Mer de Chine : réponse américaine aux ambitions chinoises

chine rené le honzec

La « fabrication d’îles » par la Chine va-t-elle provoquer un point de basculement dans les relations sino-américaines ?

Par Sophie des Beauvais et Valentin Weber.

chine rené le honzec
chine rené le honzec

Les ambitions territoriales chinoises en mer de Chine méridionale ont pris une nouvelle dimension lors de la découverte d’une île de plus de 63000 mètres carré, par le centre d’intelligence stratégique IHS Jane en février dernier. Cette construction pourrait servir à d’éventuelles opérations militaires, dans le cadre des disputes territoriales en mer de Chine méridionale entre la Chine, la Malaisie, le Vietnam, le Brunei, Taiwan et les Philippines.

L’île, construite sur un récif à peine plus haut que le niveau de la mer, appelé Hugues Reef, contient notamment un héliport et deux jetées. Trois autres îles de ce type ont  été construites par la Chine dans des zones où ses requêtes territoriales se superposent à celles de ses voisins.

Les requêtes territoriales maritimes sont régies par la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer, qui précise les notions et délimitations des mers territoriales, zones économiques exclusives et plateaux continentaux de chaque État côtier, ainsi que les conditions d’agrandissement territorial. En vertu de cette convention, les Philippines ont porté plainte auprès des Nations Unies contre la Chine, concernant la mer de Chine méridionale. La Chine ignorerait probablement le verdict du tribunal ; peu de recours légaux seraient à la disposition de ses opposants pour l’empêcher d’agrandir de facto son territoire par ces constructions.

Cette pratique inquiète d’autant plus que le gouvernement chinois avait pourtant signé un accord avec l’ASEAN, s’engageant à ne pas entreprendre d’activités provocatrices en mer de Chine méridionale, comme l’occupation d’îles et récifs précédemment inhabités. Peu d’observateurs sont convaincus : plusieurs experts et hommes d’État américains ont affirmé que ces infrastructures étaient de nature exclusivement militaire, et qu’elles pourraient servir à la mise en place d’une Zone d’Identification de Défense Aérienne, comme celle mise en place en 2013 au-dessus de la majeure partie de la mer de Chine méridionale, où les requêtes territoriales chinoises se superposaient aux japonaises. Ces infrastructures vont probablement servir à « faire respecter les requêtes territoriales et juridictionnelles chinoises, et faire pression sur les navires de guerre, gardes-côtes et autres vaisseaux des autres requérants », ajoute Ian Storey, expert de mer de Chine méridionale à l’Institut d’études asiatiques du sud-est à Singapour.

En conséquence, le 28 Avril, les 10 chefs d’États membres de l’ASEAN ont qualifié l’initiative chinoise de menace pour « la paix, la sécurité et la stabilité de la région ».

L’audace croissante de la Chine inquiète tous les acteurs du pacifique. Pendant longtemps, les États-Unis sont restés formellement impartiaux dans le conflit de la mer de Chine méridionale. La « fabrication d’îles » par la Chine va-t-elle provoquer un point de basculement dans les relations sino-américaines, comme l’a formulé David M. Lampton, professeur à l’université de Johns Hopkins ?

Récemment, des fonctionnaires américains ont maintenu qu’ils envisageaient d’affermir leur position sur les îles artificielles de Spratley, revendiquées par Pékin. Après avoir envoyé un avion sur zone, ils réfléchissent à éventuellement utiliser d’autres aéronefs et navires militaires pour pénétrer dans le périmètre de 12 milles, constituant la mer territoriale des îlots contestés. Il s’agit de signaler le rejet des revendications territoriales chinoises. Ces mesures ne seraient pas inédites : les mesures américaines, si elles se réalisaient, ressembleraient aux manœuvres employées par Pékin envers Tokyo. En effet, des gardes-côtes chinois naviguent systématiquement dans les 12 milles nautiques des îles Senkaku, contrôlées par le Japon, mais revendiquées par la Chine, qui les appelle Diayou.

En 2013, l’État-major américain avait expédié des bombardiers B-52 sur les îles contestées dans la mer de Chine orientale,  en pénétrant dans la zone de défense aérienne chinoise. Similairement, l’exécutif américain a augmenté la pression diplomatique sur la Chine, pour arrêter le développement des îlots dans la mer de Chine méridionale. Cette semaine, les États-Unis ont annoncé leur intention de stationner des bombardiers B-1 en Australie, ce qu’ils ont nié postérieurement.

Il sera intéressant de voir la réaction de la Chine sur les mesures offensives de la part des États-Unis, mais aussi de suivre si Washington a décidé de pivoter définitivement vers l’Asie pour y défendre prioritairement ses intérêts stratégiques.

Sur le web