La liberté d’opinion est de plus en plus en péril en France

A flashmob for free speech by Jason(CC BY-NC 2.0) — Jason, CC-BY

Le comble est qu’aujourd’hui des journalistes ou des écrivains qui, professionnellement, devraient être favorables à la liberté d’expression, se font les valets du pouvoir, se prononcent en faveur de la censure qui frappe des confrères, et rêvent de bastilles.

Par Francis Richard.

La liberté d’opinion est de plus en plus en péril en France. Depuis la loi Pleven de 1972, on légifère régulièrement sur le passé, l’histoire, la mémoire et autres sujets qui deviennent tabous : seules les opinions officielles ont droit de cité.

Quand une opinion déplaît, on légifère pour qu’elle ne puisse plus s’exprimer. C’est la marque infaillible des régimes dictatoriaux et totalitaires. On légifère pour dire qu’une opinion n’en est pas une ou qu’il est interdit de l’exprimer.

On légifère et, à chaque fois, on crée de facto de nouveaux délits d’opinion. Celui qui contrevient à une de ces lois de circonstances est par conséquent considéré comme un délinquant et devient dès lors persona non grata.

Si votre opinion coincide avec une opinion officielle, vous n’avez rien à craindre de la part de contradicteurs : vous êtes incontestable, vous n’avez plus besoin d’argumenter, il vous suffit de brandir l’argument d’autorité de la loi.

D’aucuns se plaignent parfois d’être censurés mais voudraient bien que leurs adversaires le soient. Cette contradiction ne les gêne pas outre mesure, car ils ne sont pas réellement favorables à la liberté d’expression qui peut être… dangereuse.

Les limites de la libre expression – il y en a – découlent du droit immémoriel et non pas de lois de circonstances. L’expression doit être libre tant qu’elle ne tue pas ou ne porte pas atteinte à la sécurité des personnes et des biens.

En l’absence de tels dommages, une opinion, même offensante, ne peut qu’être licite, qu’elle soit exprimée en public ou en privé. Autrement cela signifie qu’il n’existe pas vraiment de libre expression et que règnent la censure et ses ciseaux.

Sans libre expression, il n’est pas de débat. Sans débat, il n’est pas de confrontation des idées. Sans confrontation des idées, il n’est pas de progression de la connaissance. Sans cette progression, il n’est pas d’accomplissement humain.

Le comble est qu’aujourd’hui des journalistes ou des écrivains qui, professionnellement, devraient être favorables à la liberté d’expression, se font les valets du pouvoir, se prononcent en faveur de la censure qui frappe des confrères, et rêvent de bastilles.

Si Voltaire n’a pas écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire », ces propos apocryphes reflètent bien le fond de sa pensée et, en ce sens, je suis voltairien.

Quand Éric Zemmour est menacé parce qu’il dit très haut ce qu’il pense, je me sens donc d’autant plus le devoir de le défendre, par principe, alors qu’à bien des égards le libéral que je suis ne peut, inévitablement, penser comme lui.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.