Le gouvernement fera-t-il passer en force sa réforme des retraites ?

Après plus d’un mois passé dans un conflit social absurde, le compromis rapide souhaité par le Président n’est pas prêt d’arriver, et le projet de loi sera déposé sans compromis préalable.

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Edouard Philippe by Jacques Paquier (CC BY 2.0)

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Le gouvernement fera-t-il passer en force sa réforme des retraites ?

Publié le 13 janvier 2020
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Par Eric Verhaeghe.

Dans la contestation qui persiste sur le dossier des retraites, le gouvernement joue un jeu dangereux, qui échappe manifestement à Emmanuel Macron : passer en force, sans répondre clairement aux opposants qui se radicalisent (mais en lâchant de coûteuses concessions pour éviter des blocages majeurs). Cette technique qui s’assied allègrement sur la logique de dialogue expose fortement le pays à un risque d’implosion massive.

La réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron vire à l’affaire des Gilets jaunes.

D’un côté, une contestation rampante dans les rues, persistante, entêtante, tourne progressivement à la radicalisation. Les images que nous affichons ici le montrent. La manifestation parisienne de ce jour a donné lieu à des scènes violentes et les confrontations entre protestataires et forces de l’ordre tournent peu à peu au vinaigre.

D’un autre côté, le gouvernement droit dans ses bottes tourne le dos à la contestation et impose une politique envers et contre tout.

Les retraites et l’étrange entêtement d’Édouard Philippe sur l’âge-pivot

Un jour, au calme, il faudra chercher à comprendre l’étrange scénario psycho-rigide qui a mis des centaines de milliers, probablement des millions de Français dans la rue pour la défense d’un âge-pivot qui n’a guère de sens.

Bien entendu qu’il est important de défendre les comptes publics et leur équilibre. Mais la meilleure défense de ceux-ci passait par une négociation pacifique avec la CFDT pour faire passer la réforme avec un minimum de concessions à lâcher.

Loin de cette solution de bon sens, Édouard Philippe a choisi l’inverse : cliver, affronter, et en bout de course payer plus cher l’adoption d’une mesure qui bénéficiait d’un soutien syndical initial utile.

Pour gagner quoi ? Édouard Philippe souhaite un âge-pivot à 64 ans et les Français partent effectivement à la retraite aujourd’hui après 63 ans. Autrement dit, le coût politique de son entêtement sera très élevé (probablement plusieurs milliards par an pendant plusieurs décennies) pour un bénéfice financier quasi-nul. C’est absurde. C’est incompréhensible.

Les élites parisiennes n’aiment pas le dialogue social

En termes de gouvernance, le spectacle donné par Édouard Philippe procède au mieux d’un populisme poujadiste. Au lieu d’une réforme négociée à l’allemande, avec bon sens et mesure, le Premier ministre choisit la voie d’un affrontement sans compromis apparemment possible.

Cette attitude disqualifie par principe la notion de dialogue social. On retrouve la préférence de la bourgeoisie parisienne pour l’ordre imposé à la réforme négociée.

On comprend que cette stratégie flatte l’électorat de droite à l’approche d’élections municipales où En Marche n’a plus guère d’espace que sur les terres des Républicains. La fermeté est sans doute perçue comme payante électoralement. Le calcul du Premier ministre, et peut-être d’Emmanuel Macron, ne doit pas aller au-delà. Pendant ce temps, c’est une sorte d’équilibre sous-optimal qui se met en place et se généralise : la dispute vaudrait mieux que la concorde.

Jusqu’où la surdité sociale peut-elle mener ?

Toute la question est de savoir à quel risque le Premier ministre expose le pays en menant cette stratégie de l’extrême. En regardant les images tournées dans le cortège qui a défilé à Paris, la montée de la violence et des tensions est flagrante. C’est le prix à payer pour cette rigidité où le pouvoir exécutif assume de passer en force malgré les blocages. Progressivement, comme l’an dernier avec les Gilets jaunes, la rue se durcit, et les opposants qui n’abandonnent pas le combat se montrent de plus en plus agressifs.

