Chili : les retraites sont malmenées (1)

Chile by Héctor de Pereda(CC BY-NC 2.0) — Héctor de Pereda, CC-BY

Parmi les revendications de la population qui manifeste au Chili, se trouve le sujet des retraites.

Par Gérard Maudrux.

Ça barde au Chili, avec un retour aux grandes manifestations qui avaient vu arriver Pinochet au pouvoir. Parmi les revendications de la population, se trouve le sujet des retraites.

Le système mis en place par José Pinera, cité dans le monde entier comme modèle de transition en douceur du tout répartition au tout capitalisation battrait-il de l’aile ? Était-ce une mauvaise réforme ? La répartition est-elle finalement meilleure que la capitalisation, ce que les pourfendeurs de la capitalisation ne vont pas manquer de dire ?

Dans la rue, les Chiliens parlent d’« arnaque », de « vol ». On apprend que ce système sert des pensions insuffisantes, inférieures au Smic local, que le taux de remplacement n’est que de 35 % du dernier salaire. Qu’en est-il vraiment, et que cachent ces chiffres et les discours que l’on va entendre chez nous à ce sujet ?

Tout d’abord, il ne faut pas oublier que sur le plan économique, cette réforme a permis une croissance considérable du pays, croissance au départ à deux chiffres pendant des années, pour en faire l’un des pays les plus riches de l’Amérique du Sud. Au cours des vingt-quatre dernières années, la croissance annuelle moyenne du PIB chilien a été de 5,2 %, et même de 8,3 % entre 1990 et 1997.

Le problème économique actuel tient davantage de la corruption et de la mauvaise répartition de ces richesses. Les 1 % les plus riches du pays ont entre leurs mains 26,5 % du PIB national, le pays se situe à la 113e place sur 128 selon un classement réalisé par l’ONU à propos de cette répartition. Le Président actuel est plusieurs fois milliardaire, fortune considérée comme issue de délits d’initiés.

Si le problème principal n’est pas la retraite, il ne faut pas nier non plus que les retraites ne sont pas à la hauteur du système mis en place et de la croissance qu’il a engendrée. Il y a une raison bien simple : 10 % du revenu est consacré à la retraite, pas plus, le tout géré par des fonds de pension, les AFP.

Chez nous, en tout répartition, pour les salariés, 28 % du revenu permettent un taux de remplacement moyen de 50 %. Au Chili, 10 % de cotisations donnent un taux de remplacement de 35 %. Si leur taux de cotisation était de 28 %, leur taux de remplacement serait de 35 x 2,8 = 98 % ! Le rendement de leur régime en capitalisation est bien meilleur que s’il était en répartition ! Vous verrez que nous lirons le contraire chez nous.

Chez nos fonctionnaires et régimes spéciaux, 75 à 80 % de cotisations donnent un taux de remplacement de 75 %. Au Chili, des cotisations de cet ordre donneraient un taux de remplacement de 75 x 7,5 = 562 % ! De quoi faire regretter nos fonctionnaires de n’avoir pas choisi un système de capitalisation en 1945, la faute à leurs syndicats et nos politiques.

Le système chilien a toutefois un petit défaut : il y a 22 ans, j’avais invité José Pinera en France pour une conférence. Il avait expliqué ce qu’il avait fait, et de quelle façon. J’avais retranscris cela dans mon livre sur les retraites il y a 20 ans, et avais émis une petite réserve. Nous devions faire la même chose, mais contrairement à lui, en conservant un peu de répartition. Ainsi, aucune critique n’aurait été possible aujourd’hui. De plus, nous aurions pu comparer les rendements à long terme sur une même population, inversant totalement les critiques actuelles en rétablissant naturellement la vérité.

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