Menu végétarien à la cantine : obéir ou désobéir à la loi « pour le bien » des enfants ?

Restaurant scolaire au collège Romain Rolland à Ivry-sur-Seine Photo : Alex Bonnemaison — Alex Bonnemaison, CC-BY

On ne peut qu’être préoccupé quand le législateur se préoccupe de faire la police de l’assiette, hormis les cas où la santé publique serait vraiment en jeu.

Par Wackes Seppi.

C’est France 3 Auvergne-Rhône-Alpes qui le rapporte : « Cantal : le président du Conseil départemental ne veut pas de menu végétarien dans les cantines ».

Il a écrit aux principaux des collèges et aux chefs de cuisine. Il veut défendre le Cantal, terre d’élevage, ce qui est sans doute un argument honorable, mais pas vraiment recevable.

Rappelons que l’article 24 de la loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018 pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous (défense de rire à la lecture de l’intitulé de cette loi…) a inséré pas moins de sept nouveaux articles dans le Code Rural et de la Pêche Maritime sur les nouvelles obligations des restaurants collectifs dont les personnes morales de droit public ont la charge. En particulier :

« Art. L. 230-5-4.-Les gestionnaires des restaurants collectifs dont les personnes morales mentionnées aux articles L. 230-5-1 et L. 230-5-2 ont la charge servant plus de deux cents couverts par jour en moyenne sur l’année sont tenus de présenter à leurs structures dirigeantes un plan pluriannuel de diversification de protéines incluant des alternatives à base de protéines végétales dans les repas qu’ils proposent.

Art. L. 230-5-6.-À titre expérimental, au plus tard un an après la promulgation de la loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018 pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous, pour une durée de deux ans, les gestionnaires, publics ou privés, des services de restauration collective scolaire sont tenus de proposer, au moins une fois par semaine, un menu végétarien. Ce menu peut être composé de protéines animales ou végétales.

L’expérimentation fait l’objet d’une évaluation, notamment de son impact sur le gaspillage alimentaire, sur les taux de fréquentation et sur le coût des repas, dont les résultats sont transmis au Parlement au plus tard six mois avant son terme. »

C’est une filouterie législative ! La mouvance « verte » – qui va bien au-delà d’EÉLV – maîtrise très bien cette technique : quand une mesure peine à passer, on l’introduit à « titre expérimental ».

À la lecture du nouvel article L. 230-5-6, un doute surgit : ce « menu végétarien » doit-il être le seul proposé ?

Quoi qu’il en soit, M. Bruno Faure, président du Conseil Départemental du Cantal (LR), explique :

« Les enfants mangent 4 repas par semaine dans nos cantines. J’estime que c’est normal de manger de la viande. J’estime que nos petits Cantaliens doivent avoir droit à des repas de qualité, car peut-être qu’ils n’en mangent pas chez eux. Ce n’est pas aux enfants de choisir s’ils veulent être végétariens. C’est aux parents d’assumer leurs responsabilités. »

Bien sûr, cette démarche passe mal chez certains. France 3 Auvergne-Rhône-Alpes cite M. Alain Calmette, conseiller départemental (LaREM) :

« Sur le fond, je pense que ne pas manger de viande est bon pour la santé et bon pour la planète. Commencer dès le plus jeune âge est une bonne chose en soi pour éduquer les jeunes générations. On peut aussi consommer local en ayant recours à des protéines végétales. Je suis d’accord avec la loi car un rééquilibrage me paraît salutaire. »

C’est un peu tortueux. Les premières phrases signifient-elles que ce monsieur veut « éduquer les jeunes générations » au végétarisme ?

Ou plus ? Si nous avons bien compris, ce menu « végétarien » peut « être composé de protéines animales » (incidemment, curieux choix que ce « composé »), donc inclure des œufs et des produits laitiers.

On ne peut qu’être préoccupé quand le législateur se préoccupe de faire la police de l’assiette – hormis les cas où la santé publique serait vraiment en jeu – et que des personnes investies d’une part du pouvoir politique de décision s’arrogent le droit d’« éduquer les jeunes générations » à une lubie alimentaire et, prétendument environnementale.

M. Alain Calmette a un autre argument :

« Sur la forme, qu’un président de Conseil départemental puisse assumer l’idée de ne pas appliquer la loi paraît inopportun en termes d’exemplarité. […] »

L’argument est tout à fait recevable… sauf que…

Sauf que le Président de la République en personne, M. Emmanuel Macron, a donné un sérieux coup de canif à ce principe en déclarant dans un propos qui ne doit rien, au contraire, à l’improvisation :

« donc Monsieur le maire, il a raison sur ses motivations […] je le soutiens dans ses intentions. »

Il s’agissait alors du fameux arrêté – illégal – « de » M. Daniel Cueff, maire de Langouët, imposant des zones non traitées de 150 mètres autour des habitations (en fait, l’arrêté lui a été livré clés en mains par une association anti-pesticides, Ragster, dont, incidemment, le siège social est à la Mairie de Bazemont, dans les Yvelines).

M. Emmanuel Macron avait ajouté : « Mais je ne peux pas être d’accord quand on ne respecte pas la loi, c’est normal, et ça on va le changer vite ». Ce charabia signifiait qu’on allait changer la loi (une déclaration relevant de la rodomontade, la modification de la législation ayant été imposée par le Conseil d’État).

Et pour les repas à la cantine, M. le Président de la République ? Et pour la bonne santé de nos enfants – enfin de ceux des classes défavorisées auxquels la cantine fournit le seul repas équilibré de la journée ?

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