On a tous bien compris que le gouvernement ne peut pas abandonner la partie sans dommage politique majeur après plus d’un mois passé dans cette seringue du conflit social qu’il a absurdement choisi. Il n’en reste pas moins que le compromis rapide souhaité par le Président n’est pas prêt d’arriver, et que le projet de loi sera déposé sans compromis préalable.

C’est le genre de stratégie qui passe ou qui casse. Peut-être le gouvernement fera-t-il passer sa réforme sans avoir convaincu de son bien-fondé. Peut-être, à force de tirer sur la corde sociale, finira-t-elle (ce que nous croyons inévitable dans les six mois à venir sans pouvoir le prouver) par casser. Il faut que nous ayons bien conscience que cette rupture (pour, au fond, pas grand chose) risque d’avoir des conséquences désastreuses, voire cataclysmiques.

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  • Non le pays ne va pas imploser , n’en déplaise a la CGT!
    et oui les gréves vont s’arrêter pour de banales questions de pognon..
    circulez super mario a perdu la partie comme pour le statut de la sncf..
    quand a la RATP une purge s’impose

  • Je n’ai toujours pas compris la justification de cet âge pivot, pour un système à points dans lequel l’accumulation de droits ne se fait plus qu’exclusivement par la durée et le montant des cotisations.

    • On a déjà plus ou moins ce même paradoxe dans le système actuel avec le nombre de trimestres et l’age de départ.

    • Le système par points proposé offre des points pour le chômage, les enfants, la pénibilité, les copains… Il n’a rien à voir avec l’accumulation exclusive que vous évoquez. Et comme je l’ai déjà écrit, l’âge pivot peut être individualisé, le gouvernement l’a d’ailleurs explicitement évoqué avant-hier.

      • Il est vrai que l’équilibre financier de l’ensemble me semblait inclus dans le projet, ce qui impliquait forcément une incitation individuelle à travailler plus longtemps pour compenser la variabilité éventuellement à la baisse de la valeur du point, d’où l’inutilité de l’âge pivot.

      • C’est très égalitaire ,un vrai progrès social ,une vraiment belle réforme et Bruxelles sera très content vu les belles économies qui se réaliseront , peut être que l’état fera un peu de bénéfices au passage ….moins d’impôt ou plus d’aides au tiers monde pour qu’il nous écrase ?

    • Cet âge pivot est censé remplacer le systeme de décote-surcote actuel de 62 à 67 ans. En réalité, il permet beaucoup plus d’économies que ce dernier car il faut en plus financer les mesures liées à la réforme, comme la retraite à 1000 euros, etc.
      Bercy a chiffré l’économie à 12 milliards d’ici 2027.
      Partir à 62 ans à taux plein, tout en conservant l’équilibre financier actuel, signifierait faire baisser le montant des retraites pour la majorité des gens, à plus forte raison avec le système à points qui prend l’ensemble de la carrière et non plus les meilleures années et les cadeaux prévus pour les bas revenus.
      Le gouvernement ne veut ni baisser le montant des pensions, ni augmenter les cotisations, il ne reste donc plus qu’un report de l’âge de départ, établi pour l’instant à 64 ans.
      Pour ne pas faire mentir le président qui avait promis le maintien à 62 ans, on a donc sorti du chapeau cette forte, très forte incitation à partir plus tard…
      L’effet politique reste cependant désastreux, l’électeur a l’impression de s’être fait dupé, d’autant plus que la réforme en est devenue illisible. Dans une retraite par points, il n’y a en théorie pas besoin d’âge seuil. Le calcul se fait par le nombre d’années où le « capital » acquis devra être versé d’ici l’espérance de vie. Le problème, comme dit plus haut, c’est que l’application stricte de ce principe revient à baisser les retraites.
      Je crains que la Macronie n’ait découvert trop tard que cette réforme idéale sur le papier était une bombe à retardement…

