À quoi sert encore le G7 ?

Le format du G7 est-il encore adapté à la situation internationale actuelle ? La montée en puissance des pays non-occidentaux révèle un déplacement du centre de gravité des affaires mondiales en dehors de l’Europe.

Par Alexandre Massaux.

Du 24 au 26 août, la réunion du G7 va se tenir à Biarritz. Les principales puissances occidentales vont se réunir afin de discuter des problèmes d’inégalités, thème choisi par la présidence française, l’hôte de ce sommet. Toutefois, on peut se demander si le format du G7 est encore adapté à la situation internationale actuelle, surtout avec un sujet comme les inégalités qui touchent avant tout les pays en développement. En effet, la montée en puissance de pays non-occidentaux, avec en premier lieu la Chine, indique un déplacement du centre de gravité des affaires mondiales en dehors de l’Europe.

Le G7, un groupe occidental en perte de vitesse

Ce forum de discussion économique — mais aussi politique — créé en 1975 après le premier choc pétrolier regroupe Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Royaume-Uni et Japon. À l’exception de ce dernier, tous ces pays sont européens ou nord-américains. Quant au Japon, il reste un État ayant à de nombreux égards adopté des éléments de la culture occidentale. Par conséquent, le G7 est avant tout centré sur l’Occident. Même si des États sont invités au sommet, le cœur consiste en ces sept pays.

Si ce modèle était compréhensible et légitime pendant la période de la Guerre froide et durant les années 1990 où l’Occident dominait les affaires mondiales, il faut désormais prendre en compte l’évolution de la situation. Au début des années 2000, les pays membres de l’OCDE (dont sont tous issus les membres du G7) représentaient 60 % de l’économie mondiale. L’OCDE a estimé qu’en 2030 ce serait les pays en développement qui représenteraient 60 % : une inversion totale des positions. 

Si l’on prend uniquement les économies des membres du G7, on passe de 46 % du PIB en 1993 à 31 % en 2017. À l’inverse, les sept économies émergentes principales — ou E7 (la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil, l’Indonésie, le Mexique et la Turquie) — représentaient en 2017, 35 % de l’économie mondiale. L’inversion a donc déjà eu lieu et va s’accentuer.

Dès lors, le G7, sorte de « club fermé » distant du reste du monde qui connaît une forte croissance économique, même supérieure au G7, risque de voir sa légitimité de plus en plus remise en question et pas uniquement par les altermondialistes. La transformation du G7 en G8 avec l’intégration de la Russie en 1997 avait permis de faire un pont avec les puissances (ré)émergentes. Et ce d’autant plus que la Russie est, sur un certain nombre d’aspects culturels et historiques, un pays occidental et européen, tout en gardant des dimensions asiatiques. Néanmoins, la crise ukrainienne a provoqué l’exclusion de Moscou mettant fin à un possible point d’entrée chez les pays en développement.

Le G20, un outil désormais plus adapté

Si le G20 existe depuis 1999, c’est à partir de 2008 que les chefs d’États des pays membres ont commencé à se réunir. Cette date n’est pas anodine : c’est en période de crise économique provenant des États-Unis que le G20 prend de l’essor. Ce forum regroupe tous les membres du G7 mais aussi tous ceux de l’E7 et les BRICS (Afrique du Sud, Brésil, Russie, Inde et Chine). Les pays émergents et les puissances non occidentales ont ainsi la possibilité de jouer un rôle important dans les forums internationaux. La dimension politique des BRICS leur a conféré un poids certain, leur permettant de peser face aux pays occidentaux.

Avec ce changement progressif des rapports de forces économiques, le G20 permet de faire entendre tous les principaux États de la scène mondiale. La stabilité est plus faible et laisse place à une politique internationale basée sur la défense des intérêts par chaque État. 

De même, la conséquence du développement des pays, lié au recul de la pauvreté, est qu’il devient légitime qu’ils puissent faire entendre leurs voix. En outre, un monde de plus en plus multipolaire permet d’éviter les dérives des grandes puissances voulant imposer leur modèle au monde entier (qu’il s’agisse du néo-conservatisme occidental ou du socialisme soviétique/russe). 

Néanmoins, dans les faits, cette situation n’existe pas encore réellement. Si le monde international est de plus en plus multipolaire, il existe actuellement un duopole entre les États-Unis et la Chine.

Le G2, le centre de gravité mondial

Le G2 est le surnom donné à la relation spéciale entre les États-Unis et la Chine, les deux plus grandes économies au monde. Si ce terme est apparu dès les années 2000, il est désormais d’une actualité flagrante. Le centre de gravité du commerce mondial est désormais dans l’Océan pacifique : sur les 10 premiers ports mondiaux en termes de volume d’échange, 9 sont en Asie de l’est et 7 sont en Chine. En outre, les deux premiers ports commerciaux américains sont situés sur la côte pacifique en Californie (Los Angeles et Long Beach).

Les États-Unis arrivent néanmoins à se maintenir en tant que première puissance économique mais aussi militaire : le budget militaire américain représentant en 2018 36 % des dépenses militaires mondiales contre 14 % pour la Chine et 16,6 % pour l’ensemble des pays d’Europe (hors Russie). 

Par conséquent, le G7 est de plus en plus un vestige du passé. Parmi ses membres, seuls les États-Unis restent encore capables de concurrencer les autres puissances émergentes. Si les dirigeants des institutions européennes sont aussi invités aux discussions du G7 du fait du poids économique du marché commun, l’importance de la Chine mais aussi de l’Inde qui a dépassé le PIB de la France montre que le G7 n’est plus représentatif de la situation mondiale.

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