Victoire de Nouvelle Démocratie en Grèce : une ouverture libérale ?

Grèce Credit RG1033 (Creative Commons)

C’est une réhabilitation du libéralisme en Grèce que Nouvelle Démocratie souhaite mettre en place. Le but ? Rétablir une situation politique et économique respectée en Europe. Mais il y a du boulot !

Par Alexandre MASSAUX.

Le 7 juillet, le parti de centre droit gagne les élections législatives après avoir fait une percée spectaculaire lors des élections régionales et municipales début juin. Cette victoire met fin au contrôle de la gauche dure (pour ne pas dire extrême gauche) de Syriza qui dirigeait depuis 2015. Il semble dès lors intéressant de se pencher sur les implications de cette victoire de la droite classique à une époque où elle peine à gagner en Occident (voire à survivre comme en France) et où elle est prise en étau entre les progressistes et les droites illibérales.

L’échec de la gauche grecque : un fossé socio-économique persistant entre la Grèce et le reste de l’Europe

La situation de la Grèce avant les élections de 2019 reste clairement problématique. Selon, l’index sur la corruption de 2018 de Transparency International, la Grèce est le pays le plus corrompu de l’UE après la Bulgarie. En matière de liberté économique et en se basant sur les données de l’index de Héritage Foundation, le pays avec sa 106e place est moins libre que la Russie (98e) et que la Biélorussie (104e). Enfin, l’Human Freedom index du Cato Institute montre que la Grèce est le pays le moins libre de l’UE et se fait même dépasser par les pays de l’ex-Yougoslavie comme la Serbie et la Bosnie.

Cette situation n’est toutefois pas entièrement imputable à Syriza et au Premier ministre Tsipras. Le Pasok, le parti socialiste grec qui a gouverné le plus longtemps depuis le retour de la démocratie en 1974, est le principal responsable de la situation de la crise grecque du fait de la pratique d’un keynésianisme et d’un clientélisme qui s’est installé au fils des décennies. Une responsabilité qui n’a pas été oubliée par les citoyens grecs qui l’ont marginalisé aux élections depuis 2012 ; le Pasok passant de scores avoisinants les 40 % avant la crise à 4,7 % aux élections législatives de 2015 et 8 % en 2019. Quant aux conservateurs de Nouvelle Démocratie, ils n’ont pas, avant la crise, su faire un changement de politique permettant de stabiliser le pays.

Syriza a continué le clientélisme et la politique de ses prédécesseurs, tout en tenant un discours plus radical de gauche anticapitaliste. De ce fait, si le programme d’aide de l’Union européenne a été appliqué, il n’y a pas eu de refonte du système grec. La Grèce n’a donc récolté avec Tsipras qu’une continuité de la mauvaise gestion politique avec un discours d’extrême gauche contribuant à isoler le pays sur la scène européenne. Pire ! Tsipras lui-même a eu des attitudes d’apparatchik comme le montrent ses vacances dans un yacht luxueux en mai 2019 alors que des incendies meurtriers ravageaient la Grèce. Une affaire qui a beaucoup joué dans les défaites électorales de Syriza. Dès lors, le retour de Nouvelle Démocratie n’est pas surprenant.

Un virage vers la droite ancré profondément sur la scène nationale et dans les villes

La grande victoire de Nouvelle Démocratie, lors des élections municipales et législatives, est d’avoir réussi à gagner les plus grandes villes du pays, à savoir Athènes et Thessaloniki. Ces villes qui ont voté à gauche ces dernières décennies sont désormais aux mains des conservateurs. Ce phénomène est d’autant plus à souligner que les grandes villes occidentales ont tendance à voter progressiste. Il est fort probable que la disparition du Pasok et le radicalisme de Syriza aient ouvert une brèche pour Nouvelle Démocratie.

De même, le parti de centre droit a été très populaire auprès des jeunes : 30 % des 18-24 ans soutiennent Nouvelle Démocratie. Cela s’explique par le fait que le chômage des jeunes avoisine les 40 % et qu’il existe une forte fuite des cerveaux. Il est facile de comprendre que des jeunes qualifiés n’aient pas envie de rester dans un pays où le chômage est incontrôlé et où les salaires sont bas. De ce fait, la jeunesse vote pour un changement.

Un programme libéral pour Nouvelle Démocratie

Le programme officiel du parti se définit  comme social-libéral. Il cherche à faire un mélange entre les idées sociales et libérales : « Le libéralisme, parce qu’il vise à libérer l’environnement des entreprises, à renforcer l’esprit d’entreprise, à changer le modèle de production et à vaincre le parasitisme. « Social » parce qu’il fait référence à la préservation de l’état social et agit comme un bouclier pour la protection des citoyens, en particulier des catégories faibles et vulnérables. Car ce n’est qu’en forgeant une solidarité collective que le sens de notre destin commun au sein de l’État national est établi. » La volonté de combiner deux idéologies opposées répond très certainement au besoin électoral de prendre des voix aussi bien à la gauche, qui dominait avant les élections, qu’à la droite qui constitue le camp de Nouvelle démocratie. 

Néanmoins, les axes donnés par le nouveau Premier ministre Kyriákos Mitsotákis révèlent clairement une orientation libérale : « non au vieil État monstre qui fonctionne comme un homme d’affaires, et non à l’entrepreneur-vampire qui veut être soutenu exclusivement par l’État ». En d’autres termes, non au clientélisme et au capitalisme de connivence. De même, le nouveau Premier ministre rappelle : « sans liberté politique, la liberté économique est incomplète, privée de contenu spirituel. En effet, sans chances égales de progrès, le succès cesse de fonctionner comme un ascenseur social et si la richesse n’est pas diffusée entre de plus en plus de personnes, elle devient une affaire de peu de personnes et est donc incriminée. Il cesse de fonctionner comme un modèle de réussite et commence à être attaqué. »   

C’est une réhabilitation du libéralisme en Grèce que Nouvelle Démocratie souhaite mettre en place afin de rétablir une situation politique et économique respectée en Europe. Le travail à effectuer est conséquent mais la victoire de Nouvelle Démocratie montre qu’il est possible d’être réformiste et de gagner des élections sans tomber dans des positions radicales de droite ou de gauche.

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