Taux négatifs : les conséquences du pillage des épargnants

La classe des fonctionnaires et des hommes politiques est-elle bien placée pour investir au mieux l’épargne des citoyens ?

Par Ferghane Azihari.
Un article de l’Iref-Europe

C’est historique. Quelques États européens parviennent à emprunter à des taux négatifs. Au début du mois de septembre, le magazine Capital rapportait que le Trésor français avait émis des obligations sur 15 ans en bénéficiant de taux invraisemblables (-0,03 %). « Athènes a annoncé mercredi avoir levé 487 millions d’euros lors l’émission d’une obligation à trois mois à un taux négatif », rapporte encore Capital.

Bien sûr, une telle situation n’est possible que parce que les banques centrales manipulent les taux d’intérêt. Certains nous enjoignent de nous réjouir de cette situation pour les finances publiques. Mais comme nous le rappelle l’économiste Frédéric Bastiat, il y a toujours ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas.

Les taux d’intérêt négatifs confortent indéniablement les intérêts de ceux, personnes et organisations, qui accumulent perpétuellement de la dette. Comme la plupart des États européens. C’est ce qu’on voit. Il n’est donc pas étonnant que veuillent profiter de la conjoncture en incitant la classe des législateurs et des bureaucrates à accaparer les capitaux des citoyens pour les investir à leur place.

Toutefois, cet enthousiasme occulte une question fondamentale : la classe des fonctionnaires et des hommes politiques est-elle bien placée pour investir au mieux l’épargne des citoyens ?

L’état des finances publiques tend à montrer l’inverse. Depuis plus de 40 ans, un État comme la République française accumule des dettes considérables (figure 1). Si les partisans de la dette publique rétorquent que cet endettement est le prix à payer pour des services publics, des investissements et des infrastructures de qualité, certains indicateurs mettent en doute la productivité des dépenses du personnel politique et bureaucratique (figure 2).

Dette au sens de Maastricht des administrations publiques françaises en points de PIB

Figure 1

(graphique tiré du site de l’INSEE)

Évolution du patrimoine des administrations publiques en points de PIB

Figure 2

(graphique tiré du rapport 2018 de l’Institut économique Molinari intitulé « Le jour où les États de l’Union européenne ont dépensé toutes leurs recettes annuelles »)

Cette situation est d’autant plus navrante que les taux d’intérêt négatifs ne s’obtiennent pas sans contreparties et sans une multitude d’effets indésirables. De fait, ces taux constituent un impôt supplémentaire sur les capitaux et les épargnants. Hélas, cela ne suffit pas pour émouvoir l’opinion publique qui semble éprouver une certaine aigreur contre la figure de l’épargnant.

De Malthus à Keynes en passant par Marx, l’épargnant a toujours symbolisé le vice de l’accumulation du capital, de l’avidité et de la rente improductive. Sans doute est-ce pourquoi beaucoup, comme Keynes, ont souhaité et souhaitent encore sa disparition.

En réprimant les épargnants, les banques centrales nuisent pourtant à l’une des vertus cardinales des sociétés bourgeoises : la tempérance. Cette même tempérance qui permet aux sociétés d’être toujours plus productives grâce à l’accumulation d’épargne et de capital. En punissant les fourmis, les taux d’intérêt négatifs dévorent l’avenir et se livrent aux cigales incapables de réformer le présent.

Il est enfin une autre manière par laquelle les taux d’intérêt négatifs pèsent sur la croissance de la productivité de l’économie. Chaque investissement suppose un arbitrage entre plusieurs entreprises. Les taux d’intérêt négatifs induisent une distorsion de concurrence en faveur des projets moins rentables, ceux qui créent moins d’utilité pour la société.

En 2018, un rapport de la banque des règlements internationaux s’inquiétait de l’émergence des « firmes zombies », ces entreprises faiblement productives qui drainent des capitaux au détriment de firmes plus performantes. Le rapport citait les taux d’intérêt négatifs comme l’une des principales causes qui permettent à ces entreprises de pulluler. Autant de facteurs qui ralentiront la croissance économique dans une zone euro déjà critiquée pour la stagnation qui la frappe depuis de nombreuses années.

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