Union européenne : des nominations qui annoncent de futurs blocages

La nouvelle direction de l’UE révèle la tendance politique qui va être suivie pendant les prochaines années, présageant une Europe peu libérale.

Par Alexandre Massaux.

La semaine dernière ont eu lieu les nominations de l’Allemande Ursula von der Leyen (PPE) à la présidence de la Commission, de la Française Christine Lagarde (PPE) à la BCE, du Belge Charles Michel (ALDE) à la tête du Conseil européen, de l’Espagnol Josep Borrell (S&D) au poste de haut représentant de la diplomatie européenne et l’élection à la présidence du parlement européen de l’Italien David Sassoli (S&D). Cette nouvelle direction de l’UE révèle la tendance politique qui va être suivie pendant les prochaines années, présageant une Europe peu libérale.

Une direction de l’Europe par des ressortissants des pays mauvais élèves de l’UE

La nationalité des dirigeants de l’UE n’est jamais neutre dans le cadre des nominations et des élections internes. Aussi, il apparaît que mis à part la présidente allemande de la Commission les quatre autres officiels sont issus de pays endettés voire en situation de déficit budgétaire. Pour reprendre la division entre Europe du Nord et Europe du Sud, c’est cette dernière qui est mise en avant à travers ces nominations. Or, les États du sud de l’Europe s’avèrent les plus dépensiers et les plus interventionnistes dans leurs politiques internes.

Une telle situation est de nature à fragiliser la stabilité économique de l’Europe : les nouveaux dirigeants peuvent se montrer plus complaisants envers les pays du sud dont ils sont issus, et qui tardent à se réformer. De même, la politique plus interventionniste de ces pays risque de se propager dans l’ensemble de l’Europe.

Certes, des pays comme l’Espagne, l’Italie, la France ont souvent vu leurs ressortissants occuper des fonctions de directions du fait de leurs puissances importantes au sein de l’ Europe et en tant que pays fondateurs de l’UE (ou entrés rapidement dans le cas espagnol).

Néanmoins, dans une période où les divisions entre des membres de l’Union se révèlent et se transforment parfois en tensions, il est à craindre que cette répartition géographique soit source d’ennuis futurs. En effet, ni les pays nordiques, ni les pays d’Europe centrale et de l’est n’ont de représentants dans cette nouvelle configuration.

Si les premiers récupèrent  la vice-présidence de la Commission avec le Néerlandais Frans Timmermans (S&D) et la Danoise Margrethe Vestager (ALDE), le groupe de Visegrad s’avère le grand perdant alors qu’il était représenté lors de la précédente législature dans le Conseil européen avec le Polonais Donald Tusk. Le fait que la Pologne et la Hongrie se soient montrées particulièrement virulentes face à la candidature de Frans Timmermans pour la présidence de la Commission est l’une des causes de cette absence au niveau des postes européens.

Un duopole franco-allemand persistant mais restant en faveur de l’Allemagne

Avec ces nominations, Emmanuel Macron limite les effets de sa défaite au niveau européen. L’importance des progressistes  avec deux membres du groupe socialiste européen (S&D), un centriste de l’ALDE et une Française à la BCE offre une certaine latitude au président français pour exposer sa vision de l’Europe et avoir des relais pour l’appliquer.

Pour autant, il ne faut pas y voir un contrôle du président Macron sur l’Europe. De toutes les nominations, la plus importante est celle de la présidence de la Commission. Or, l’ancienne ministre de la Défense Ursula von der Leyen s’avère extrêmement proche de la chancelière allemande. Et si la politique budgétaire de Christine Lagarde est loin d’être aussi rigoureuse que celle des Allemands, la confiance que lui porte la chancelière allemande lui a permis d’avoir la direction de la BCE. Enfin, bien qu’affaiblie en interne Angela Merkel et l’Allemagne en général possèdent des liens plus étroits que la France avec les pays de l’Europe de l’est et du nord, et donc de meilleures capacités de négociations.

Une Europe moins libérale : un effet actuel du Brexit

Ces nominations mettent en évidence un tournant plus interventionniste de l’UE. Depuis le traité de Maastricht, le pouvoir politique de l’Union s’est accru et la présence du Royaume-Uni faisait contrepoids aux politiques plus étatiques des pays du sud de l’Europe dont la France. Mais le Brexit et la victoire du parti de Nigel Farage aux élections européennes ont mis à l’écart le gouvernement anglais dans les discussions pour les nominations.

En outre, il apparaît que l’opposition prônée par Macron entre les progressistes et les populistes devient peu à peu une réalité. Le Royaume-Uni offrait une voie libérale aux Eurosceptiques et permettait d’être un pont entre les pro-Européens et ses opposants. Avec la disparition de ce médiateur, l’Europe va être le terrain d’un affrontement entre des positions de plus en plus extrêmes.

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