Municipales : tous au marais !

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Les listes des municipales « divers », « divers centre » et « sans étiquettes » explosent. Cette fuite en avant vers le Centre, marais politique par excellence est l’aboutissement logique de l’absence de débat politique dans notre pays.

Par Marc André.

Nous sommes à moins de deux semaines du premier tour des élections municipales et si une tendance se dessine, maintenant que toutes les listes ont été déposées, c’est bien celle du grand flou.

Les listes « divers », « divers centre » et « sans étiquettes », fleurissent avec la même vigueur que le nombre de foyers du covid19. S’il est impossible dans ce « pays de liberté » contrôlé par l’État-nounou de trouver un masque pour se protéger du virus chinois, force est de constater que les candidats, eux, n’ont eu aucun mal à en trouver un pour duper l’électeur.

Une absence de débat politique

Cette fuite en avant vers le Centre, marais politique par excellence, est l’aboutissement logique de l’absence de débat politique dans notre pays depuis bientôt 40 ans. La gauche n’est plus elle-même depuis la conversion de Mitterrand au « réalisme » allemand en 1983 et la droite n’est plus libérale depuis la raclée prise par Chirac en 1988.

Les deux se retrouvent pour défendre avec acharnement le capitalisme de connivence, version moderne du colbertisme, le tout drapé dans l’étendard européen. Les deux camps ayant abandonné la défense de la Nation à la SARL Le Pen, il ne faut pas s’étonner que plus personne ne se revendique d’une appartenance politique devenue totalement vide de sens.

Ajoutez à cela le grand dégagement des législatives de 2017 et vous avez l’explication de la ruée sur le masque centriste. Les maires et aspirants à le devenir en ont déduit que les « vieilles étiquettes » étaient démonétisées et que rien ne valait le marigot centriste pour sauver ou conquérir un siège. Mais ce qui était vrai il y a trois ans ne l’est plus aujourd’hui, après le florilège de bêtises et d’approximations dans la gestion du pays auquel nous avons eu droit depuis l’arrivée de Macron et de son équipe « d’amateurs fiers de l’être ».

En vérité, contrairement à ce que les électeurs espéraient, l’irruption de la Start Up « En Marche » n’a absolument pas clarifié les choses. L’opération n’était en rien un coup de balai. Elle a juste ripoliné la vieille façade décrépite du PS en lui agrégeant ce qu’il y avait de plus mou et de plus opportuniste sur « l’autre rive ».

Las, la campagne parisienne prouve que lorsque l’on a un tant soit peu de moelle, l’appartenance à un parti de « l’Ancien Monde » n’est pas un fardeau… bien au contraire.

Paris, l’exemple-type

Alors que Les Républicains n’ont pas fait le moindre effort pour inventer une doctrine digne de ce nom, après leurs échecs aussi retentissants que répétitifs, Rachida Dati s’en tire remarquablement bien, en ne promettant rien d’autre que de « faire le job » en bonne élue de droite.

Et il est vrai que pour des municipales, il n’est pas idiot de promettre de veiller au ramassage des ordures, à l’état des chaussées et des trottoirs, domaines dans lesquels l’actuelle équipe municipale s’est couverte de ridicule. Habiter une capitale qui ressemble de plus en plus à une ville du Tiers monde n’incite pas à donner un nouveau mandat à madame Hidalgo.

Ce qui est curieux c’est que malgré sa sociologie très « marcheuse », la capitale semble vouloir se donner à une candidate clairement estampillée LR et ce bien avant les déboires sentimentalo-cinématographiques de monsieur Griveaux. Le réflexe droite/gauche est donc toujours vivace et il semblerait que les électeurs ne s’y trompent pas. En dehors de la manière calamiteuse de gérer les problèmes du moment, les Marcheurs, précisément parce qu’ils n’ont aucune ossature programmatique, mais uniquement des certitudes technocratiques peinent à convaincre de leurs aptitudes à diriger Paris.

Chirac disait « je ferai pour la France ce que j’ai fait pour Paris »… quand on voit ce que Macron a fait de la France, on comprend mieux les hésitations des Parisiens.

Le consensus, la fausse solution

Le centre c’est le consensus et celui-ci se fait toujours sur le plus petit dénominateur commun. La modération n’est pas plus un programme que le bon sens n’est une solution.

Le monde complexe dans lequel nous vivons amène de nouveaux défis impossibles à relever par « consensus ». C’est pour cette raison que la vie publique a besoin de clarté. Dans un pays aussi politique que le nôtre, n’en déplaise à certains, il faut que des options franches se dessinent et non que des solutions tombent de Berçy. La technocratie est un trou noir !

Et depuis quelques années, elle aspire consciencieusement ce qui reste de libertés publiques dans ce pauvre pays. Elle ne peut le faire que grâce à ce « consensus » centriste qui relativise tout débat d’idée et voue aux géhennes médiatiques toute pensée « non consensuelle » comme hérétique.

La démocratie française, comme tout cerveau, a besoin de ses deux hémisphères en état de marche, prêts à proposer des réponses soumises à l’arbitrage des Français. S’enliser dans les sables mouvants du centrisme, c’est abandonner le reste de nos libertés et donner, au final, un boulevard aux extrêmes en leur laissant le monopole de l’alternative.

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