Climat : l’incroyable saga des températures (4) : la courbe en crosse de hockey

Hockey Stick — by Priscilla Du Preez on Unsplash, CC0

La célèbre courbe en forme de crosse de hockey a fait paniquer l’humanité. Quatrième volet de notre saga sur les relevés de température.

Par Michel Negynas.

Personne ne conteste que nous vivons un réchauffement au moins depuis le milieu du XIXe siècle. Mais avant, y avait il aussi des fluctuations du climat ? Cette question est importante, car elle aussi pourrait relativiser notre situation actuelle.

Dans le premier rapport du GIEC, publié en 1991, on peut trouver ces courbes :

(AR1, Observed climate change, p 202)

C’était l’évolution à peu près admise par tous les historiens de l’évolution de la température mondiale. Le GIEC ajoute en commentaires :

“Ainsi une part du réchauffement global depuis 1850 pourrait être un rétablissement après le Petit Âge glaciaire, plutôt que le résultat direct des activités humaines. Aussi c’est important de reconnaître que les variations naturelles du climat sont appréciables, et moduleront les changements futurs induits par l’Homme, quels qu’ils soient. »

Mais en 1998, une publication fit l’effet d’une bombe.

La saga « mannienne »

Un obscur doctorant de l’université de Yale, Michael Mann, sortit une courbe de reconstruction des températures, d’abord jusqu’en 1400, puis jusqu’en l’an 1000, à partir de l’étude des cernes des arbres.

C’était affolant : les températures antérieures à 1900 étaient plates, un peu descendantes, et puis montaient à la verticale. Cette courbe donna véritablement le coup d’envoi à l’hystérie climatique.

En définitive, elle apparaît ainsi dans le rapport du GIEC de 2001, non sans avoir provoqué un violent débat interne, compte tenu de son allure surprenante pour beaucoup d’experts :

Et elle prit le nom de « crosse de hockey » pour la postérité.

C’était quand même bizarre qu’en dix ans et une étude, on effaçait 2000 ans d’histoire : le passage des Alpes par les éléphants d’Hannibal, les invasions barbares, a contrario la période prospère des cathédrales, le catastrophique XVIIe siècle, les tableaux de Brueghel, le patinage sur les canaux hollandais, la Tamise gelée de Dickens… Intrigués, deux ingénieurs canadiens, Ross McIntrick et Stephen McIntyre se penchèrent sur le sujet. Il apparut très vite que Mann avait fait une erreur méthodologique de débutant. Pour prouver cela, ils appliquèrent sa méthode à des courbes aléatoires ; dans la majorité des cas, ils obtinrent des hockey sticks. Ils publièrent en 2003, malgré le refus de Mann de dévoiler ses données (tout est accessible sur le site climate audit de McIntyre).

Leurs craintes furent confirmées officiellement en 2006 par une commission d’experts conduite par E. Wegman, président de l’association américaine des statisticiens, dont le rapport avait été commandé par le Comité de l’Énergie de la Chambre américaine.

Il s’en est suivi une série de controverses scientifiques confuses, allant jusqu’à des démêlés judiciaires, Michael Mann tombant carrément dans le complotisme.  

Mais en 2009, la découverte d’emails du Climategate montra l’étendue du désastre : les courbes publiées par le GIEC étaient issues de méthodes pour le moins douteuses, qui, dans n’importe quel autre domaine de la science, auraient discrédité l’institution.

Un des emails de Mann à ses collègues précisait qu’il avait trouvé une « astuce » pour « cacher la baisse » (hide the decline). Il faisait référence à une de ses reconstructions qui malencontreusement montrait une chute des températures au XXe siècle. Il a opportunément remplacé les données gênantes par des données issues de thermomètres, et non plus des cernes des arbres, à partir du « déclin », mélangeant ainsi choux et carottes sur la même courbe, et sans le dire clairement dans le texte du GIEC.

 (Graph from Richard Muller)

Retour à la raison

Le Hockey Stick a maintenant disparu des rapports du GIEC, qui noie le poisson sous une avalanche de spaghettis, et sans intervalles d’incertitudes, comme le montrent ces figures tirées du 5e rapport sorti en 2014. Et les études de Mann ne sont plus citées :

Malgré l’évidence, beaucoup de présentations défendent encore les courbes de Mann. Et Wikipedia présente l’affaire d’une manière très « orientée »… Récemment, on a exhumé l’actualisation d’une étude montrant que le passé n’était pas si chaud, et pas partout, qui a été aussitôt  très controversée… et démolie par McIntyre sur son site.

En réponse également à cette étude, le géologue Sébastien Luning a lancé un projet collaboratif sur les températures à l’époque médiévale dans le monde, afin de recenser toutes les études sur le sujet (1200 à ce jour). Le résultat donne une carte interactive montrant les études et les lieux : rouge c’était plus chaud que maintenant, jaune plus sec, et vert plus humide.

Ce combat pour vouloir absolument montrer que le réchauffement actuel est inhabituel est incompréhensible, tant on peut amener des arguments à opposer.

L’étude des glaciers, par exemple : comme les glaciers reculent actuellement, ils rejettent des débris anciens qui permettent des hypothèses sur leur état à différentes époques, en particulier des restes organiques, voire des arbres qu’on peut dater. Voir : The Holocene 16,5 (2006) pp. 697 704: Multicentury glacier fluctuations in the Swiss Alps during the Holocene Ulrich E. Joerin, Thomas F. Stocker and Christian Schluechter

D’autant que cela n’infirme pas pour autant la théorie de l’effet de serre. Mais il est vrai cependant qu’admettre qu’il existe des fluctuations naturelles, parfois même rapides, rend impossible de valider les calculs de l’effet du seul CO2.

Cette extraordinaire « mannian saga » a fait l’objet de plusieurs livres comme : “The Hockey Stick Illusion: Climategate and the Corruption of Science Paperback – March, 2010 by A.W. Montford “

Michael Mann, lui, a écrit :

« The Hockey Stick and the Climate Wars : Dispatches from the Front Lines ».

Le titre même de son ouvrage montre son état d’esprit : c’est un soldat en guerre, ce n’est plus un scientifique. 

Demain, dans le dernier bulletin, nous verrons ce qu’on peut tirer comme conclusion de cet imbroglio autour des températures mondiales.

Relisez les épisodes 1 et 2 de la série « Climat : l’incroyable saga des températures ».

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