Claude Goasguen : l’hommage d’Alain Madelin

Claude_Goasguen-Wikimedia commons

Portrait d’un brillant intellectuel, profondément cultivé, qui savait, lui, ce qu’est un « état de Droit » ou une « démocratie libérale ».

Par Alain Madelin.

Il avait du caractère, il avait du panache. Il était un solide libéral. Il était mon ami… depuis 50 ans.

Ce caractère sans doute l’avait-il forgé et trempé dans ce bouillonnant Quartier latin du milieu des années soixante. La jeunesse d’aujourd’hui ne peut pas comprendre ce que fut alors ce quartier universitaire plein de fureurs où des jeunes gens comme Claude affrontaient toute une panoplie de mouvements communistes, orthodoxes ou non, toutes formes bizarres de trotskismes, et un maoïsme aveuglé par la Révolution Culturelle chinoise. Ils tenaient le haut du pavé.

Insupportable pour ceux comme Claude, passionnément patriotes, fier soutien d’une armée française à qui l’on avait donné l’ordre d’abandonner les harkis en Algérie. Et qui, dans le brouillon d’un engagement de jeunesse, combattait les totalitarismes de leur époque au nom d’une idée de la liberté, ou du moins d’une sève de liberté qu’ils ressentaient au fond d’eux-mêmes. C’était une aventure épique de partisans et de résistants.

Curieusement si l’histoire a donné raison à Claude et à ses amis, ce sont leurs adversaires d’alors qui tiennent encore aujourd’hui le haut du pavé culturel, même si bien souvent les adversaires d’hier fraternisent aujourd’hui dans le sentiment d’avoir vécu quelque chose de fort ensemble.

Qu’on me pardonne cette remontée à des temps si lointains. Elle permet d’expliquer pourquoi Claude est différent. Il n’est pas venu à la politique par le chemin ordinaire de tous ceux qui tranquillement ont décidé de servir l’État après avoir été bien « formatés » pour cela puis de « faire carrière » en politique.

Au sortir de ces aventures Claude s’est construit comme beaucoup dans une réflexion profonde sur ce qu’est et ce que signifie la liberté. C’est un brillant intellectuel, profondément cultivé, enseignant puis doyen de la Faculté de Droit. Il sait, lui, à la différence de 95 % de ceux qu’il croisera en politique, ce qu’est un « état de Droit » ou une « démocratie libérale ».

En 1995, étant de ceux qui comme moi avaient fait le choix de Jacques Chirac, le voici ministre dans un poste tout spécialement taillé pour lui : « ministre de la Réforme de l’État, de la Décentralisation et de la Citoyenneté ». Il avait tout le talent, toute la préparation pour être à la tête de ce ministère un très grand ministre réformateur libéral.

Comment conduire une réforme de l’État intelligemment, en prenant appui sur tant d’exemples étrangers, ce dont nous avions si souvent discuté. Comment, au nom de la décentralisation, reconstruire les institutions du pays autour du principe de subsidiarité. Comment défendre le citoyen contre les pouvoirs. De quoi inquiéter toute la technocratie jacobine derrière Alain Juppé. De quoi pousser celui-ci à s’en séparer un peu plus de cinq mois plus tard. Quel dommage et quel gâchis !

Le revoici parlementaire, Parisien, grande figure grande gueule. Avec une grande frustration, comment être davantage utile dans un paysage politique qui ne lui plaisait guère. Toujours alerte, encore à la veille d’être hospitalisé il se demandait que faire pour reconstituer une force libérale.

Il était tellement fort que nous étions persuadés qu’après l’épreuve d’un si long coma, nous allions le retrouver. Et nous préparions déjà la fête que nous allions faire avec tous ses amis si fidèles et si nombreux pour fêter à retardement son anniversaire.

En pensant à lui, à son parcours toujours engagé avec le même panache je pense à cette phrase de Montherlant dans Service inutile :

« N’avoir que des amis est une obligation de commerçant. Se faire des ennemis est une occupation d’aristocrate ».

Un aristocrate de la politique. Oui.

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