Non, nous n’allons pas être à court de forêts !

Forest by Kohei314(CC BY-NC 2.0) — Kohei314, CC-BY

Dès l’instant où l’on atteint environ 4 500 dollars de PIB par habitant dans un pays, les surfaces boisées commencent à augmenter.

Par Alexander C. R. Hammond.
Un article de HumanProgress

Récemment, sur la BBC, Deborah Tabart de la Australia Koala Foundation a indiqué que « 85 % des forêts avaient disparu au niveau mondial ». Fort heureusement, il n’en est rien.

Plus encore, en raison de l’afforestation dans les pays développés, la déforestation nette a presque cessé. Je suis sûr qu’en évoquant des préoccupations environnementales, Tabart n’était animée que de bonnes intentions mais des affirmations tirées par les cheveux n’apportent rien. Il faut remettre l’église au milieu du village.

Après avoir cherché des preuves à même d’apporter de l’eau au moulin de Tabart, un article de GreenActionNews est la source la plus proche que j’aie pu trouver, et d’après cet article, 80 % des forêts de la planète ont été détruites. L’ennui avec cette affirmation, c’est que selon les Nations Unies, il reste sur Terre 4 milliards d’hectares de forêts. Pour relativiser, il y a sur l’ensemble du globe terrestre 14,8 milliards d’hectares de terres.

Pour que 80 % des surfaces boisées aient déjà été détruites et pour qu’il en reste 4 milliards d’hectares, il faudrait que 135 % de la surface de la planète aient été précédemment couverts de forêts. L’affirmation de GreenActionNews n’implique pas seulement que 5,2 milliards d’hectares de déforestation se sont produits sur les océans mais que chaque parcelle de terre sur la planète ait déjà été boisée. Les anciens déserts, les marécages, toundras et autres prairies doivent s’en gausser.

Chose amusante, selon GreenActionNews, « les forêts ne sont pas réparties de façon normale : les cinq pays les plus richement dotés sont la Fédération de Russie, le Brésil, le Canada, les États-Unis d’Amérique et la Chine. » Il n’y a pas toujours une relation entre la taille d’un pays et ses zones boisées mais il est à peine « anormal » que les cinq pays les plus étendus possèdent aussi les zones boisées les plus importantes.

Quoi qu’il en soit, un peu plus de 31 % de la planète sont couverts de forêts. La Terre continue bien à perdre des zones forestières mais il faut prendre en compte le rythme et la localisation de ces pertes. Selon la Food and Agriculture Organisation (FAO) des Nations Unies, le rythme annuel de déforestation a diminué de plus de la moitié depuis les années 1990. Entre 2010 et 2015, la Terre a gagné 4,3 millions d’hectares de forêts chaque année, tout en en perdant 7,6 millions par an. Ce qui équivaut à une diminution nette de 0,08 % de zones forestières chaque année.

Certains avancent que ces données sont erronées car la FAO inclut dans sa définition des zones boisées les forêts naturelles et les plantations d’arbres. Mais cette critique n’est pas fondée. La FAO indique clairement que « 93 % de la zone forestière globale, soit 3,7 milliards d’hectares en 2015, » étaient de la forêt naturelle. Les zones naturelles ont diminué à un rythme moyen de 6,5 millions d’hectares par an sur les cinq dernières années, une réduction par rapport aux 10,6 millions d’hectares par an dans les années 1990. Autrement dit, la perte de forêts naturelles diminue de 0,059 % chaque année et tend vers zéro.

La raison pour laquelle la plupart des gens se méprennent sur l’état des forêts dans le monde est que les articles de presse ignorent souvent le boisement. Sur à peu près la moitié de la planète, il y a un reboisement net et, comme le dit Matt Ridley, cela ne se produit pas malgré le développement économique, mais grâce à lui.

Les régions du monde les plus riches, comme l’Amérique du Nord et l’Europe, n’ont pas seulement augmenté leur surface boisée. Elles ont plus de forêts qu’avant l’industrialisation. Le Royaume-Uni, par exemple, a plus que triplé sa superficie forestière depuis 1919. Il va bientôt atteindre des niveaux équivalents à ceux enregistrés dans le Domesday Book, il y a presque un millénaire.

Il n’y a pas que les pays riches à faire l’objet d’un reboisement net. La « courbe environnementale de Kuznets » est une notion qui suggère que le développement économique mène d’abord à un déclin environnemental qui commence à s’inverser après une période de croissance.

Une fois que les pays atteignent ce que Ridley nomme la « transition forestière », soit environ 4500 dollars de PIB par habitant, les zones boisées commencent à croître. Parmi les pays qui ont atteint cette phase de transition et constatent un reboisement net, la Chine, la Russie, l’Inde, le Vietnam et le Bangladesh.

Les pauvres ne peuvent pas vraiment se permettre de se préoccuper de l’environnement car d’autres priorités – comme la survie – importent plus. Si cela implique qu’un animal rare soit tué et mangé, alors soit. « L’environnement est un produit de luxe » affirme Tim Worstall de l’Institut Adam Smith, « c’est une chose pour laquelle nous dépensons plus de notre revenu, à mesure qu’il augmente. »

Une étude récente de l’Université d’Helsinki souligne qu’entre 1990 et 2015, dans les pays à hauts et moyens revenus, la surface forestière annuelle a crû de respectivement 1,31 et 0,5 % alors que dans 22 pays à faibles revenus elle a diminué de 0,72 %.

La courbe Kuznets n’est pas seulement applicable aux zones forestières mais aussi à la biodiversité. Ridley donne l’exemple de trois grands prédateurs : les loups qui vivent dans les pays développés d’Europe et d’Amérique du Nord, les tigres principalement en Inde, en Russie et au Bangladesh où les revenus sont d’un niveau intermédiaire, et les lions, en Afrique subsaharienne pauvre. Selon la courbe de Kuznets, le nombre de loups augmente rapidement, les tigres sont stables depuis 20 ans (et commencent tout juste à augmenter) alors que les lions continuent de diminuer.

Pour encourager le reboisement et la protection de la nature, la réponse est simple : adopter des politiques économiques qui favorisent un développement et une urbanisation rapides. À mesure que les gens s’enrichissent et s’installent dans les villes, davantage d’argent devient disponible pour la protection de l’environnement et plus de terres peuvent être restituées à la nature.

Heureusement, l’affirmation de Tabart était erronée et la diminution de la pauvreté sans précédent dans l’Histoire qui s’est produite au cours des 50 dernières années confirme que davantage de pays augmentent leur surface forestière. La déforestation nette annuelle tend rapidement vers zéro et selon les tendances actuelles, dans les prochaines décennies le reboisement net sera la norme. Il faut absolument crier cette nouvelle extraordinaire depuis la cime des arbres.

Traduction pour Contrepoints par Joel Sagnes de No, We Are Not Running Out of Forests

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