Les touristes aiment la France, mais la France aime-t-elle ses touristes ?

Lola Delabays on Unsplash,

La France reste la première destination de vacances dans le monde. Mais elle n’en tire pas assez profit, selon un rapport de l’Assemblée nationale. Qu’est-ce qui cloche ?

Par Ludovic Delory.

Par sa variété de paysages et de coutumes, par sa position au centre de l’Europe, par sa gastronomie et ses monuments nationaux, la France attire chaque année une masse de touristes. Une masse énorme. 89,3 millions d’étrangers sont venus visiter l’Hexagone l’an passé. Une hausse de 3 % sur un an, qui confirme le statut — cocorico — de première destination touristique du monde.

On est les champions ! … sauf que la rentabilité reste en berne. Un récent rapport publié par l’Assemblée nationale place la France en 3e position (seulement) en termes de retombées touristiques. 55, 5 milliards d’euros de recettes, loin derrière les États-Unis (180 milliards de dollars en 2017) et l’Espagne (80 milliards d’euros). [EDIT : 60 milliards d’euros]

En France, le tourisme ne représente que 7,2 % du PIB alors que, de l’avis unanime des représentants du peuple, l’objectif devrait se révéler bien plus ambitieux. Les touristes étrangers aiment la France, mais ils n’y dépensent pas assez leur argent.

Pourquoi ?

Le tourisme en France, cette « belle endormie »

Deux raisons : la durée des séjours est trop courte. 6,7 jours en moyenne, c’est largement moins que l’Espagne, principale rivale de l’Hexagone. Ensuite, les incitations à dépenser l’argent y sont moindres qu’ailleurs. Et le rapport pointe notamment la fermeture des commerces le dimanche. Le jour où les touristes de passage profitent de leur jour de repos pour visiter le coin. L’inadéquation de l’offre et de la demande.

Que pouvons-nous lire dans les premières pages de ce rapport parlementaire ? Des envolées poétiques : « Le tourisme en France reste encore une belle endormie« . Sans doute attend-elle le baiser du prince qui la réveillera.

Ce Prince, si l’on en croit le rapport, a les traits de l’État. « Ce secteur [le tourisme, donc] tend souvent à être laissé de côté par les pouvoirs publics. » Quelques lignes plus haut, le rapport préconise pourtant : « Il apparaît tout à fait prioritaire de libérer les acteurs du tourisme des contraintes réglementaires et administratives, encore trop nombreuses. » Citons encore leurs auteurs :

L’image de la France tend à se dégrader de manière latente. Notre pays souffre d’une réputation mêlant qualité de l’accueil insuffisante, déficit de propreté et mauvais positionnement en termes de compétitivité-prix.

Schizophrénie. En libérant l’offre commerciale, en assouplissant les règles drastiques qui pénalisent ceux qui veulent travailler (comme ce boulanger obligé de fermer boutique un jour par semaine), la France pourrait retrouver son statut de leader touristique. Pourtant, ses élus réclament davantage d’interventionnisme pour lui permettre de conserver son statut, son travail, ses revenus.

Avec des résultats inverses.

Libérer l’offre touristique pour accroître les recettes

Les Français aiment les touristes. Ceux qui dépensent leurs euros dans les boulangeries, les musées ou les œuvres patrimoniales chères à Stéphane Bern. Mais en dehors de l’Île-de-France, peu de salut. Ce sont les députés eux-mêmes qui l’affirment encore :

Beaucoup des acteurs auditionnés ont regretté le millefeuille administratif caractéristique du système français, qui rend complexe une structuration vers une stratégie unique et une promotion structurée, faisant perdre en cohérence et en efficacité.

La France n’est pas l’État français. Cette différence n’est pas seulement sémantique. Les contestations qui ont suivi l’omniprésence des radars, les projets d’implantation d’aéroports régionaux ; les grèves du personnel des aéroports en pleine période de vacances ou le mécontentement du personnel des péages, dans la foulée de celui des Gilets jaunes, jouent un rôle important dans l’hésitation dont font montre les touristes étrangers.

Le tourisme est une entreprise. Les gouvernements qui l’ont compris en ont tiré profit. Tout comme l’ensemble du secteur.

Le gouvernement français, toujours prompt à ponctionner les revenus générés par l’industrie du tourisme — à l’instar des billets d’avions — n’a pas encore mis à profit ces enseignements.

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