Le G7 et la rhétorique de l’urgence

Emmanuel Macron et Donald Trump, 14 juillet 2017 by Chairman of the Joint Chiefs of Staff(CC BY 2.0)

La rhétorique politique de ces dernières 48 heures a fait monter la tension avant le sommet du G7 de ce week-end.

Par Ludovic Delory.

Il faut agir ! L’heure est grave ! En s’imposant comme l’hôte affirmé du G7 de Biarritz, Emmanuel Macron sort de sa réserve estivale pour offrir un prélude alarmant sur l’état du monde.

Déjà hier, sur les incendies en cours en Amazonie, le Président de la République a réitéré les propos de Jacques Chirac à Johannesburg en 2002 :

La photo illustrant ce tweet a beau être périmée, elle n’arrête pas la marche inlassable du chef de l’État vers la conciliation universelle. Les feux en Amazonie constituent une « situation d’urgence » et il faudra, bien évidemment, en parler au G7. Ils sont médiatiquement plus porteurs que ceux qui ravagent, à une échelle bien plus vaste, l’Afrique centrale. En matière de diplomatie, il y a les bons et les mauvais incendies.

Macron contre les populistes

Visiblement requinqué par ses vacances studieuses à Brégançon, Emmanuel Macron n’a pas épargné ses homologues populistes. Une pique à Bolsonaro — « il a menti » —, un low kick à Donald Trump — pour réclamer « une clarification de la stratégie » vis-à-vis de l’Iran — et une visite à Paris, justement, du chef de la diplomatie iranienne, hier, pour discuter de l’accord sur le nucléaire. Entretien dont l’Élysée n’a rien laissé filtrer.

Dans un souci d’ouverture, Emmanuel Macron a aussi invité autour de la table ce qu’on appelle, dans un raccourci surprenant, la « société civile » — qui regroupe essentiellement les lobbies invités à se nourrir de la soupe étatique. Mais — nouvelle étape dans la montée d’adrénaline —, certains d’entre eux ont refusé de s’associer à la campagne de communication organisée autour de ce G7.

Car il ne s’agit en sorte que d’une réunion de travail, articulée autour d’une communication calibrée dont le message central consiste à dire : « Nous les rois du monde, allons nous pencher sur vos problèmes ».

Sauf qu’au-delà du fatras des préoccupations nationales, les chefs d’État du G7 ne représentent plus vraiment ce monde en pleine disruption.

Toujours plus loin dans la dramatisation

Ce sommet du G7 servira surtout de prétexte pour pousser davantage le coin législatif dans la vie des citoyens. Sur l’égalité homme-femme, « il y a certains sujets sur lesquels la France est en dessous de certains standards, des sujets sur lesquels on doit s’améliorer« , annonce Emmanuel Macron. Comprenez : de nouvelles lois en perspective. Jamais avare de dramatisation, Donald Trump a enfoncé le clou en envoyant sur Twitter des propos qui ont inquiété les marchés boursiers. Ce G7 s’annonce donc « tendu », et l’AFP ne manque pas de rappeler que 13 000 gendarmes et policiers sont mobilisés dans toute la région autour de Biarritz, transformée en « camp retranché ».

La rhétorique dramatique est en place.

Mais qu’ont à faire des circonvolutions d’Emmanuel Macron les principaux invités de ce G7 ? Donald Trump est en plein bras de fer commercial avec la Chine, Boris Johnson prépare son Hard Brexit, Angela Merkel est en fin de règne, et gageons que les préoccupations du chef de l’État italien se tournent — d’abord — vers la situation intérieure de son pays.

Ce sommet du G7 offre, en outre, un boulevard aux militants alter-anti-mondialistes désireux de s’affranchir de la montée des populismes, de dénoncer le « capitalisme destructeur » ou de fustiger le bling-bling (palace et chefs étoilés) de ce rendez-vous. Les barricades et le déploiement de forces de l’ordre, de Bayonne à Biarritz, aux confins de la saison estivale, donnent autant de grain à moudre aux détracteurs de ces réunions de happy fews. Cerise sur le gâteau, la guerre contre le Mercosur servira d’étendard aux protestataires opposés à tout ce qui ressemble au libre-échange.

Les ingrédients sont donc réunis pour faire de ce sommet du G7 un rendez-vous qui ne manquera pas de faire monter la tension sociale à la rentrée. Les Gilets jaunes, en embuscade, fourbissent leurs armes. Quant à Emmanuel Macron, il devra bien admettre, par-delà les sourires et les accolades de façade, son impuissance diplomatique sur la scène politique internationale.

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