La baisse du pétrole est une bonne chose, l’épidémie un choc limité

Nous sommes dans une phase de panique qui sera rétrospectivement incompréhensible. La chute des prix du pétrole est globalement une excellente chose.

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Oil Pump Jack by Paul Lowry (CC BY 2.0)

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La baisse du pétrole est une bonne chose, l’épidémie un choc limité

Publié le 10 mars 2020
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Par Yves Montenay.

Nous sommes dans une phase de panique qui sera rétrospectivement incompréhensible. Le pétrole baisse c’est une bonne chose, une épidémie va toucher énormément de monde, mais dans 80 % des cas de façon bénigne. Et un fond de décor dramatise tout : « crise » des migrants, répressions féroces dans plusieurs pays, inquiétude écologique…

Si l’on regarde les événements froidement, ces raisons de panique sont indépendantes les unes des autres. Seule la psychologie des financiers les relie, mais bien sûr c’est déjà trop.

La chute des prix du pétrole est globalement une excellente chose

D’abord, ici, je parle français. « Globalement » ne signifie pas « mondialement », mais « dans l’ensemble », c’est-à-dire que les effets positifs sont supérieurs aux effets négatifs.

On peut le vérifier en regardant qui sont les gagnants et les perdants. Les gagnants sont les consommateurs du monde entier. Les particuliers comme les entreprises, les paysans indiens et chinois (pour nous borner aux principaux groupes) paieront moins cher leurs engrais, les riches paieront moins cher leurs carburants, leur chauffage, leur climatisation.

Les perdants sont les pays producteurs. Là, il n’y a que des cas particuliers. Néanmoins si le gâchis colossal qui a lieu quotidiennement en Arabie et dans les Emirats diminuait un peu ce ne serait pas dramatique. Si le financement du djihadisme était plus difficile, on ne le regrettera pas non plus. De même, si la Russie a plus de mal à financer ses aventures militaires

Il y aura certes des cas particulièrement difficiles, de l’Algérie au producteurs de « gaz de schiste » texans.

La baisse est une excellente chose pour les gagnants et n’est pas à regretter pour une partie des perdants. Donc c’est globalement positif.

Quant au virus, son effet est momentané

Une épidémie n’est durablement grave que si elle tue une grande partie de la population. Or, même en Chine, ce n’est pas le cas. « L’usine du monde » redémarre et les chaînes de production se reconstituent. Il est probable qu’à long terme ces chaînes de production se modifieront pour répartir les risques, y compris politiques. Ce ne sera pas une mauvaise chose non plus.

D’ailleurs la presse a presque oublié la Chine pour se focaliser sur le reste du monde. Il y a deux craintes. Celle, médicale, de l’inconnu mais jusqu’à présent l’impact sanitaire est extrêmement limité. Certes le nombre de contaminés va flamber à quelques centaines de milliers voire un bon paquet de millions, mais le risque global sur la mortalité semble faible : comme pour la grippe, comme pour la canicule, ce sont surtout les personnes fragiles qui seront en risque vital, c’est-à-dire celles qui auraient de toute façon disparu peu de temps après.

On se souvient qu’après la première canicule française à laquelle nous étions mal préparés, les quelques milliers de décès supplémentaires ont été compensés dès l’année suivante. Autrement dit, globalement, quelques milliers de personnes sont mortes un an plus tôt. Au delà de cas particuliers dramatiques, ce n’est pas un bouleversement, notamment en économie.

Qu’est-ce qui sera finalement perdu économiquement ? Certains services, comme les places d’avion ou les nuitées d’hôtel. Ce sera sensible dans certaines professions. Pour toutes les autres il y aura un rattrapage : ce qui n’a pas été dépensé aujourd’hui le sera demain, les biens qui n’ont pas été produits le seront, ou le montant de leur achat sera reporté sur d’autres biens.

Bref on verra de nombreux bouleversements, mais pas « un bouleversement général ».

Casser l’engrenage de la panique.

Finalement beaucoup de secteurs seront chahutés alors que les gains (ou le rattrapage des pertes) ne se fera que progressivement. Donc l’intention va se porter sur ces bouleversements sectoriels, ce qui entretiendra la panique et s’ajoutera, comme dit, à des questions qui n’ont rien à voir comme les catastrophes humaines du Moyen-Orient et le raidissement européen en matière de réfugiés. C’est un problème dont les responsables sont à Damas, Moscou et Ankara, et qui n’a rien à voir avec le prix du pétrole ou notre virus.

Le seul lien entre tout cela, ce sont les marchés financiers. Donc des hommes, et pas forcément les mieux informés et plus sereins. Espérons qu’il ne leur faudra que quelques jours pour réaliser ce que je viens d’exposer.

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  • les marchés financiers

    Rebond des marchés boursiers. Voilà.

  • Il est piquant de constater que des grands défenseurs du marché (et donc de la loi implacable offre/demande) ne ratent pas une occasion pour influencer ce même marché.
    Devrons-nous dire merci à V. Poutine d’avoir choisi de limiter les effets de la crise pour les entreprises au lieu de préserver les positions de quelques-uns?

  • La panique est certes exagérée, par exemple les décisions hystériques du gouvernement italien sans rapport avec l’ampleur du problème, gouvernement qui démontre au passage son incurie et son manque de sang-froid, mais il ne faut pas sous-estimer le fait que « à long terme ces chaînes de production se modifieront pour répartir les risques ». Le changement est beaucoup plus fondamental qu’il n’y paraît. Il va bouleverser l’économie mondiale à un moment où l’endettement généralisé est au maximum, limitant la capacité d’adaptation d’acteurs dépourvus de marges de manœuvre. Il va dévoiler l’impéritie des politiques publiques, notamment l’escroquerie écologique, qui mettent en danger des économies entières. Quant aux marchés financiers, il révèle les survalorisations insensées provoquées par les banques centrales, sur les taux comme sur les actions. Le virus est l’excuse bienvenue pour corriger les excès les plus criants, mais la raison de ce qui n’est pour l’instant qu’une correction est ailleurs. Le véritable krach est encore à venir.

  • « Car comme je l’avais prédit, après la pluie vient le beau temps » (Le devin – Astérix)

    « Nous sommes dans une phase de panique qui sera rétrospectivement incompréhensible »

    Pourquoi, incompréhensible ?
    – le fiasco français de 2009 était très compréhensible, il y a même eu un rapport du sénat.
    – Autre rapprochement : comme en 2009, hiver pendant laquelle il y eut finalement très peu de morts liés à la grippe « normale » du fait d’un virus peu agressif, nous avons moins d’une centaine de mort à la quasi fin de l’hiver, alors que l’an dernier, nous eûmes presque 10 000 morts. Le nouveau virus fait tâche.
    – Et il y a surtout, surtout la réaction chinoise de fermer la région de Wuhan et de planter son économie.
    Un syndrome des experts Knock du nouveau labo p4, juste 2 ans après son ouverture ?

    Après tout, on a vu un gouvernement occidental acheter la moitié des antiviraux du monde pour couvrir 100% de sa population… après avis des experts de l’OMS.

    Sans compter le monde devenir affolé quand un astro physicien en a eu assez de regarder Venus et se dire qu’il en savait assez pour prédire l’Armageddon sur Terre…

  • La peur est le moteur du business des politiques et du secteur de la communication et des media.

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