Crise des urgences : un système socialiste (3)

Doctor with a stethoscope by Marco Verch Professional(CC BY 2.0) — Marco Verch Professional, CC-BY

Le corps médical et les patients sont tenus de se conformer aux directives de la Sécu, de l’Assemblée, du gouvernement. Tout cela entraîne l’inadaptation au XXIe siècle, la pénurie et le rationnement des soins. Les urgences n’y échappent pas.

Par Patrick de Casanove.

Quand on entend pénurie, on pense manque de moyens. Or cette crise des urgences ne peut être réduite à un manque de moyens. Quand on connaît le montant des dépenses sociales en France, l’argument ne tient pas :

« avec près de 32 % du PIB, soit de la richesse nationale, la France arrive en tête des 28 États de l’UE en 2017. […] Elle prend en charge 15 % des dépenses sociales mondiales, pour un pays qui compte mois de 1 % de la population mondiale et dont le PIB correspond à 4 % du PIB mondial. »

« En 2018, la consommation de soins et de biens médicaux (CSBM) est évaluée à 203,5 milliards d’euros (tableau 1), soit 3 037 euros par habitant. » soit 8,6 % du PIB.

Le souci est que ces dépenses colossales sont effectuées en dépit du bon sens.

  • parce que l’information des prix n’existe pas. Aucun prix n’est libre dans ce secteur d’activité. Les coûts des dépenses de santé ne sont que des tarifs administratifs et des marqueurs politiques.
  • parce que la concurrence, qui est le libre choix, n’existe pas non plus. La Sécu est un monopole dont les Français ne peuvent sortir pour trouver mieux ailleurs. Ils n’ont pas le libre choix de leur assurance maladie et c’est l’État qui détermine les pathologies pour lesquelles ils seront pris en charge… ou pas. L’absence de concurrence interdit de trouver la meilleure solution au meilleur prix.

Pas d’information fiable, pas de concurrence, et choix politiques entraînent ce que l’on appelle le mal-investissement typique d’un système socialiste.

Voici ce qu’est le socialisme pour Frédéric Bastiat :

« C’est ce qui est arrivé. La chimère du jour est d’enrichir toutes les classes aux dépens les unes des autres ; c’est de généraliser la spoliation sous prétexte de l’organiser. Or, la spoliation légale peut s’exercer d’une multitude infinie de manières ; de là une multitude infinie de plans d’organisation : tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, Droit au travail, Droit au profit, Droit au salaire, Droit à l’assistance, Droit aux instruments de travail, gratuité du crédit, etc. Et c’est l’ensemble de tous ces plans, en ce qu’ils ont de commun, la spoliation légale, qui prend le nom de Socialisme. » La Loi, 1850.

Le mal-investissement entraîne d’énormes gaspillages. Dans un système capitaliste réel, c’est-à-dire qui ne soit pas du capitalisme de connivence, les dépenses sont effectuées avec discernement et les moyens alloués là où ils sont les plus utiles et efficaces. Il n’y pas de gaspillage structurel et le gaspillage accidentel est vite corrigé.

À ce stade il faut évoquer les fraudes, à ne faut pas confondre avec les gaspillages. La lutte contre les fraudes qui sauvera la Sécu, est un marronnier. En réalité ces fraudes arrangent bien du monde. C’est peut-être pour cela qu’elles sont énormes et persistantes. Elles sont un bouc émissaire facile aux problèmes de Sécu. Cela évite de poser les questions de fond et de remettre en cause le système lui-même. Elles servent au politicien à acheter des voix, voire la paix sociale. Elles sont aussi révélatrices d’un système socialiste.

Ce n’est pas un problème de moyens

Agnès Buzyn n’a donc rien compris quand elle dit vouloir “mettre de l’argent dans des solutions qui vont régler le problème” comme si l’argent réglait tout. Cela dit il n’y a rien d’étonnant. Nos gouvernants sont des matérialistes, cela leur évite de remettre en cause leur idéologie délétère.

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Quel que soit le problème les gouvernements successifs, les syndicats concernés, de nombreux médias et bien d’autres ont toujours une même explication : le manque de moyens. Pour ces gens-là, n’importe quel problème ne peut avoir qu’une solution matérielle.

