La Banque postale en guerre contre le cash

Found euros by Dana McMahan(CC BY-NC 2.0) — Dana McMahan, CC-BY

La Banque postale filiale de La Poste vient de strictement encadrer les versements d’espèces sur les comptes courants et les livrets.

Par Simone Wapler.

Petit à petit les règlements en espèces sont mis hors-la-loi et bannis des transactions financières. Soupçonné d’être un moyen d’évasion fiscale, le cash reste pourtant un rempart pour nos libertés.

La Banque postale filiale de La Poste vient de strictement encadrer les versements d’espèces sur les comptes courants et les livrets. Tout versement en espèces doit être accompagné d’une déclaration de l’origine des fonds ; au-delà de 1500 euros, le déposant doit justifier de l’origine des fonds et au-delà de 10 000 euros, la Banque postale ne prendra plus.

La Banque postale indique que ces mesures sont prises afin de mieux lutter contre les dépôts provenant de trafics (drogue, vol…). Le Parisien rappelle que la banque avait été condamnée à une lourde amende de 50 millions d’euros pour n’avoir pas alerté Tracfin (la police financière) dans une affaire de transferts d’avoirs gelés par mandats cash.

Interdictions et obligations

Cette mesure est une de plus sur la liste des dispositions anti-cash qui s’allonge :

  • interdiction de régler plus de 1000 euros en espèces dès lors qu’un professionnel est impliqué dans la transaction
  • suppression de nombreux automates délivrant des billets
  • suppression des coupures de 500 euros
  • règlement en espèces des impôts limités à 300 euros
  • limitation des montants en espèces pouvant traverser la frontière à 10 000 euros

Cette liste d’interdictions se complète d’une liste d’obligations de plus en plus lourdes : « bancarisation » obligatoire, évidemment, mais déclarations de plus en plus nombreuses pour les dons, les transferts et les transactions entre particuliers.

Et pour couronner le tout, création d’une police fiscale dépendant de Bercy en plus de Tracfin.

Au lieu d’être le droit de faire ce qui ne nuit pas à autrui, la liberté n’est plus que l’étroit couloir concédé par les autorités entre le mur des obligations et celui des interdictions. Cédric Parren, Le silence de la loi

Les espèces, le cash, représentent un espace de liberté indispensable

La disparition des espèces comme option de paiement parmi d’autres menace les libertés fondamentales.

En premier lieu, elle nous soumet au lobby bancaire. Rappelons que des liquidités sur notre compte en banque ne sont plus « notre » argent mais une créance qu’une banque reconnaît nous devoir. En cas de crise financière, que vaut cette créance ?

En second lieu, elle institue un droit de regard de l’État sur toutes nos transactions, heures et lieux compris.

Bien entendu, le réflexe normal de l’individu normal en temps normal consiste à dire : « je suis honnête, je n’ai rien à cacher ». Mais parfois, les temps deviennent moins « normaux », politiquement ou même techniquement.

Que se passe-t-il lorsqu’une grande panne de réseau interdit toute transaction comme cela s’est produit au Royaume-Uni et au nord de l’Europe continentale en juin 2018 ? Qui n’a jamais eu à subir les effets d’un bug informatique ? Qui n’a jamais été victime d’une erreur de l’administration ?

L’administration se réserve le droit de couper quelqu’un de son argent

Dans l’hypothèse où le cash deviendrait hors-la-loi, la mise au ban de la société d’un individu devient instantanément possible.

Sans aucune procédure contradictoire, avec seulement le bon vouloir d’un fonctionnaire de Tracfin ou d’un agent de la nouvelle police fiscale (entité habilitée à pratiquer des écoutes téléphoniques, des perquisitions, des géolocalisations, des filatures ou des gardes à vue), chacun risquera de se voir « coupé de son argent » et même de la charité puisqu’il sera impossible de lui donner autrement qu’en nature.

Une société sans cash rend possibles l’arbitraire et la prédation

Quant à la lutte contre la fraude fiscale, que les gouvernements s’occupent donc de commencer par le haut, d’abord en prélevant moins. Ensuite en montrant l’exemple.

Comment se fait-il que :

  • Claude Guéant qui n’a retiré de sa banque que 800 euros en huit ans,
  • Jérôme Cahuzac qui a juré ne pas être titulaire de compte anonyme en Suisse,
  • Thomas Thévenoud, qui, frappé de phobie administrative, ne paye pas la cantine de ses enfants,
  • Dominique Perben, parti en Suisse, est revenu avec 15 000 euros en espèces pour acheter une montre en France

évoluent en liberté – voire en toute impunité ?

Même Patrick Balkany – qui oubliait des billets de 500 euros dans les poches de ses peignoirs – reste libre malgré une condamnation à quatre ans de prison dont trois ans ferme, si tant est que cet adjectif reste approprié dans ce cas.

N’importe quel citoyen ordinaire seulement soupçonné de fraude ou simplement ignorant d’une subtilité du monstrueux Code fiscal se retrouve harcelé, sévèrement sanctionné et coupé de son argent…

Comme le disait Jean de La Fontaine :

Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Tous les jours nous voyons se mettre insidieusement en place un régime affublé du nom de démocratie mais en réalité au comportement totalitaire, une minorité de technocrates et de politiciens professionnels concentrant de plus en plus de pouvoirs.

Ne perdons pas de vue qu’une société sans espèces rend les déposants prisonniers de leur banque et de l’administration, permet la taxation arbitraire des dépôts bancaires liquides en cas de nouvelle crise.

Au motif fallacieux d’empêcher les nuisances d’une minorité de fraudeurs, une majorité se retrouve écrasée de règlements, d’interdits, d’obligations et confinée dans le passage de plus en plus étroit entre les murailles d’interdictions et d’obligations érigées par l’administration ou ses obligés.

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