Santé : ces ARS qui pourrissent le système

Installation ARS by Ministère du Tavail 2009(CC BY-ND 2.0) — Ministère du Tavail , CC-BY

Billet d’humeur d’un chirurgien excédé par l’effondrement du système de santé : comment l’administration complique la tâche des soignants et envahit le système de soins.

Par le Dr Denis Dupuy.

Les ARS1 sont des officines faisant partie des milliers d’officines administrées par des milliers d’organismes qui constituent l’ineffable fonction publique française. Clochemerle dans toute sa splendeur…

L’ARS compte une nuée de « confrères » hors terrain, hors sol ou même d’anciens du privé qui frétillent à l’idée de faire marcher droit leurs identiques, ce qui est en soi hautement suspect.

Dans l’est, récemment, ces génies ont fermé trois mois durant l’activité d’une clinique privée : elle travaillait trop selon leurs critères. À l’heure où personne ne sait ce que qu’il adviendra des patients abandonnés à leur cancer, à l’heure où nous avons un besoin vital de personnel soignant et de matériel, l’ARS a décrété. Alors on s’exécute.

Remarquez comme elle fait le tri entre les saints du publics et les crevures du privé, s’en prenant exclusivement aux cliniques où les tarifs sont pourtant 30 à 50 % moins élevés (téléchargez la T2A si vous voulez vérifier). Elle est plus conciliante vis-à-vis de ses amis de la santé nationalisée.

Son mépris du privé est indéniable. Une amie addictologue me confiait la manière dont les brillantes ARS ont mis en place les micro-unités d’addictologie, dans l’Est. Effarant : un phénoménal n’importe quoi, un gâchis humain et financier. N’importe quel clampin s’y serait mieux pris mais eux vous répondront normes, décrets, petites cases pour petites gens…

Il faut bien se coucher : ils disposent de l’essentiel, pouvoir et argent. Voyez les urgences, dans ce pays. À l’heure de ma jeunesse, les généralistes géraient l’essentiel mais ces génies de l’administration tordaient le bec. Des privés en charge des urgences françaises !

Ils ont œuvré pour le bien du citoyen. Le résultat ? Voyez les hôpitaux engorgés, les patients et personnels furieux, la colère grondant. Attendez-vous à une organisation aussi grandiose pour la prise en charge du cancer, assumée à 70 % par les cliniques.

Marisol Touraine, précédent ministre de la Santé, nous a arrangé un machin qui aboutira bientôt aux mêmes prolongements. Bien sûr, on avance, dans ces administrations, que cela serait pire sans elles : c’est faux, bien sûr. On s’organiserait bien mieux, intelligemment, humainement. Et peut-être le ferait-on bénévolement, quand nos marquis piochent copieusement dans la gamelle, blé et avantages de fonction.

Un ami chef de service me confiait qu’à son arrivée, dans une ville de 40 000 habitants, un unique directeur administrait son hôpital. Ils sont sept, vingt ans plus tard, chacun avec voiture et appartement de fonction.

Ouvrons les yeux, les amis, pour nous et nos descendances. Prenons acte du bilan de la toute-puissance des administrations, de leur emprise néfaste sur ce privé qui les fait vivre et qu’elles entendent mettre à leur botte.

Il serait temps d’équilibrer, pour le moins, puisqu’elles sont un mal nécessaire, temps de les réduire à leurs fonctions premières, les régaliennes : du goudron sur les routes, des chiottes dans les villages. C’est déjà un projet d’ambition pour elles.

Que les administrations retournent à leur rien ou à leur pas grand-chose, qu’elles s’en tiennent à leur médiocrité, en bas, tout en bas, avec leurs énarques, leurs normes-machins et leurs gratte-papiers.

Elles ne nous protégeront plus ? Tant pis ou plutôt tant mieux. Personne, sinon nous-mêmes, n’est à même de s’en charger… La preuve aujourd’hui.

 

  1. Les ARS sont les agences régionales de santé chargées du pilotage régional du système national de santé. Elles font appliquer localement la politique de santé nationale.
Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.