Climat : l’incroyable saga des températures (5)

dead trees by daveynin(CC BY 2.0) — daveynin, CC-BY

Comment cette « farce », selon les propres termes d’un climatologue, a-t-elle pu créer une des hystéries collectives les plus incroyables de la civilisation humaine ? Dernier épisode de la saga.

Par Michel Negynas.

On peut quand même tirer quelques tendances, au moins qualitativement, de tout ce tintamarre autour des températures :

Il y a environ 10 000 ans, certaines parties habitées de la planète ont vu arriver un climat plus clément, qui a probablement contribué à l’explosion de la civilisation humaine.

Les incertitudes sur la connaissance que nous avons des températures en différents points de la planète et à différentes époques sont énormes. 

Au cours de notre époque géologique, le climat est resté relativement constant, du moins selon des critères géophysiques. Il a bien sûr subi de nombreuses variations, mais dans des limites qui n’ont pas provoqué des changements cataclysmiques. 

Notre réchauffement actuel, pour l’instant, n’est pas sans précédent, comme l’attestent les études sur les rejets des glaciers et les documents historiques. 

Cependant, il est vain d’essayer de chiffrer ces fluctuations avec un degré de précision raisonnable. Ainsi, nous ne connaissons pas la part naturelle du réchauffement que nous subissons, du moins par des mesures. 

Dans ces conditions, comment peut-on croire qu’on puisse se fixer des objectifs aussi précis qu’une augmentation de 1,5 degré entre l’ère industrielle et un futur infini ? La question n’est pas de remettre en cause les principes fondamentaux de l’effet de serre, je n’en ai aucunement l’intention. La question est : peut-on relier un indicateur si peu significatif au futur de l’humanité, avec un outil, la modélisation informatique, qui n’a pas encore prouvé ses capacités prédictives ? Et peut-être, qui n’en n’est définitivement pas capable ?  

Prédire, mais prédire quoi ?

En fait, nous lions notre destin à 3 modélisations en cascade :

Une modélisation économique, technologique et sociale qui détermine des prévisions d’émissions de CO2, de quelques autres gaz, et de l’utilisation des sols. On sait ce que valent les prédictions des économistes…

Une modélisation du cycle du carbone entre les océans, l’atmosphère, la biosphère et les sols. Actuellement, on constate que 40 % de nos émissions dans l’atmosphère disparaissent, mais on est loin de pouvoir chiffrer les différents flux par où ça passe. C’est un peu gênant, non ?

Une modélisation de la physique de l’ensemble Terre/océans/atmosphère (et peut- être même, si nécessaire, de l’influence de l’activité du Soleil, et de quelques planètes et galaxies…) En gros, la création d’un monde global virtuel… tout simplement. 

Et quel est le chiffre clé ? 1,5 degré ? Non, l’unité physique, celle qui régit les phénomènes thermodynamiques, c’est le Kelvin ; l’objectif est de limiter la hausse, partant de 288 K, à 289,5 K : un écart de 0,5 %… et on en a subi déjà les deux tiers !

Pour l’instant, cela donne ceci :

L’auteur du graphe est cruel : il a placé pour chaque sortie du rapport du GIEC le degré de confiance que celui-ci s’attribue lui-même dans la connaissance de la part anthropogénique du réchauffement. Les carrés et les ronds sont les mesures de température ; les spaghettis sont l’ensemble des modélisations.

Un malentendu ?

Il semble que nous soyons en plein dans un immense malentendu entre les scientifiques du GIEC et le monde politico/écolo/médiatique. Le GIEC produit des scenarii, associés à des probabilités d’occurrence. Le monde politique transforme cela en prévisions pures et dures. Dans son quatrième rapport, le GIEC  constatait :

« Nous devrions reconnaître que nous avons à faire à un système chaotique d’équations non linéaires couplées, et que de ce fait la prédiction à long terme du climat dans le futur est impossible »

Le GIEC dit dégager des tendances, mais donner des prévisions à 1,5 degré près, personne ne le prétend. Dans le 5ème rapport, on peut lire aussi :

« Les climatologues ne prétendent pas prédire une évolution future détaillée de la météo pour les saisons, années ou décennies à venir. D’un autre coté, il y a une base scientifique robuste pour supposer que certains aspects du climat peuvent être prédits, bien que de façon peu précise, malgré « l’effet papillon » (note du traducteur : l’effet produit par la nature chaotique du système)  

On est déjà à 1 degré de réchauffement ; alors, les 0,5 degré restant (à une date infiniment lointaine !) seraient une « prédiction peu précise » ?

