Assistants sexuels : l’État s’invite dans l’intimité des individus

In bed with Robert-L'Etat s'impose dans l'intimité by mouton.rebelle(CC BY-NC 2.0) — mouton.rebelle, CC-BY

Décider qu’il « faut » avoir des relations sexuelles pour être « bien » n’est non seulement pas du ressort de qui que ce soit d’autre que le principal concerné, mais cela ne relève pas d’une administration.

Par Margot Arold.

Emmanuel Macron a promis des mesures en faveur des personnes handicapées lors de sa Conférence nationale sur le handicap. Il y a bien des choses à redire sur plusieurs d’entre elles ; comme la création de ce nouveau numéro de téléphone, supposé apporter de l’aide et des informations.

Cela existe déjà et relève du travail des MDPH qui font un travail formidable  renvoient de service en service quand elles arrivent au bout de leur « mission » (les missions étant saucissonnées en autant de morceaux qu’il y a de personnes à caser pour faire un boulot inutile). En résumé, les handicapés auront une strate administrative de plus.

L’État s’occupe de sexe…

Mais surtout, l’État dans sa grandeur, a aussi, dans ses dossiers, l’intention de s’immiscer dans la sexualité des individus. La santé sexuelle faisant « partie intégrante de la santé, du bien-être et de la qualité de vie dans son ensemble » pour l’OMS, il devient évident que l’État doit se préoccuper de cette partie intime de ses administrés.

Et Sophie Cluzel, la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, détient la solution : elle veut légaliser pour les handicapés la pratique qui consistait jusqu’ici à proposer des services sexuels tarifés à des personnes qui en ont besoin (service auquel n’importe qui pouvait avoir recours, moyennant peut-être quelques négociations tarifaires bien normales).

La secrétaire d’État déplore  « que certaines personnes handicapées soient condamnées à vivre dans une abstinence non choisie ».

On peut pourtant déplorer des tas d’autres choses auxquelles sont condamnées les personnes handicapées, mais l’État souhaiterait s’occuper de celle-là en particulier, comme la secrétaire d’État l’explique dans Le Figaro :

Moi, je suis très favorable à ce qu’on puisse accompagner (la) vie intime, affective et sexuelle des personnes handicapées, a indiqué la secrétaire d’État.

Comme l’État a rendu le recours à la prostitution passible d’une amende (ce qui revient à en faire une pratique illégale), il est prévu de créer une profession, celle des « assistants sexuels ». Autrement dit, une sorte de service sexuel (et affectif ?) rémunéré et encadré, qu’on ne nommera pas prostitution pour que le politiquement correct soit respecté, et parce qu’on va vous expliquer que dans ce cas il s’agit d’un besoin médical, et donc un service médicalisé.

Assistants sexuels et sexe réglementé ?

Imaginons un peu : à l’instar du plombier ou de l’électricien agréé « Qualibat », il y aurait des femmes (et des hommes, hein, pourquoi ne réduire les handicapés qu’à ceux qui ont un pénis ?) « QualiSex », agréés par l’État, pour venir faire des gâteries à domicile, ou en institution ou à l’hôpital.

Évidemment, comme ce serait une profession certifiée conforme à l’usage réglementé par l’État, il serait assez rapidement question de prise en charge financière. Le handicapé pourrait avoir la visite d’un.e péripatéticien.ne remboursé.e par la Sécu. Avec des tarifs plafonnés, bien entendu.

Quand à l’aspect affectif promis par l’État, on peut être dubitatif : comment va-t-il s’y prendre pour faire éprouver de l’ « affection » sur commande ? Ou bien n’est-ce encore qu’une expression politiquement correcte destinée à faire croire aux handicapés qu’ils trouveront du sentiment entre les bras d’une personne dont c’est le métier ?

Qui va monter… un dossier pour avoir droit aux assistants sexuels ?

On ne sait pas trop où l’État place les limites et les « droits ». Qui aura droit à ces assistants ? À partir de quel degré de handicap ?

De quel handicap parlons-nous ? De quels handicapés ? Du handicapé apte à prendre son téléphone pour appeler un copain qui l’emmènera voir une dame bienveillante qui s’occupera de lui ? L’opportunité de pratiquer sa sexualité dans un cadre tarifé existe déjà. Et en plus il peut choisir la personne avec laquelle pratiquer. Dans ce cas, de quoi se mêle l’État ?

Ou bien parlons-nous de celui qui ne peut pas décrocher son téléphone, communiquer ? Alors, qui décidera de ce qui est « bon pour lui » ? L’État a-t-il à s’immiscer dans cette partie de la vie ? Ou bien fait-il du handicapé un être justement trop inférieur pour mener sa propre vie ?

À trop vouloir faire des handicapés des personnes « comme les autres », à trop vouloir faire, comme toujours, dans l’égalitarisme, l’État va finir par instaurer de nouvelles inégalités.

Utopie à tous les étages

Les utopistes du Clhee (Collectif lutte et handicaps pour l’égalité et l’émancipation) qui déclarent que « la sexualité devrait être libre et non marchande, impliquer de la réciprocité dans le désir et un échange égalitaire », ont raison sur le fond : nous voudrions tous baiser avec une princesse ou un prince charmant, dans l’égalité et le désir.

Malheureusement, le handicap est un monde où ne règnent ni le conte de fées, ni l’égalité, et tous les handicapés ne sont pas des princes et des princesses inspirant le désir — ce qui est finalement aussi le cas pour tous les laiderons et les « pas beaux » de la Terre : sur ce point, les moches et les handicapés sont bien à égalité –.

Décider qu’il « faut » avoir des relations sexuelles pour être « bien » n’est non seulement pas du ressort de qui que ce soit d’autre que le principal concerné, mais cela ne relève pas d’une administration.

Le sexe fait partie de ce que l’individu a de plus intime, de plus privé. Il ne doit jamais être question que ce domaine figure sur un formulaire cerfa, dans un fichier de l’administration, ni en dehors d’une sphère très privée, qui ne comprend que deux individus… ou plus si affinités.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.