Eurogroupe : le plan à 500 milliards, un pas vers la mutualisation des dettes ?

L’Eurogroupe s’est mis d’accord sur un plan de soutien d’envergure – 500 milliards d’euros – envergure relative si on le compare aux 2300 milliards des États-Unis.

Par Nathalie Janson.

Après trois jours d’âpres négociations, la fumée blanche est enfin sortie de la salle virtuelle de conférence… L’Eurogroupe s’est mis d’accord sur un plan de soutien d’envergure – 500 milliards d’euros – envergure relative si on le compare aux 2300 milliards des États-Unis.

Ce plan inclut plusieurs volets.

  1. Soutien aux PME financé par la BEI porté à 200 milliards d’euros garanti par les États membres.
  2. Petite victoire française : création d’un nouvel instrument – SURE – destiné à financer les mesures de chômage partiel. La Commission européenne pourrait lever jusqu’à 100 milliards d’euros avec la garantie des États à hauteur de 25 milliards d’euros comme dans le cas de la BEI.
  3. Non des moindres : accès aux lignes de crédit du Mécanisme Européen de Stabilité – MES –  à tout pays en difficulté à hauteur de 2 % du PIB des pays de la zone euro – 240 milliards – avec comme seule exigence la restriction de l’affectation des fonds aux dépenses directes ou indirectes liées à la crise sanitaire du Covid-19.

Cet accord permet de voir le verre à moitié plein ou… à moitié vide

Cette avancée est-elle le signe que la hache de guerre entre les Pays-Bas et l’Italie est enterrée ? Rien n’est moins certain à la lecture de la différence d’interprétation de la conditionnalité d’accès aux lignes de crédit auprès du MES.

Les Pays-Bas se sont félicités d’avoir obtenu que cet accès soit conditionné à la destination des fonds pour couvrir les dépenses directes ou indirectes liées au COVID-19 alors que l’Italie y voit une victoire étant donné qu’elle y voit un accès sans conditionnalité….

Que révèle cette divergence d’interprétation ? On finirait presque par se demander si ces deux pays étaient assis à la même table de négociation.

En effet, l’Italie le voit comme une victoire parce que d’ordinaire l’accès aux lignes du crédit du MES est assorti de réformes imposées au pays notamment en matière de dépenses publiques. Or en l’occurrence, l’accès aux lignes de crédit n’est conditionné qu’à la destination des fonds.

Mais du côté des Pays-Bas, cette restriction est justement source de satisfecit. Ils y voit l’assurance que ces ressources seront utilisées à bon escient.

En route vers les Coronabonds ?

Ces signes encourageants signifient-ils pour autant que le projet de création d’un fond temporaire dédié au financement à plus à long terme de la crise sanitaire par émission des fameux Coronabonds est en bonne voie ?

Rien n’est moins sûr et l’interprétation divergente sur les conditions d’accès au MES entre l’Italie et les Pays Bas traduit leur désaccord de fond. Si les Pays-bas soutenus par l’Allemagne, l’Autriche et la Finlande ont bien conscience de la nécessité d’utiliser la force de frappe de la zone euro pour aider les États dans le financement de leurs plans de soutien de montants inédits et à la hauteur de l’acuité de la crise, ils ne veulent absolument pas que cet instrument rende les États solidaires de leur situation budgétaire contrastée.

En d’autres termes, les pays du Nord se veulent solidaires dans la crise sanitaire et ses conséquences économiques mais ne le sont pas sur le poids qu’elle fait peser sur les finances publiques de chacun des membres. Il y a une ligne rouge qu’ils ne veulent pas franchir : ils ne sont pas responsables des choix budgétaires passés et de l’état du système de santé de chacun.

Ces décisions sont prises de façon souveraine par chaque État, qu’ils en assument les conséquences. La véhémence avec laquelle les Pays-Bas réaffirment ce principe passe mal en pleine tragédie humaine et les font apparaître comme sans cœur. Le plus terrible est que malgré cette ferme opposition, la mutualisation finira par se faire d’une façon détournée par la BCE via son programme de rachat de dettes d’ampleur inédite qui finira par faire disparaître les spreads sur les titres souverains !

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.