Sus à l’immigration ? Une diversion de Donald Trump

Photo by Nitish Meena on Unsplash - https://unsplash.com/photos/IFh4o-U-BGg — Nitish Meena ,

Aux prises avec une crise du Covid-19 dure à maîtriser et une popularité déclinante, le président ressort la recette anti-immigration utilisée pour son ascension à la présidence.

Par Daniel Girard, depuis les États-Unis.

Aux prises avec une crise du Covid-19 dure à maîtriser et une popularité déclinante, le président ressort la recette anti-immigration utilisée pour son accession à la présidence.

 

Lundi le 20 avril, à 22 h 06, le président Donald Trump a créé la surprise en annonçant sut Twitter qu’il s’apprêtait à signer un décret exécutif suspendant pour deux mois l’émission de green cards aux immigrants pour ne pas créer d’entrave à l’embauche de citoyens américains.

Quelle mouche a bien pu piquer Donald Trump, comme ça, un lundi, en fin de soirée ? Le président a peut-être médité un peu sur les événements des derniers jours, qui n’avaient rien de réjouissants pour lui.

Le 16 avril, un sondage Gallup a indiqué que son taux de popularité a piqué du nez de la mi-mars à la mi-avril, passant de 49 % à 43 %.

Il s’agit d’une chute considérable considérant que les présidents américains jouissent généralement d’un appui accru du public en temps de crise.

L’exemple le plus flagrant est celui de George W Bush, dont le taux de popularité est passé de 51 % le 10 septembre 2001, soit la veille de l’attentat du World Trade Center, à 90 % les 21-22 septembre 2001.

Trump et la gestion du Covid-19 : un fort appui initial qui s’effrite

Si l’appui du président Trump était élevé lorsqu’il s’est adressé aux Américains le 11 mars et qu’il a obtenu leur collaboration pour le confinement et la distanciation sociale, il n’est pas surprenant que la grogne du public se soit développée par la suite.

La population a pu constater avec horreur le nombre croissant des contaminations et de housses mortuaires sortant des hôpitaux.

En même temps, plusieurs gouverneurs et maires se sont plaints à répétition de la lenteur du dépistage du virus et de la pénurie généralisée d’équipements de protection pour les professionnels de la santé.

Confinés avec Netflix et CNN

Confinés à la maison d’où ils ne pouvaient sortir que pour les courses, les Américains se sont retrouvés le nez collé sur leur téléviseur pour écouter Netflix ou voir Donald Trump répondre avec agacement aux questions essentiellement hostiles et souvent biaisées des journalistes de CNN.

Ceux-ci ne se gênent pas pour montrer leur haine du président américain avant, pendant, et après les points presse.

L’impatience des Américains se sent aussi chez Donald Trump qui signale à ses partisans qu’il partage leur désir de secouer la torpeur du confinement.

Et plusieurs de ces partisans se trouvent précisément dans les États du rust belt qui ont permis au milliardaire de triompher d’Hillary Clinton : la Pennsylvanie, l’Ohio et le Michigan.

L’importance du Michigan

Le Michigan est un État particulièrement crucial car Donald Trump l’a remporté par seulement 11 000 voix en 2016 et Joe Biden y a terrassé Bernie Sanders dans la primaire démocrate, lui assénant un coup fatal.

Le Michigan est aussi l’État où le confinement dans sa variante extrêmement draconienne a généré le plus de mécontentement de la population. Au point où 3000 résidents du Michigan ont sauté dans leur véhicule pour aller montrer leur colère à la gouverneure de l’État du Michigan au Capitole de Lansing.

Les manifestations des citoyens se sont déroulées de façon pacifique, mais il ne manquait que quelques citoyens avec des armes à feu pour que des journalistes parlent d’un climat menaçant.

Donald Trump aura encore besoin des États du rust belt 

Donald Trump a remporté la présidence grâce aux États du rust belt. 

Les thèmes qu’il a exploités et qu’il continue de mettre en évidence : les ouvriers de l’industrie sidérurgique du rust belt ont perdu des plumes à cause de la mondialisation et de la délocalisation, de la concurrence déloyale de la Chine et de l’immigration, légale et illégale.

Pour être réélu, Trump va faire valoir qu’il s’est battu pour ses électeurs contre la concurrence déloyale de la Chine, qu’il a renégocié l’accord de libre-échange nord-américain, qu’il a mis fin à l’immigration illégale et qu’il protège les emplois de ses électeurs par tous les moyens. C’est cela qu’il avait en tête lundi avant d’envoyer son tweet dans la nuit.

Excepté que…

Les immigrants ne posent aucun problème à l’économie des États-Unis, bien au contraire, en fait.

Des immigrants intégrés et productifs

Les États où les immigrants sont les plus présents, le Texas et l’Iowa, ont des taux de chômage plus bas que la moyenne. Ils sont particulièrement utiles dans l’industrie agricole, dans l’empaquetage des aliments et la préparation de repas. Ils représentent 3,8 millions d’ouvriers.

Dans le domaine de la santé, un sixième des médecins, des infirmières et des travailleurs sont nés ailleurs qu’aux États-Unis.

Pour Larry Hogan, le gouverneur du Maryland, le président Donald Trump vise les immigrants pour détourner l’attention de sa gestion défaillante du coronavirus.

La Maison-Blanche a d’ailleurs reconnu qu’il lui faudra de la main-d’œuvre immigrante dans les fermes et les hôpitaux et qu’elle inscrira ces exceptions dans le décret présidentiel.

Les USA auront besoin de ces travailleurs pour relancer l’économie après la pandémie. Intégrer davantage de travailleurs compétents est plus judicieux que de les bloquer par calcul politique.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.