Les Armées, un ministère sans défense ?

Alors que le ministère de la Défense remportait tous ses arbitrages depuis quelques années, il semble aujourd’hui sans défense face à un Président qui se veut jupitérien. Comment en est-on arrivé là ?

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Les Armées, un ministère sans défense ?

Publié le 20 juillet 2017
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Par Kevin Alleno.
Un article de The Conversation

Jupiter gronde et c’est finalement Mars qui tremble. C’est ainsi que l’on pourrait résumer les derniers arbitrages budgétaires en défaveur de la Défense. En effet, en réaction au « dérapage budgétaire » constaté par la Cour des comptes, le nouveau gouvernement a imposé des économies à tous les ministères, y compris celui de la Défense nationale censée être sanctuarisée.

Mais voilà, le ministère des Armées – c’est sa nouvelle appellation – représente 1,7 % de la dépense publique et on lui impose 20 % des efforts budgétaires. Un effort d’autant plus lourd qu’il a déjà réalisé des économies conséquentes depuis une vingtaine d’années.

Devant ce constat, le chef d’état-major, le général Pierre de Villiers, a préféré démissionner estimant ne plus être « en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel (il) croit ».

Le président de la République avait répondu auparavant de manière cinglante à sa menace de démission, en confirmant les efforts budgétaires pour l’année 2017 et en le rabrouant, au passage, d’un « Je suis votre chef » péremptoire qui a interpellé toute une communauté.

Alors que le ministère de la Défense remportait tous ses arbitrages depuis quelques années, il semble aujourd’hui sans défense face à un Président qui se veut jupitérien. Comment en est-on arrivé là ?

Le départ de Jean‑Yves Le Drian

Le premier élément de réponse est sans doute le fait qu’en dépit de ses promesses, Emmanuel Macron demeure sensible aux vues de Bercy. Inspecteur des Finances de formation, il a été un ministre de l’Économie de François Hollande qui a peu goûté les arbitrages remportés par son collègue de la Défense.

Le second élément est l’identité du titulaire de la fonction. Jean‑Yves Le Drian était en effet devenu un pilier du gouvernement, indéboulonnable au point de cumuler l’hôtel de Brienne et la présidence de la région Bretagne.

Devenu président de la République, Emmanuel Macron a maintenu Le Drian à ses côtés mais a bien pris soin de l’éloigner de la Défense. Il a tenu à s’affirmer comme l’unique chef des armées sans prendre le risque d’apparaître sous la tutelle du ministre breton. C’est ainsi que Jean‑Yves Le Drian a émigré au Quai d’Orsay.

Emmanuel Macron a tenu également à éloigner Cédric Lewandowski, le directeur de cabinet de Le Drian, qui fit tant de mal aux locataires de Bercy durant le dernier quinquennat. Lui qui était un temps pressenti pour prendre la tête de la DGSE a dû se contenter d’un retour chez EDF.

Après avoir éloigné les personnes qui pouvaient lui faire de l’ombre, Emmanuel Macron a placé des personnalités peu au fait des questions militaires à Brienne.

C’est ainsi qu’il a nommé Sylvie Goulard dont les questions de défense étaient loin de constituer la priorité intellectuelle jusqu’ici. Un mois après, celle-ci démissionnant, c’est une ministre avec aussi peu d’expérience dans ces dossiers qui la remplace en la personne de Florence Parly.

La communauté de la défense reste dubitative, les plus optimistes mettant en avant ses compétences budgétaires qui la rendrait à même de contrer les velléités du ministère des Finances.

Vœu pieux pour ceux qui savent très bien que c’est le poids politique d’un ministre qui importe avant tout. Florence Parly est au mieux une sorte de super DRH des armées. Un statut que confirme le nouvel intitulé du ministère qui induit clairement qu’Emmanuel Macron se pose comme l’unique responsable de la défense nationale.

Le manque de poids politique de la ministre se fait si cruellement sentir que le chef d’état-major des armées est monté au créneau, sans succès pour le moment. Le recadrage public dont il a fait l’objet et sa démission illustrent l’impuissance de l’institution militaire à se défendre sur le plan politique.

Un début de fronde ?

La Commission de la Défense, quant à elle, ne semble pas beaucoup mieux armée. Si Jean‑Jacques Bridey connaît bien le fonctionnement de la Commission pour y avoir siégé pendant cinq ans, il n’est pas à proprement parler un poids lourd de la majorité.

Les postes du bureau de la Commission ont été, en outre, attribués à des personnalités politiques novices au détriment des figures plus aguerries comme Philippe Foliot ou Gwendal Rouillard.

Ce dernier, proche de Jean‑Yves Le Drian, fait d’ailleurs partie des trois députés qui se sont élevés contre les sacrifices budgétaires imposés à l’armée. Il a même qualifié ces propositions de « carrément inacceptables », suivis en cela – quoique de manière plus nuancée – par le député de Brest Jean‑Charles Larsonneur et le président de la Commission de la Défense Jean‑Jacques Bridey.

Serait-ce le début d’une fronde ? Les trois députés semblent un peu esseulés pour le moment et s’ils veulent que leur entreprise ait quelque réussite, il leur faudra des soutiens, notamment au sein du gouvernement.