    • les points sont un leurre , pour l »‘administration on a bien vu que l’on a reconstruit les systeme speciaux en les appelant « specifiques »
      a partir du moment ou l’etat ne cotise pas pour ses employés ,comme l’employeur pour le privé, les points accumulés par les salariés du public ne couvriraient pas le tiers de leurs coûts..
      çà çà s’appelle une escroquerie

    • On peut effectivement considérer que dans un système à point les retraités pourraient choisir librement leur date de départ et l’équilibre financier pourrait se faire en ajustant la valeur du point de service. Il serait cependant injuste que deux individus prenant leur retraite avec le même nombre de points accumulés mais ayant des ages très différents touchent la même retraite annuelle puisqu’ils n’en jouiront pas pendant la même durée. En fait la justice est que la valeur actuarielle de tout ce qu’ils peuvent espérer toucher jusqu’à leur décès soit la même. C’est comme pour une rente viagère. Pour un même capital plus on la prend tôt plus moins la rente annuelle est élevée. Le système bonus malus, soit en gros 5% en plus ou en moins pour deux individus ayant un an d’écart d’espérance de vie à la retraite est la solution logique et juste.

      • non, l’esperance de vie dépends des individus .. on ne peut donc pas spéculer la dessus..d’une façon uniforme..
        meme nombre de points meme retraite et basta

        • Et comment font les assureurs ? Si vous avez un million à transformer en rente viagère vous pensez que l’âge ne sera pas pris en compte ?

        • Non, retraite variable parce que gérée par l’état.
          Si vous voulez un retraite fixe, elle est gérée par le privé qui gère le risque.
          Vous verrez que la retraite sera variable. Vu l’action de gouvernemaman, c’est inévitable.

      • Mathématiquement, on peut mettre l’âge-pivot n’importe où, par exemple 50 ans, en lui associant une pension « standard » proportionnelle au nombre de points cotisés mais faible compte tenu de la longue espérance de vie restante. Ainsi tout le monde aura une surcote asservie à l’espérance de vie statistique, de l’ordre de +80% si on réclame sa retraite à 65 ans au lieu de 50, +400% à 85 ans +1000% à 95 ans (calculs approximatifs liés à la pyramide des âges).

    • L’âge pivot est une stratégie comme expliqué par MLP, et d’autres.
      Sembler réduire la réforme à cette « mesure-phare » (sans contenu effectif comme expliqué dans l’article) pour ensuite céder. Comme le dit le collabo Larcher: il n’y a plus de raisons de faire grève.
      Quand les Français vont-ils comprendre ce qui s’est passé en 2017?

  • « défendre les comptes publics et leur équilibre ». Si un gouvernement en avait été capable depuis 1974, on aurait pu lui faire confiance et vu la conduite des affaires de la mairie du Havre par E. Philippe j’en doute

  • Philippe, par ses décisions ubuesques , sa psycho-rigidité, et, on l’a vu lors de l’affaire du 80 km/h, son étonnante capacité au mensonge, scie la branche sur laquelle Macron est assis.
    Le fait-il exprès ou non ? Macron est-il conscient des dégâts sur sa propre image ? Seule certitude : un boulevard pour Le Pen en 2022.

  • Ce Gouvernement passera en force avec le 49-3.

    • il n’en a pas besoin , il a la majorité absolue a l’assemblée.. a moins qu’ils veuillent couper court au débat pour gagner du temps

    • Et il aura bien raison.
      Il est impossible de réformer la France autrement que par la force.

      • sauf que ce qui est fait actuellement c’est cultiver tous les constituants pour une guerre civil.
        Nous avons en france les gouvernants les plus Kons de la planète n’en déplaise !.

        • Dans une démocratie, on à les gouvernants qu’on mérite.

          Qui les élits depuis 40 ans ?

          Si guerre civile il y a , ça sera la faute exclusive du peuple Français qui ne mérite plus sa liberté.

