L’Arabie Saoudite profiterait-elle du coronavirus pour étrangler ses concurrents pétroliers ?

A blong terme, des prix qui resteraient déprimés trop longtemps pourraient avoir des effets pervers inattendus.
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Saudi Arabia by Stephen Downes (CC BY-NC 2.0)

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L’Arabie Saoudite profiterait-elle du coronavirus pour étrangler ses concurrents pétroliers ?

Publié le 10 mars 2020
- A +

Par Philippe Charlez.

Suite à l’expansion inexorable de l’épidémie de coronavirus, l’économie mondiale est de plus en plus affectée.

Augmentation exponentielle du télétravail, annulation d’évènements professionnels, culturels et sportifs en cascade, arrêt de la plupart des voyages d’affaire et effondrement du tourisme signifient de facto des aéroports et des gares tournant au ralenti, des bateaux à quai, des voitures et des camions au garage.

Les transports sont donc parmi les premiers à souffrir de la pandémie. Et comme ils s’appuient presqu’exclusivement sur le pétrole (il représente 93 % de la consommation d’énergie dans les transports) ce dernier est donc l’une des victimes collatérales majeures du COVID 19.

Anticipant une forte baisse de la demande, les marchés pétroliers se sont donc fortement contractés au cours des dernières semaines. Ainsi, le baril de Brent qui début janvier avait flirté avec les 65 dollars, est tombé sous barre des 50 dollars fin février. Mais, un autre évènement indépendant est venu se superposer à l’effet de l’épidémie.

Quand l’Arabie Saoudite tente d’étrangler ses concurrents

Face à cette situation préoccupante, les membres de l’OPEP emmenés par l’Arabie Saoudite second producteur mondial après les États-Unis, et la Russie troisième producteur mondial s’étaient réunis le 6 mars à Vienne. Pour enrayer la chute des cours le cartel proposait de réduire la production de 1,5 million de barils par jour (1 million pour l’OPEP et 500 000 pour les autres pays).

Devant le refus de la Russie, l’Arabie Saoudite a unilatéralement décidé d’augmenter sa production provoquant ce lundi un effondrement historique des cours sous les 35 dollars. Une manœuvre qui n’est pas nouvelle et qui vise à étrangler ses concurrents.

Dû à des conditions d’exploitation facile, l’Arabie Saoudite possède un prix d’équilibre parmi les plus faibles du monde (inférieur à 20 dollars par baril). Aussi, contrairement à ses concurrents qui possèdent un prix d’équilibre bien supérieur (de l’ordre de 45 dollars pour la Russie, supérieur à 60 dollars pour les huiles lourdes canadiennes), elle peut s’accommoder de cours au plus bas durant plusieurs mois.

Un impact sur la Russie, mais pas seulement

Des cours qui ne feront pas seulement souffrir la Russie mais aussi les États-Unis où le prix d’équilibre des pétroles de schistes est en moyenne de 45 dollars. Cet effondrement des cours pourrait entraîner, comme ce fût le cas début 2015, un arrêt presqu’instantané du développement des pétroles de schistes aux États-Unis avec un effet domino majeur sur l’économie américaine dont la bonne santé est fortement corrélée aux hydrocarbures non conventionnels. Aussi pourrait-on assister dans les jours à venir à une réaction virulente du président Donald Trump pour tempérer les velléités de son allié saoudien.

Pour les Européens, la baisse du prix du baril représente à court terme une opportunité intervenant comme amortisseur face à la récession conjoncturelle qui se prépare. La facture pétrolière représente en effet depuis le premier choc pétrolier l’une des causes principales du déficit de la balance commerciale mais aussi plus généralement de la dette européenne.

Mais, à plus long terme, des prix qui resteraient déprimés trop longtemps pourraient avoir des effets pervers inattendus.

Comme nous l’expliquions dans une précédente tribune, les champs actuellement en production déclinent en moyenne de 6 % par an. Un déclin naturel, contrôlé grâce à la découverte puis la mise en production de nouveaux champs.

Une réduction significative de la production américaine conjuguée avec l’arrêt d’un certain nombre de projets en cours de développement pourrait à moyen terme conduire à une rupture offre-demande engendrant une augmentation incontrôlée des prix. D’amortisseur de récession, les prix du pétrole deviendraient alors pour l’Europe un frein à la reprise.

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  • un bémol à tout ça
    Le coûts d’exploitation du pétrole Saoudien sont certes faibles , mais les Saoudiens ont besoin de beaucoup d’argent pour assurer le financement de leur PME familiale , avec quelques milliers de princes à nourrir.
    Il leur faut un baril bien au-dessus des 60$ pour nourrir tout ce petit monde et entretenir les Rolls-Royce.
    Les Russes ont déjà annoncé qu’ils avaient de quoi tenir quelques années avec un pétrole bon marché.
    Par contre les producteurs américains qui perdent un pognon de dingue dans le fracking ne sont pas à la noce.
    Donc combat USA-Arabie , avec la Russie qui regarde.

    • Les princes se nourrissent aussi en rackettant les entreprises étrangères qui font des affaires chez eux.

  • Juste 2 points:
    S’il y a une anticipation de baisse de la demande de pétrole ce n’est pas qu’à cause du transport. C’est tout simplement parce que la Chine est l’usine du monde et que tous les objets sont fabriqués en plastique. Or, le plastique est un produit du pétrole.

    Ce n’est pas forcément une bonne chose pour les européens car il y a 200% de taxe sur l’essence, diesel and cie. Il y aurait donc une baisse des recettes de l’état. Et puis, ça va à l’encontre de la politique écologique qui vise à aller vers l’électrique et du discours alarmiste sur la fin du pétrole.

  • Cher Monsieur,

    vu votre photo, nous devons etre de la meme generation (a peu pres dans la 60aine?)
    je vous propose de retrouver vos cours de geographie de l’epoque de votre adolescence ou il etait clairement explique que les premieres reserves de petrole au monde etaient aux USA, depuis ceux-ci n’ont strictement rien (ou si peu) extrait, ils se sont contentes de « puiser (syphonner) » chez les autres, ils sont donc toujours « assis » sur des reserves consequentes, et leur prix d’extraction/raffinage/transport est un des plus faible, si l’on combine les 3 facteurs.
    Les indices de transport maritime « sec » (je n’ai pas les indices pour les petroles) remontent depuis le debut de la crise du coran o virus, les US sont donc en train de renforcer leur position en interne quant au cout de l’energie,
    {le « coup » (cout) du fracking c’etait pour essayer de nous infuser cette technologie en Europe pour la meme extraction sachant que les US maitrisent une grande partie de cette techno et pas nous}

  • Esprit critique
    11 mars 2020 at 12 h 59 min

    Honte a l’auteur ! Comment peut-on être raciste au point de soupçonner le pays siège officiel de l’islam d’in tentions bassement intéressées.
    De la Stigmatisation ici, je suis extrêmement choqué.

  • Déplorer que le marché libre agisse.
    Parfait au contraire pour nous consommateurs.
    Les entreprises de schiste Américain peuvent faire faillite.
    Un puit de fracturation horizontal, c’est 10 millions de dollars. Ça se remet en route vite fait.
    C’est ce qui c’est passé en 2015-20116 la dernière fois que les saoudiens ont essayés de tuer le schiste Américain par la baisse des prix. Les Américains ont fait le dos rond. Fermés les puits en « attendant » des jours meilleurs.
    Et prêts a rebondir une fois les tarifs à la remontée.
    Ils sont habitués à s’adapter eux.

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