J.K Rowling et le courroux des « tolérants » : les dessous de la cancel culture

J.K Rowling by Trending Topics 2019 on Flickr (CC BY 2.0) — Trending Topics 2019 , CC-BY

OPINION : l’hystérie collective autour des déclarations de J.K Rowling sur Twitter témoigne de la difficulté de débattre autour de la notion de transgenre, et du pouvoir destructeur de la cancel culture sur les individus qui en sont la cible.

Par Sabine Lula.

Le 6 juin 2020, J.K Rowling, auteur de la fameuse saga Harry Potter, a secoué les utilisateurs de Twitter. Une partie de ses fans s’est détournée d’elle, d’autres l’insultent, d’autres encore demandent à ce qu’elle perde son statut « d’auteur de l’œuvre », et même Daniel Radcliffe se désolidarise de celle qui a lancé sa carrière au cinéma. Même si un épisode similaire lui était arrivé en décembre dernier, la violence des adeptes de Twitter s’est fortement accrue.

Mais qu’a donc pu bien dire J.K Rowling pour que celle qui a écrit l’un des plus grands succès littéraires du monde ne se prenne une telle déferlante de haine ?

Scandale : seules les femmes ont des menstruations

C’est très simple : oser dire que seules les femmes avaient des menstruations, en réponse à une tribune du journal Devex.com appelant à « créer un monde post-Covid plus égalitaire pour les personnes ayant leurs règles. »

Aussitôt posté le message sur Twitter, la communauté LGBT, très active sur les réseaux sociaux, et particulièrement fan de la saga Harry Potter, a harcelé Rowling pour ses positions transphobes. Pour les militants, il est en effet transphobe de rappeler la base de la biologie humaine et le dimorphisme sexuel.

Cela fait déjà quelques temps que se déchirent les militants de gauche extrême aussi baptisés SJW, à force de jouer à qui sera le plus progressiste. On dénonce sans cesse les « fachos », les « oppressions systémiques du patriarcat blanc et du grand capital », et tous ceux qui restent sceptiques face à leurs idées sont des membres actifs de l’ultradroite.

Les Don Quichotte de la lutte sociétale : faut-il en rire ou en pleurer ?

La France importe toujours les idées des campus américains, avec environ cinq à dix ans de retard.

Cela se voit notamment avec le contexte actuel de « luttes contre l’État raciste » menées par le collectif Adama, ou encore la montée en puissance des syndicats étudiants faisant régner la terreur dans les facultés.

Il n’est donc pas étonnant de voir la propagation des idéologies dérivées de la théorie du genre : tout n’est que construction sociale, la biologie n’existe plus, et les deux sexes homme/femme sont des « constructions du patriarcat » pour « opprimer les non-mâles blancs cis ». Ainsi, il est tout à fait légitime de parler de « pénis de femme », de « règles d’homme », et de militer pour que tout le monde considère cela comme vrai.

Rejeter ces idéologies équivaut à être transphobe, car c’est « nier l’existence des trans ». Rappeler la biologie basique équivaut donc, selon eux, à appeler au massacre des individus se considérant comme trans. La demi-mesure n’est pas vraiment une qualité chez nos militants du Camp du Bien.

Ce chantage à la transphobie peut souvent se révéler dangereux pour l’intégrité de certaines personnes. On se souvient de l’affaire Jessica Yaniv, qui sous couvert de  transphobie, a contraint des instituts de beauté féminins à fermer car on lui a refusé une épilation du maillot (sachant que Yaniv n’a pas été opéré et donc conserve ses attributs masculins). Yaniv s’est aussi imposé dans les vestiaires de jeunes filles, et fantasme sur le fait d’insérer des tampons périodiques dans les parties génitales de ces adolescentes.

Messieurs, retenez donc bien ceci : si vous voulez forcer une femme à toucher votre pénis, attaquez-la en justice pour transphobie.

