Convention citoyenne pour le climat : la dictature du peuple ?

ouths for climate by Bruno Kestemont(CC BY-NC 2.0) — Bruno Kestemont, CC-BY

À vouloir trop manier la démagogie, Emmanuel Macron s’est soumis de manière inconséquente à la dictature du peuple.

Par Johan Rivalland.

Nous avions déjà des représentants du peuple, à travers un Parlement (qui ne nous représentait plus suffisamment ?). Nous avions cette liste impressionnante de ministères, de secrétariats d’État, d’organismes spécialisés de toutes sortes. Nous avions, bien sûr, le Conseil économique, social et environnemental (CESE), chargé de conseiller le gouvernement et le Parlement sur l’élaboration des lois.

Nous avions, à chaque nouveau problème réel ou présumé, la création d’une ou plusieurs commissions, chargées d’étudier le problème en question et d’y proposer des solutions au gouvernement.

Et la liste de toutes les belles inventions qui se juxtaposent à celle-ci serait sans doute encore à compléter. Il faut dire qu’il y a du beau monde à occuper ou à récompenser avec l’argent public qui coule à flots ; et permet de caser les copains et les coquins ?

Comme si cela ne suffisait pas, pour mieux donner le sentiment d’avoir entendu « le peuple », en pleine crise des Gilets jaunes, notre Président avait pris l’initiative de nous concocter une nouvelle invention typiquement française : la Convention citoyenne pour le climat, s’inspirant sans doute en cela des idées lumineuses de Ségolène Royal sur la démocratie participative.

Il faut dire que l’écologie a le vent en poupe, dopée par toutes les démagogies du moment. Et n’était-il pas opportun politiquement de s’appuyer sur cette préoccupation très en vogue pour donner le sentiment qu’on écoutait « le peuple », directement et sans intermédiaires (à la confiance entachée ?).

C’est pourquoi quelqu’un avait glissé à l’oreille du Président (à moins qu’il n’en ait eu l’idée « géniale » lui-même) de créer cette nouvelle représentation. Était-elle d’ailleurs aussi représentative qu’on aurait pu le penser ?

Les propositions ubuesques de la Convention pour le climat

Après avoir été repoussée de quelques mois en raison de l’épisode malheureux de la Covid-19, voici que la présentation des propositions de cette Convention citoyenne voit enfin le jour. Elles sont au nombre de 150.

Pour la plupart complètement irréalistes et en décalage avec les réalités. Et ressemblant à ce que l’on pourrait trouver dans un programme politique d’un parti que l’on pourrait situer quelque part entre la gauche et l’extrême gauche (quoique les autres partis politiques de l’échiquier français ne soient pas toujours si éloignés) : semaine des 28 heures, taxe sur les dividendes, taxes diverses supposées financer des mesures écologiques, etc.

Ce qui frappe surtout est la liste impressionnante des « Interdictions ». Je vous laisse la découvrir. Elle est tout bonnement stupéfiante.

Mais elle révèle surtout ce que l’on pouvait craindre : au-delà du catalogue de propositions irréalistes et dénuées de toute expertise qui s’assimilent davantage à une liste de cadeaux du Père Noël qu’à autre chose, on perçoit que si on laisse monsieur et madame Tout-le-monde proposer des mesures, sans compétences particulières ou surtout en souffrant de quelques biais préoccupants, on tombe de manière classique dans un système répressif incroyable.

Un peu comme dans une salle de classe : demandez à des élèves ce qu’ils pourraient imaginer pour amener davantage de discipline et vous serez surpris. Ils vous sortiront un arsenal militaire qu’eux-mêmes n’auraient pas accepté en temps ordinaire. Et si l’on se réfère maintenant plutôt au vocabulaire marxien, on pourrait parler de « dictature du peuple ».

Comment le Président va-t-il gérer la situation ?

Le problème immédiat – et on ne pouvait que s’en douter dès le départ – est que le Président est maintenant coincé. Certes, il était prévu de soumettre ces propositions, ou certaines d’entre elles, à référendum ou au Parlement.

Mais de deux choses l’une : ou bien ces propositions irréalistes sont rejetées, dans lequel cas Emmanuel Macron sera accusé d’avoir cherché à embobiner tout le monde avec la création d’une nouvelle structure dont on savait à l’avance qu’elle ne servirait à rien (ou à ne reprendre que les quelques propositions qui étaient déjà plus ou moins dans les projets du gouvernement) ; ou bien ces propositions sont reprises et on porte un coup de plus à la déliquescence déjà bien avancée de notre économie et de notre société, avec notamment une liste d’interdits qui s’ajoutent à tous ceux qui déjà nous empoisonnent au quotidien.

Sans doute l’idée était-elle de ne reprendre que les propositions dans l’air du temps, celles qui étaient plus ou moins dans l’éventail de celles auxquelles songeait plus ou moins le gouvernement ou que les divers organismes, comités ou conseillers avaient déjà imaginées.

Mais voilà : déjà certaines voix s’élèvent pour réclamer que ces propositions « soient prises comme un tout », et ne soient nullement tronçonnées au gré de ce que le Président pourrait juger compatible avec ce qu’il pourrait consentir, histoire de paraître aller dans le sens de l’écologie sans trop nuire à notre société et à notre économie.

Autrement dit, Emmanuel Macron est attendu au tournant… Reste à voir comment il va se dépêtrer de cette situation et comment il va faire pour limiter la casse.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.