’idéologie.

  • le Monde reconnait implicitement le  » lavage de cerveau  » subi par les citoyens de la convention !!!! ils arrivent avec leurs idées et repartent avec celles de l’encadrement qui est tout sauf neutre !!!!!

    • c’est beaucoup plus simple que cela. La convention avec juste pour objectif de définir COMMENT réduire nos émissions de CO2. En gros c’est comme si on demandait à un condamné à mort de définir lui même les moyens de son exécution… belle liberté que voilà…

    • C’est digne de gourous.

    • Le Monde contribue depuis des années à ce lavage de cerveau, avec son grand-pretre Stefan Foucard

  • « En fait, après 6 mois de cohabitation, de bourrage de crâne et de descriptions apocalyptiques de notre futur »
    Cela fait 20 ans que cela dure…

  • Mes cher concitoyens, nous allons débattre sur les modalité de mise en œuvre de MES idées. Voilà les prémisses du « grand débats »

  • en général ça définit les extrémistes de gauche façon la république c’est moi de mélenchon..

    la démocratie au dessus de tout MAIS il il a une reserve à condition que la majorité soit de leur avis..

    donc..
    trump n’est pas mon président mais aussi un josé bové disant que chirac n’était pas légitime à décider je ne sais plus quoi, et qui se présentait aux elections par la suite..

    mais ça c’est rien, on doit rappeler qu’il ya eu déjà une tentative pour rendre une loi dite environnementale inabrogeable..

  • Le résultat de la convention citoyenne n’a d’intérêt que s’il est ensuite soumis à référendum. En l’absence de référendum, c’est un déni de démocratie.

    En outre, une convention citoyenne n’a d’intérêt que si l’ordre du jour est défini par les citoyens eux-mêmes, et non par des instances idéologisées (associations gauchistes ou verdâtres, Terra Nova, le Président lui-même, etc.) Si on avait laissé les citoyens décider de l’ordre du jour de la convention, il est plus que probable que l’immigration et la sécurité auraient été mises en débat, peut-être même la peine de mort ou le droit au port d’arme, bien avant les délires climatiques dont l’immense majorité des Français se moque éperdument, sauf pour leurs conséquences fiscales insoutenables.

    Autrement dit, c’est un système à la manière suisse qu’il convient d’adopter pour la France, et certainement pas ce scandale anti-démocratique de convention sur le climat.

    Mais voilà, la France est-elle encore une démocratie ?

  • Convention climat : la démocratie attaquée sous couvert de démocratie

    Souvenons-nous de la République Démocratique Allemande, qui se targuait d’autant plus d’être démocratique, jusque dans son nom, que sa réalité était aux antipodes de la démocratie.

    Pourquoi en irait-il autrement avec les verts-rouges qui ont l’oreille de M. Macron ?

  • Les commentaires sont fermés.

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