    • Il y a un risque, certains députés LREM risquent de s’abstenir. Pendant que Macron et Philippe sont dans leur tour d’ivoire, eux essuient les récriminations, voire menaces, de leurs administrés…

  • Maintenant sérieusement on s’en fout , plus vite on ira dans le mur plus vite on en sortira

  • en effet, l’une des question qui spontanément me vient à l’esprit, comment se fait il que cette population à la quelle j’appartiens est passée d’une docilité consentante, bienveillante, à une violence extrême qui m’amène même à voter prochainement contre macron et cela à n’importe quel prix, puisque pire n’est plus possible.
    l’an dernier le journal « le monde diplomatique » titrait en une: il doit partir il en a trop fait!
    Je reste à penser que mis à part de la venue d’un nouveau Hitler, il sera difficile de faire pire.

    • Il sera très facile de faire pire, même sans aller jusqu’à Hitler. Un Mélenchon ou une Le Pen feront passer par la force et sans pitié un programme encore plus socialiste que Macron, et au lieu de la lente agonie actuelle de la France, ce sera une mort brutale.

      Tant que la France n’a pas de parti libéral-conservateur capable de gagner les élections, il vaut mieux survivre avec un Macron dans une lente agonie que d’élire un tyran impitoyable qui transformera la France en Venezuela.

      Mais cela risque de durer encore longtemps, quand on voit que même ce site est toujours plus éloigné de cette tendance…

      • Avez-vous lu le programme de MLP de 2017?
        J’avoue l’avoir fait récemment et j’affirme qu’il est moins pire que ce que nous inflige le gouvernement actuel.

      • @schelten, je présume que votre commentaire c’est du deuxième degré ou une blague, car sinon je ne sais comment vous ferez.
        En effet dix-sept, oui 17 ministres en deux ans et demi….!
        la france dans un bordel comme jamais auparavant et vous en redemandez???
        Mais c’est du masochisme !
        plus vite on se sera débarrassé de ces bras casse plus vite le pays sortira du marasme et des crises qui se succèdent les unes aux autres et qui nous font crever à petit feu.

      • mlp ce sera un déclencheur salutaire;;;; plouf
        apres on verra

        • La Grèce a plongé et rien n’a surgit de réjouissant après. Si le pays coule on accusera encore les turbolibéraux.
          Ce qui est amusant c’est que les commentateurs analysent déjà la réforme comme libérale, ils sont encore plus à gauche que la CGT.

      • « Tant que la France n’a pas de parti libéral-conservateur »

        Libéral, vraiment libéral, je veux bien, mais que diable le conservatisme (sociétal je suppose) apporterait comme réelle plus-value ?

    • Comment se fait-il…?
      Les Gilets Jaunes, on peut en dire tout ce qu’on veut. Il n’empêche que les revendications d’origine (moins d’impôts, plus de démocratie) ils étaient soutenus par 75% de la population. Macron a pensé qu’en faisant croire que cette révolte était d’extrême-gauche tout en la réduisant dans les médias, la ferait disparaître. Nous sommes gouvernés par un enfant gâté qui s’imagine pouvoir faire plier le réel. Ce type est dangereux.
      « A vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes. » (JFK)

  •  » C’est absurde. C’est incompréhensible.  »
    Parce que les buts réels de cette réforme ne sont pas ceux qui sont affichés. Ce ne sont pas Macron et Philippe qui en sont à l’origine qui n’ont pas passé un contrat avec leurs électeurs et encore moins avec le peuple français, mais se soumettent à ceux qui les ont fait élire.
    Comme dit Martine ?, quand c’est flou…

  • Monsieur Verhaeghe, vous êtes bien optimiste en disant que cette réforme coûtera aux français quelques milliards par an.
    On est bien plus près d’un Macron. Rappelons qu’un Macron, la nouvelle unité de compte étatique, vaut 17 milliards d’euros.

  • négocier suppose de l’humilité… Inconnue chez nos politiques/gouvernants.

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