Cela prouve que dans un État-providence seul le matériel compte, l’humain est secondaire. À moins que les personnes ne soient considérées que comme du matériel humain.

« Il suffit d’ouvrir, à peu près au hasard, un livre de philosophie, de politique ou d’histoire pour voir combien est fortement enracinée dans notre pays cette idée, fille des études classiques et mère du socialisme, que l’humanité est une matière inerte recevant du pouvoir la vie, l’organisation, la moralité et la richesse ; ou bien, ce qui est encore pis, que d’elle-même l’humanité tend vers sa dégradation et n’est arrêtée sur cette pente que par la main mystérieuse du Législateur. […] Et que sont les hommes en tout ceci ? La machine qu’on monte et qui marche, ou plutôt la matière brute dont la machine est faite !  » Frédéric Bastiat, La Loi (1850)

Cela prouve que dans la social-démocratie qui est la nôtre, l’objectif est d’obtenir de l’État une part plus importante de la « spoliation légale » ou d’essayer d’y échapper. Frédéric Bastiat a raison quand il écrit :

« L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. » L’État (1848).

De même qu’elle ne peut être limitée au côté matériel, la crise des urgences ne peut se limiter aux seules urgences. Cet événement n’est qu’une des parties émergées de la faillite de notre système de santé. La vérité est que cette faillite démontre l’échec de la conception de notre système de protection sociale, lui-même n’étant qu’un témoin de l’échec de la conception de notre organisation sociale qui date de 1945. Issues du programme du Conseil National de la Résistance, les ordonnances des 4 octobre et 19 octobre 1945 ont fait de la France un pays socialiste.

Sécurité sociale et buts socialistes

Voici les buts de la Sécurité sociale :

« L’assurance maladie protège durablement la santé de chacun – dans sa vie personnelle ou professionnelle – en agissant auprès de tous. C’est sa raison d’être. Concrètement, elle accompagne 60 millions d’assurés tout au long de leur vie, en prenant en charge leurs soins quels que soient leurs ressources, leur situation ou leur état de santé. Elle garantit ainsi un accès universel aux droits et elle permet l’accès aux soins. »

« Les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 créent une organisation de la Sécurité sociale qui fusionne toutes les anciennes assurances (maladie, retraite…) et garantit à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. »

Force est de constater que les missions confiées à la Sécurité sociale ne sont pas remplies.

Le principe selon lequel « chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins » n’est pas respecté non plus. Dans l’archipel de ce fiasco on trouve les pénuries de médecins, d’infirmières, d’aide-soignants, la misère des EHPAD, la pénurie de lits révélatrice de l’inadaptation du tissu hospitalier Médecine, Chirurgie, Obstétrique. (MCO) et psychiatrie.

L’État confisque l’argent des Français pour, dit-il, qu’ils puissent se faire soigner. En fait il ne les rembourse que s’ils lui déclarent officiellement un médecin traitant et suivent le parcours de soins. Cela s’ajoute à tous les déremboursements et non- remboursements qui ne sont que le reflet de l’arbitraire étatique.

La politique de santé est, avec l’écologisme, le domaine de prédilection de la manipulation de l’opinion par la peur. Les thuriféraires du système, dont les politiciens qui ont le pouvoir, affirment : « Si la Sécu n’existait pas vous ne seriez pas soignés ».

Or les politiciens ont des impératifs propres : ils veulent être élus. Pour un politicien, la politique de santé est un outil très efficace pour l’achat de voix grâce à la redistribution. Il est difficile de s’opposer à l’alibi de la solidarité. Le système de santé est la clé de voûte de la spoliation légale. Or aujourd’hui toute la politique de santé est organisée autour de la gestion de la pénurie, les diminutions de l’offre, de la responsabilité individuelle et du libre choix, la systématisation de la pseudo-gratuité.

En France la médecine libérale n’a de libéral que le nom. Le secteur de la santé est extrêmement dirigiste, rigide, détruisant ainsi, comme nous l’avons vu, les incitations à l’innovation et les incitations productives. Le corps médical, tout comme les patients, est tenu de se conformer aux directives de la Sécu, de l’Assemblée, du gouvernement. Ce conformisme tue la médecine. Tout cela entraîne l’inadaptation au XXIe siècle, la pénurie et le rationnement des soins. Les urgences n’y échappent pas.

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