Finalement, pourquoi 1,5 degré ?

Fred Vargas, qui s’y connaît en histoires haletantes, explique qu’à 1,5 degré de plus de réchauffement climatique, la moitié de l’humanité mourra. Elle affirme aussi que lors de la COP 24, les dirigeants politiques ont sciemment décidé de sacrifier un quart de plus de la population mondiale en s’autorisant à aller jusqu’à + deux degrés.

Le GIEC, lui, a sorti un énorme rapport qui explique pourquoi il faut limiter à 1,5 degré et pourquoi c’est pire à 2 qu’à 1,5. On est rassuré quand on nous explique que les conclusions sont tirées d’une extrapolation du passé, de modélisation informatique et d’avis d’experts… 

Un exemple parmi d’autres, le niveau des mers. Extrait :

« Les projections basées sur les modèles de la montée des eaux (relative à 1986/2015) suggèrent une fourchette indicative de 0,26 à 0,77 m pour 1,5 degré de réchauffement global. C’est 0,1 m de moins que pour 2 degrés (confiance moyenne). Une réduction de 0,1 m du niveau des mers implique que jusqu’à 10 millions de personnes en moins seraient exposées aux risques associés… » 

À noter que le terme normé « medium confidence » (jugement dans la confiance moyenne qu’on peut avoir de l’affirmation) signifie, dans le jargon du GIEC, « bof…on n’est pas vraiment sûrs, et/ou pas d’accord entre nous » Dans les 5 niveaux de confiance, medium est juste au dessus de low

Si on lit bien ce texte, la fourchette varie du simple au triple… est-ce encore de la science ? Comment peut-on tirer des conclusions avec ça ? et la moitié de la borne inférieure suffirait à provoquer 10 millions de réfugiés en plus… et vous avez bien lu, c’est 10 cm ! Alors que les phénomènes côtiers sont dus à l’érosion provoquée par des vagues de plusieurs mètres ! Et la différence entre 1,5, où on survit un peu, et 2, où on meurt à peu près tous, d’après Fred Vargas, c’est une hausse de 10 cm ! Et la Hollande, qui vit depuis le Moyen Âge en dessous du niveau de la mer…

Tout le reste du rapport est à l’avenant, et c’est vraiment de la science de bazar. La lecture de tout le texte est très pénible, ce qui fait que probablement personne ne le lit. Heureusement pour la crédibilité du GIEC ! 

Conclusion

L’humanité s’est donné un objectif virtuel en passe de supplanter tous les autres défis qu’elle a à relever, alors qu’ils sont bien réels ceux-là : assainissement, malnutrition, épidémies…

L’indicateur choisi, l’anomalie de température moyenne sur la surface du globe, est purement médiatique. Il n’a pas de substance scientifique, n’est d’aucune utilité pour une éventuelle adaptation, qui ne peut être que régionale. On ne sait pas vraiment le mesurer, encore moins déterminer son évolution passée, et pas le prédire de façon précise. 

L’objectif chiffré d’une augmentation de 1,5 degré entre le début de l’ère industrielle et un futur infini, sous peine de catastrophe, est purement politique. Il est justifié par un rapport du GIEC peu convaincant, c’est le moins qu’on puisse dire. De plus, sa réussite ne dépend pas que de nous, puisque le climat varie aussi naturellement.

Comment ce « travesty », cette « farce », selon les propres termes d’un climatologue, a pu se développer et  créer une des hystéries collectives les plus incroyables de la civilisation humaine ?

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