Woody Allen ciblé par la « cancel culture »

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Woody Allen Black and White By: Raffi Asdourian - CC BY 2.0

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Woody Allen ciblé par la « cancel culture »

Publié le 11 mars 2020
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Par Frédéric Mas.

Hachette devait publier les Mémoires de Woody Allen. La maison d’édition a finalement renoncé à le faire pour couper court à la polémique déclenchée par les accusations d’abus sexuels portées par sa fille adoptive Dylan durant sa prime jeunesse en 1992. Ronan Farrow, le frère de Dylan et figure du mouvement #metoo, avait encouragé certains membres du personnel de la maison d’édition à protester publiquement contre la parution du livre de Woody Allen.

Cela fait 25 ans que ces accusations hantent la carrière du cinéaste. Pourtant, Woody Allen n’a jamais été arrêté ou poursuivi en justice, et c’est l’actualité de #metoo qui permet aux accusateurs de revenir à la charge.

Si sur le plan de la justice et du droit, Woody Allen est présumé innocent, aux yeux d’une partie de l’opinion publique, il est coupable et devenu de facto infréquentable. Il est désormais de bon ton de l’ignorer, de nier son talent, et, quand on est acteur, d’éviter de le fréquenter ou de tourner dans ses films.

Le vent de colère suscité par #metoo

La foule qui se déchaîne sur les réseaux sociaux et dans les médias a été échaudée par l’affaire Weinstein et la campagne #metoo visant à encourager la prise de parole des femmes pour dénoncer les agressions sexuelles dont elles ont été victimes. Depuis l’affaire Weinstein de 2017, le mouvement a pris de l’ampleur et s’est internationalisé. À l’origine américain, il s’est étendu à tout l’Occident et en particulier à la France grâce à #BalanceTonPorc.

Si la campagne #metoo a suscité la bienveillance d’une partie de l’opinion publique révoltée par les atteintes aux droits des femmes, elle a vite suscité l’inquiétude des professionnels du droit et des défenseurs des libertés fondamentales. Face à la colère  et à l’injustice, les réseaux sociaux sont parfois devenus des tribunaux populaires, et les accusations des condamnations péremptoires.

La Cancel culture, une forme de populisme numérique ?

Cet esprit public de condamnation, qu’on nomme aujourd’hui cancel culture, vise à « invisibiliser » les personnes jugées problématiques par les leaders d’opinion, les entrepreneurs identitaires et les groupes de pression. Cette pression morale de la foule peut s’emballer et détruire des carrières au plus grand mépris des règles élémentaires de la présomption d’innocence.

En France, l’affaire de la « ligue du lol » qui a éclaté en 2019 illustre parfaitement l’emballement moral de la foule numérique qui caractérise la cancel culture. Des journalistes de la presse de gauche avaient été accusés d’avoir créé un groupe informel visant à harceler certains de leurs collègues, le tout pour des raisons essentiellement misogynes. Avant même d’avoir été jugé ou d’avoir bien compris les tenants et les aboutissants de l’affaire, certains journalistes ont perdu leur poste pour complaire à l’indignation morale des twittos comme l’a rapporté Vincent Glad dans un article récent.

Comme les formes plus ordinaires de populisme, la cancel culture privilégie les émotions, et pas nécessairement les plus nobles, comme le ressentiment ou la colère, pour abattre les personnes devenues infréquentables. Dans le cas de Woody Allen, l’indignation morale est instrumentalisée pour censurer, ou plus subtilement, décourager à la publication.

En effet, il n’y a pas ici de censure formelle de la part de l’État, mais bien une pression sociale orchestrée pour « effacer » un contenu jugé « problématique » par certaines franges de la population. Cette volonté de faire taire est inquiétante, car elle dit beaucoup sur la qualité du débat public aujourd’hui et sur le nouvel ordre moral qui y règne. L’esprit libéral de la démocratie représentative demande de laisser la justice faire son travail et de ne pas se laisser submerger par les passions qui alimentent l’esprit de lynchage.

 

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  • jacques lemiere
    11 mars 2020 at 8 h 06 min

    la cancel culture va se retourner contre ses promoteurs et durera tant que les gens en « achètent »…

    il faut supporter un niveau de contradiction intenable pour toutes ses conneries..
    les femmes sont fortes mais faibles..
    les gens sont intelligents et stupides..etc etc…

    pour être tout à fait franc le culte des artistes m’insupportait presque autant que ce mouvement..

    un parfait salaud peut faire une oeuvre magnifique..polanski est un minable et un réalisateur très talentueux..
    ceux qui dénoncent sont ceux qui pardonnaient tout au nom du talent..

  • Pas de problème, on peut boycotter Hachette et l’auteur peut certainement trouver un autre éditeur.