C’est précisément ce phénomène qui divise actuellement les militants LGBT : certaines des lesbiennes du mouvement cherchent à « se débarrasser du T », car elles considèrent que les femmes trans invisibilisent les vraies femmes lesbiennes, voire parfois les forcent à coucher avec leur « pénis de femme », car ne pas le faire est transphobe. Ce qui leur a valu le joli surnom de « TERF » (Trans-Exclusive Radical Feminist), et qui équivaut à se faire bannir du Camp du Bien.

Dérives et harcèlement : les dessous de la cancel culture

Une fois qu’un individu a été catégorisé comme « néo-nazi de turbodroite » par les SJW, il convient de lui retirer tout « pouvoir de nuisance ». Autrement dit, de le boycotter, l’insulter, le rabaisser, et de faire en sorte que tout ce qu’il a accompli de bon dans sa vie disparaisse à cause d’une simple parole.

Cette pratique de plus en plus courante concerne surtout ceux qui cherchent à jouer dans la même catégorie que ces SJW et à se placer publiquement comme allié de ces luttes.

Pour rester sur l’exemple de J.K Rowling, elle avait régulièrement mis à jour son œuvre, bien après la publication du septième tome en 2007, pour confirmer qu’Albus Dumbledore était gay et Hermione Granger était noire. D’où le fait que ceux qui la voyaient comme un modèle de vertu vivent mal ses propos de « TERF ».

Le danger pour les aspirants progressistes est donc de tomber sur plus progressiste que soi, et finir relégué au même niveau que les méchants. J.K Rowling est donc victime de ce pugilat, de la part de ceux qui l’ont érigée en véritable déesse s’élevant contre le mal, et pilier de leur vie.

De quoi inquiéter pour la liberté d’expression, compte tenu du pouvoir de nuisance de cette minorité (beaucoup trop) bruyante, ayant un véritable pouvoir de vie ou de mort sur les œuvres qui sortent, et qui n’hésite pas à censurer celles qui lui déplaisent.

La cancel culture, preuve de l’infantilisation de la société

On observe notamment que certains LGBT rejettent tellement J.K Rowling qu’ils veulent délégitimiser tout son travail, et le livre qu’ils aiment. Certains vont jusqu’à vouloir faire couvrir leurs tatouages liés à l’univers de Harry Potter, et d’autres font même du chantage au suicide.

Outre la menace qu’il représente envers la notion de liberté d’expression, ce phénomène de cancel culture illustre également à quel point les individus sont aujourd’hui infantilisés, donnant à la société un aspect de gigantesque cour de récréation.

Les polémiques de transphobie envers J.K Rowling tiennent en effet du caprice d’enfant gâté : l’auteur d’une œuvre que l’on aime refuse de nier la biologie basique du corps humain, privons-le du droit de s’exprimer, car il fait mal à nos petits sentiments personnels. Le niveau maternelle du « t’es même plus mon copain d’abord » n’est pas loin.

Or, le fait que ce phénomène soit de plus en plus prenant, d’autant plus avec l’effet de domino découlant de cette vague de harcèlement, à savoir les répercussions sur le travail de la personne, et même parfois sa propre famille, est inquiétant.

Personne, pas même les plus zélés défenseurs de cette nouvelle morale, n’est à l’abri des dérives de ces individus, qui ont pour la plupart une capacité d’accepter la contradiction équivalente à celle d’un enfant en bas-âge.

Cela ne serait pas grave s’ils n’avaient pas un tel pouvoir de nuisance. Or on observe une montée en puissance de ces idées au sein des élites : lois anti-haine, criminalisation des pensées divergentes (considérées comme « déviantes » par ce nouveau clergé), condamnation morale et excommunication des fachos, il faut considérer ces adeptes du Camp du Bien avec la même méfiance que l’on considère les institutions étatiques, en ce qu’ils sont aussi liberticides les uns que les autres : ils sont les idiots utiles d’un système qui ne demande qu’à se renforcer, pour mieux nous écraser.

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