Si le président de la République a été ferme pour cette année, il a affirmé, toutefois, que l’armée verrait ses crédits augmenter en 2018. Une annonce qui a de quoi interpeller, d’autant qu’est annoncée la mise en place d’un service national dont le caractère stratégique ne saute pas aux yeux.

Pourquoi rogner dans une telle proportion le budget d’un ministère que l’on avait annoncé sanctuarisé, pour l’augmenter de manière conséquente dans les années suivantes ? Y aurait-il une pause de quelques mois dans les menaces ou les engagements de l’armée française ? À regarder les différents théâtres d’opération c’est loin d’être le cas.

The ConversationRappelons, au passage, que la décision du gouvernement de faire payer le surcoût des « Opex » (opérations extérieures) par Brienne contrevient à l’article 4 de la Loi de programmation militaire (LPM) qui prévoit expressément qu’au-delà de 450 millions d’euros, les coûts sont supportés par de l’interministériel.

La promesse d’augmentation du budget de la Défense dans les prochaines années est donc à prendre avec des pincettes car comme aimait à le répéter Charles Pasqua : « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ».

Kevin Alleno, Doctorant en Science politique, Université Rennes 1

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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  • macron veut faire des économies ? changement de cadre pour le portrait officiel de macron dans les mairies : la photo de macron fait 5 mm de plus donc il faut agrandir le cadre ; cout total pour les mairies : 2,7 millions d’euros…..il a vraiment un gros problême d’égo le sieu macron …..

    • @ véra
      La France n’a plus de sous mais l’armée a un budget de 32,7 Md € et E.Macron promet 34,2 Md € en 2018: « il n’y a pas le feu au lac », comme on dit en Helvétie!

      Et E.Macron promet de consacrer à l’armée 2% de PIB en 2025 aux Français, à D.Trump, sans doute, comme à l’OTAN!

      La France qui refuse de se plier à la discipline de l’€zone, de gestion en « mangeant » chaque année sa parole depuis … 1997 ne mourra certainement pas des 850 M d’€ de « sacrifice » de l’armée, cette année seulement.

      Si E.Macron veut conserver un minimum de liberté politique, il doit bien diminuer les gabegies dans tous les ministères, histoire d’avoir les moyens d’une initiative politique quelconque: que la France vive depuis des lustres au-dessus de ses moyens et à crédit, ça ne peut avoir qu’un temps!

      Donc qu’E.Macron « renverse la vapeur », ce n’est que pure logique!

      • Il n’y a pas beaucoup de missions régaliennes, et l’ensemble ne pèse pas lourd dans l’ensemble des dépenses du gouvernement français.
        « Renverser la vapeur » serait de s’attaquer à ce déséquilibre complètement illogique entre responsabilités théoriques de l’Etat et priorités afichées par nos dirigeants.
        Quant aux 2% en 2025, il suffit de remarquer que son mandat s’arrête en 2022. Ou nous venons de vivre les dernières élections libres dans ce pays?

  • Il faut faire attention avec les chiffres. La défense représente 1,7% du PIB.
    Les 20% auxquels vous faites allusion se rapportent au budget, qui représente entre 1/4 et 1/5 du PIB.
    Le fait de tout rapporter au PIB, comme le déficit, supérieur à 3%, est une autre entourloupe (comme le brut des salariés): le vrai déficit par rapport aux recettes, la seule façon de calculer un déficit, est de l’ordre de 20% (80 milliards sur des recettes de 400 milliards).

    • Vous avez tout à fait raison sur l’amalgame entre PIB et recettes. Néanmoins, le poids de l’armée dans les coupes budgétaires est sans commune mesure avec son poids dans le budget, même après avoir opéré cette correction. Ce qui en dit long sur la stratégie à la petite semaine de notre petit caporal.

  • A force d’être adulé, pourri-gâté, on finit par se croire irrésistible et intouchable mais il arrive toujours un moment où la réalité vous rattrape. et où le miroir finit par se fissurer. Je ne sais pas si Macron a lu « le portrait de Dorian Gray », mais à sa place je m’empresserais de le lire. Dans ce cas, ce n’est pas le miroir qui finit par renvoyer une piètre image mais une peinture qui au fil du temps révèle les défauts et défaillances de celui qui en a été le modèle.

    • @ Mariah

      Sans vouloir le défendre mais juste pour lui donner sa chance: on verra biens dans un an. Donc E.Macron n’est pas responsable de son héritage déficitaire: il est donc obligé de di minuer le coût de « l’état » (central, régional et local comme international).

      Il est donc bien dans son rôle de raboter! Pour une fois qu’un président français veut arriver à une crédibilité française dans ses engagements, ça change des 30 ou 40 ans passés où la fiscalité augmentée ou la dette encore piochée étaient les seules réponses!

      Donc pour E.Macron, il vaut mieux « attendre et voir » au lieu de prévoir l’avenir en « faux-prophète »! Un peu d’humble réalisme nuit pas!!!

      • Il n’est pas responsable? En tant que conseiller économique de l’ancien Président, ainsi qu’ancien ministre de l’économie, il n’a certainement rien à voir avec la situation déplorable des finances publiques. Vous en avez d’autres, des blagues drôles comme ça?

      • ça change des 30 ou 40 ans passés où la fiscalité augmentée

        Euh, vous nous prenez pour des cons ou … ❓ La hausse des taxes sur le diesel, c’est quoi ❓
        Pensez aux artisans dans le bâtiment. Aucun n’a de moteur essence.

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