  • La petite bête
    11 mars 2020 at 8 h 58 min

    Soulignons le rôle des médias et de certaines ONG dans ces emballements de foule fondés sur les émotions. Et ce qui se passe dans le domaine de la culture peut tout auss bien arriver dans le domaine politique…

  • Autant je suis d’accord avec vous avec sur la cancel culture, mais que vient faire le « populisme » ici ? Les gens dont vous parlez sont issus de la bobo culture, de l’extrême gauche, de la gauche perdue de la droite molle. Les « populistes » dont les médias pleurent l’existence n’ont pas grand-chose à faire de cette société branchée, de délation. Ils gèrent et essaient d’abord de régler leurs problèmes de tous les jours et tentent de se protéger eux et leurs familles.
    Arrêtez avec ce terme populiste qui permet d’ostraciser les gens comme le sont les mots fasciste, extrême-droite, droite …Très pratique pour les parties « républicains » et d’éviter ainsi toutes discutions.

    • Très juste. Le petit monde artistique de la gauche hypocrite qui gagne des fortunes tout en singeant les charitables m’insupporte au plus haut point.

    • J’imagine que ce que veux dire l’auteur est que les sentiments que ca appelle sont populistes, comme le sont le fascisme ou le socialisme (envie, ressentiment, …). Je pense que les gens « du peuple » adhérent globalement a cette chasse aux sorcières, qui permet de s’indigner à peu de frais. Quitte à oublier les fondamentaux de justice (si tant est qu’ils aient été sus un jour).

      • C’est quoi « les gents du peuple »? Vous n’en êtes pas ?
        Vous supputez ce qu’ils imaginent, adhérent…

      • @Birdy La justice n’a rien à voir avec le pb de Mr WA . Et à moins d’être en dictature, tout le monde a le droit de s’exprimer et de manifester . Et Hachette a le droit de refuser de publier. Qui est le dictateur sinon vous ?

        • « tout le monde a le droit de s’exprimer et de manifester . »
          Tout à fait.
          Mais est-ce que tout le monde a le droit de diffamer ? De raconter tout et n’importe quoi visant à détruire quelqu’un sans avoir à prouver ses affirmations? Simplement parce que cette personne n’entre pas dans le cadre ad hoc?

        • Non, mais je suis d’accord. il n’y a rien d’illégal… pour le moment.
          C’est plus une censure morale dont il s’agit. Le fait qu’une minorité agissante influence la majorité culpabilisée aboutit à une censure.
          Mais, oui, il ne tient qu’à Hachette d’être courageux. D’autres le seront pour lui. Enfin, on espère.

  • Rien d’illégal dans ce qui arrive à W.A. et à Hachette. Des personnes manifestent. Des personnes écrivent sur le net . Ils sont absolument libres de le faire . Tout comme Hachette est totalement libre de publier ou de ne pas publier Mr W.A. L’auteur est-il vraiment pour la liberté d’expression et de manifester ? Ou alors à géométrie variable ? Pour rappel le « droit à être publié » n’existe pas . La pédophilie, longtemps protégée par un silence compact voire promue dans notre « beau » pays cf la calamiteuse « affaire » Matzneff et le glauque de Libé en 74.. ne fait plus recette , doit-on s’en plaindre ? Mr W.A. est un homme public , il a une image qui vend ou pas , ses mémoires ne sont plus bankable , bon , et alors ? Ma réaction serait tout autre si d’aventure certains empêchaient W. de faire des films ou bien empêchaient le public de les voir . S’agit il de cela ? Non . Alors je m’étonne du barrage de défense et se soutien, de cette agitation autour d’un non événement , ou plutôt de l’agitation normal dans une démocratie saine : les gens s’expriment et … sont entendus .

    • Je me demande bien quand est ce que la pédophilie a été promue.
      Personne ne dit que la pédophilie n’est pas horrible.
      Les cris d’orfraie participent à une censure populaire de fait, qui vise toujours les mêmes cibles faciles.

      Donc, oui, c’est un problème de conscience. Rien d’illégal pour le moment.

      • @Birdy wikipedia.org/wiki/Apologie_de_la_pédophilie

        • Mouais – « Cette mouvance n’a jamais atteint de reconnaissance durable et notable ». Dans certains cercles extrêmement restreints quoi. Et oui, sans doute dans celui du spectacle.
          Ca ne change rien au problème. Ca a toujours été interdit par la loi. Dans un état de droit c’est ce qui importe.
          C’est donc à la justice de rendre son verdict, pas à des activistes, l’écume eux lèvres.

          • @birdy ces milieux dont on aurait aimé qu ils soient restreints pour rappel : 1 fille sur 8 un garçon sur 10 , ont fait des pétitions pour supprimer l age de consentement ce qui aurait tout simplement eu pour effet de supprimer le crime. Dois-je rappeler la prescription de ces faits qui font que bcp de coupables ne seront pas inquiétés. Quant aux activistes « l ecume aux levres » (bien sûr…. bien sûr…) ils veulent juste se faire entendre et sont dans leur droit . Je m etonne toujours de la complaisance de bcp dont la votre quand il s agit de pédophiles avérés et à l inverse des mots outranciers contre ceux qui les dénoncent…. revoir à ce sujet les attaques contre Mme Bombardier ….

