État français : toujours un train de retard

PLM Steam Train-jambox998(CC BY-NC-ND 2.0)

par h16

La crise sanitaire mondiale donnera, on s’en doute, du grain à moudre aux futurs historiens. On se penchera sur les limitations, lacunes et errements plus ou moins consternants de certains États, à commencer par le français. Cependant, on peut déjà noter un motif récurrent.

Et à mesure que les informations se font plus précises, que les actions du gouvernement finissent par aboutir à des résultats qu’on peut évaluer concrètement, ce motif apparaît dans toute sa douteuse splendeur : décidément, l’État, c’est cette congrégation de carabiniers d’Offenbach qui tentent d’assurer la sécurité des foyers, mais par un malheureux hasard, au secours des particuliers, ils arrivent toujours trop tard.

C’est ainsi qu’on découvre, pas réellement surpris, que l’application StopCovid n’est pas tout à fait aussi performante qu’attendu… sauf, cela va de soi, en matière de cramage de pognon public : après un démarrage présenté comme formidable puisqu’un peu plus d’un million de personnes auraient installé l’application sur leur téléphone, l’application ne semble pas rencontrer plus d’intérêt que ça puisque seulement 350 000 utilisateurs l’utiliseraient activement.

Quant au coût global de l’application, à 100 000 euros par mois, il ne laisse pas d’étonner, notamment par les arguments stupéfiants soutenus par le gouvernement pour expliquer cette somme manifestement en décalage avec les besoins réels d’une telle application (qui seraient fortement inférieurs) : d’abord, « la santé n’a pas de prix », ce qui semble justifier qu’on ne regarde pas à la dépense. Ensuite, cette somme n’est qu’un « petit epsilon » dans les dépenses de l’État, après tout. Le contribuable appréciera. Dassault, le fournisseur, aussi.

Il n’en reste pas moins que cette application arrive à point nommé, c’est-à-dire au moment où l’épidémie est terminée…

Ce sens diabolique du timing doit aussi être apprécié à l’aune des truculentes aventures des masques sanitaires : parfaitement inutiles début mars et ce d’autant plus qu’il n’y en avait plus dans les réserves stratégiques et qu’une habile réquisition avait rendu impossibles leur production et leur acheminement sur tout le territoire, ces masques devinrent rapidement obligatoires une fois que leur surproduction devint inévitable : mi-juin, la France croule sous des masques que les industriels auront été pressés de produire par une élite résolument en retard d’une guerre.

Rassurez-vous, ce n’est pas tout : ce qui est vrai pour l’application et pour les masques l’est pour tout le reste, tests compris. La France dispose maintenant (enfin !) de tests rapides et fiables en quantité industrielle… Qui ne serviront qu’assez peu : le nombre de malades n’arrêtant pas de chuter, il va devenir difficile de trouver à les utiliser. Et alors que le matériel et les réactifs nécessaires auraient pu être commandés et distribués dès janvier (comme le fit l’Allemagne), la France aura choisi l’option étonnante de tout miser sur le mois de juin pour tester sa population plus ou moins massivement, c’est-à-dire au moment où l’impact est négligeable…

Avec la même perspicacité, on peut donc raisonnablement parier qu’un vaccin, s’il est même possible (ce qui reste très improbable), sera judicieusement disponible au moment où le virus aura suffisamment muté pour le rendre globalement inefficace.

Il faut se rendre à l’évidence : l’État indique assez bien, par ses actions et son micro-management ridicule, lorsqu’il est déjà trop tard et donne une bonne idée de ce qu’il ne faut surtout pas faire.

De ce point de vue, il permet de montrer, une fois encore, que les politiciens sont toujours en retard par rapport à la vie réelle, et, en bonnes mouches du coche, distribuent le plus souvent des conseils inutiles voire nuisibles.

Comme pour le reste, si l’Histoire nous enseigne quelque chose en France c’est que son État y a toujours consciencieusement préparé la guerre précédente. Il fournit toujours, après coup, des stratégies et des idées pour la guerre qui a déjà eu lieu, pour les combats qui sont déjà passés et ce qui ne se reproduira donc plus.

Dans ce contexte, on ne pourra qu’être particulièrement inquiet des dernières tendances gouvernementales : devant la véritable explosion de l’épargne des Français en ces temps de crise, et alors même qu’on sait maintenant que ce taux d’épargne a un effet significatif sur le bonheur individuel, on s’étonnera de trouver des appels renouvelés du gouvernement à relancer l’économie en utilisant aussi largement que possible cette épargne si copieusement accumulée.

Pour nos cadors du gouvernement, ceux-là même qui trouvaient les masques inutiles puis indispensables, qui n’ont pas jugé utile de tester, tester, tester mais qui poussent maintenant tous les laboratoires à le faire compulsivement, qui n’ont pas hésiter à sortir le chéquier étatique pour une application dont tout indique qu’elle coûte mais ne sert à peu près à rien, l’épargne semble maintenant un handicap pour le pays qu’il lui faut réduire vaille que vaille.

Ici encore, le gouvernement montre que le bonheur des Français lui importe peu : la relance de la consommation lui est indispensable s’il veut pouvoir continuer à subventionner le système actuel, ce monde d’après qui ressemble comme deux gouttes de fiel au monde d’avant dans lequel une petite coterie se gave au détriment de la masse et qui repose intégralement sur des distributions de prébendes et d’avantages bureaucratiquement distribués.

Dès lors, les messages qu’il émet actuellement, les incitations qu’il produit ne peuvent que provoquer la plus grande méfiance.


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