          • @birdy on rêverait que cette mouvance soit restée circonvenue dans le spectacle, les statistiques sont malheureusement assez révélatrices : 1 fille sur 8 , 1 garçon sur 10. « interdit par la loi » oui mais la pétition relayée par Libé à cette époque(74) demandait justement la suppression pure et simple de l’âge de consentement, ce qui aurait supprimé le crime. Par ailleurs la prescription en la matière fait que les pédo-criminiels ne sont presque jamais punis . Les activistes dont vous parlez ne demandent pas la justice mais veulent se faire entendre et « la bave au lèvre » , cette outrance de votre part est parfaitement gratuite et sans fondement . Je suis toujours interloquée de voir avec quelle obstination têtue les gens défendent les pédophiles avérés et ternissent ceux qui les dénoncent. Voir à ce sujet la façon dont Mme Bombardi3r avait été attaquée en sont temps par toute l’intelligensia française à propos d’un autre personnage pas plus reluisant lequel avait son rond de serviette chez Pivot …. pas de quoi pavoiser , vraiment .

            • Je ne défends pas les pédophiles. C’est un crime. Aucune complaisance.
              Ca ne doit pas nous faire oublier que la justice n’est pas populaire et qu’elle doit s’appuyer sur des éléments factuels.
              Qd la passion prend le pas sur la raison, on entre dans une aire d’ostracisme délétère.
              Et encore une fois, le criminel doit être puni…. si et seulement si il est coupable.

    • « Ma réaction serait tout autre si d’aventure certains empêchaient W. de faire des films ou bien empêchaient le public de les voir . »
      Ah bon? Faire pression sur un éditeur pour l’empêcher de publier le livre de WA, c’est donc différent…

  • On peut être d’accord avec le contenu de l’article sans comprendre ce que la « démocratie représentative » vient faire dans cette histoire, ni en quoi son esprit serait spécifiquement libéral.

    Si c’est pour créer un amalgame entre un référendum et un espace d’expression façon Twitter, le tout ficelé dans un paquet cadeau de populisme vulgaire, l’auteur se trompe lourdement. Un référendum condamnerait #BalanceTonPorc aussi sûrement que les adeptes du hashtag débitent des mensonges. Ne pas confondre l’opinion publique réelle avec les vociférations d’activistes tout à fait minoritaires.

    Si c’est une manière de rappeler que les juges se prononcent au nom du peuple, il convient pour donner corps à cette affirmation que les juges soient régulièrement élus pour un mandat limité et non plus sélectionnés à vie par une caste néo-marxiste dans une école à la réputation déplorable.

    C’est la limite de la représentativité de ne connaître qu’une opinion publique artificielle fabriquée et contraire à la vérité. Entre partis corsetés, élections truquées, sondages bidonnés, ONG financées et médias achetés, la représentativité ne peut que s’égarer loin de la vérité. Un libéral sincère ne devrait pas ignorer que la vérité libère. Rien ne peut remplacer la vérité exprimée par référendum. Il n’y a pas d’autre source à la légitimité de l’action publique.

    Enfin, s’il est nécessaire de protéger les minorités du fait majoritaire, il est en revanche intolérable qu’une minorité opprime la majorité. Or, c’est ce à quoi conduit inexorablement une démocratie uniquement représentative, et qui ne représente plus rien depuis longtemps.

    • Le problème est plutôt pourquoi la justice n’a pas été saisie à l’origine ? Soit c’est un vrai pédophile et il passe par la case prison, soit il n’a rien fait et son nom doit être blanchi. Mais dans aucun des 2 cas, cela ne justifie un groupuscule harceleur, s’ils ont de la compassion qu’ils amassent un pécule pour payer un avocat.

  • Le résultat est que je ne vois plus d’un même œil les vieux films en noir et blancs des années 40-50, où l’on voyait un shérif, un avocat ou autre citoyen défendre envers et contre tout un noir, un jeune, un étranger contre une bande vociférante de bons citoyens assiégeant la cellule de l’accusé.

    Ou encore le bon peuple de Paris réclamant la tête d’Esméralda aux pieds de Notre Dame…

    J’ai eu l’innocence de croire que ces temps étaient révolus…

    • @lepreichan vous ne voyez pas votre outrance ? Mr W A est il menacé ? Est il sous protection ?

      • Ah? Il faut attendre que la personne soit menacée ou mise sous protection pour que vous considériez qu’il y a un problème? 🙂

        J’espère que vous ne ferez jamais l’objet d’un processus de dénigrement/diffamation ou manœuvres diverses visant à détruire votre réputation ou simplement l’opinion que les gens de votre entourage ou de votre famille ont de vous sans en apporter la moindre preuve…
        On vous répondra qu’il ne s’agit que, finalement et selon vos propres paroles, « de l’agitation normale dans une démocratie saine : les gens s’expriment et … sont entendus. » 🙂

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