Pacte productif 2025 : Bruno Le Maire à la reconquête de l’industrie

Landschaftspark Duisburg Nord, Hochofen by Abgeda(CC BY-ND 2.0) — Abgeda,

Notre ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, vient de lancer le « Pacte productif 2025 » dont l’objectif est de parvenir au plein emploi à cet horizon.

Par Claude Sicard.

Notre ministre de l’Économie Bruno Le Maire vient de lancer le « Pacte productif 2025 » dont l’objectif est de parvenir au plein emploi à cet horizon. Emmanuel Macron en avait introduit l’idée dans sa conférence de presse qui avait clôturé le Grand débat le 25 avril dernier. Fin juin, le projet s’est trouvé officialisé après concertation avec les syndicats et les régions, et Bruno Le Maire a indiqué que le défi  était de « faire de la reconquête industrielle un levier majeur de l’atteinte du plein emploi ».

Il s’agit donc d’une page nouvelle qui se tourne dans l’histoire économique de notre pays, la puissance publique abandonnant enfin cette vision fausse d’une société  « post industrielle » qui a été trop longtemps la sienne et fait de gros dégâts.

Dans cette vision on considérait que l’économie d’un pays moderne n’est plus constituée que d’activités tertiaires, c’est-à-dire de services, les activités industrielles relevant des seuls pays émergents qui ont une main-d’œuvre corvéable à merci et bon marché.

Cette vision, on le sait, s’est installée en France chez nos élites à la suite des travaux de l’économiste Jean Fourastié qui avait publié en 1949 un ouvrage qui avait eu un succès considérable : Le grand espoir du XXe siècle. Cette façon erronée de concevoir le partage des tâches dans le monde a conduit nos dirigeants à se réjouir, en somme, du déclin rapide de notre industrie qui s’est amorcé au lendemain des Trente glorieuses, un déclin qui était le signe même de la modernisation rapide de notre pays.

Dans cette vision du monde il était considéré d’une façon assez cynique que les pays occidentaux resteraient indéfiniment les seuls détenteurs des savoirs scientifiques, continuant à avoir donc le monopole des technologies avancées, et reportant sur les pays en voie de développement en leur cédant, contre finances, leurs savoirs les tâches ingrates de production où l’Homme est asservi  à la machine.

La France est demeurée un peu plus de quarante années dans cette funeste erreur. Elle se retrouve ainsi victime maintenant de cette vision, notre pays étant devenu le plus désindustrialisé de tous les pays européens. L’industrie n’intervient plus que pour 10 % dans la formation du PIB alors que sa part devrait se situer aux alentours de 20 % : l’Allemagne en est à 23 % ou 24 % et la Suisse à 22 %.

Tous les problèmes que rencontre notre économie proviennent de là : un taux de chômage anormalement élevé, la nécessité de s’endetter chaque année pour faire de la croissance, une balance commerciale en permanence lourdement déficitaire et des rentrées fiscales insuffisantes.

Pour remédier aux conséquences désastreuses de l’effondrement de notre secteur industriel sur le niveau de vie des Français, les pouvoirs publics se sont trouvés contraints d’accroître sans cesse les dépenses sociales du pays. On se trouve ainsi avec des dépenses sociales qui sont passées de 14,3 % du PIB, en 1960, à 34 % aujourd’hui, alors que la moyenne des pays de l’OCDE  se situe à 21 %. Elles représentent 58 % des dépenses publiques totales, un taux extrêmement élevé bien supérieur à ce qu’il est dans tous les autres pays, ce qui explique qu’il soit très difficile pour notre gouvernement de réduire ce que l’on nomme les dépenses publiques car il faudrait qu’il s’attaque aux diverses dépenses sociales, ce qui est politiquement impossible.

On redécouvre donc le rôle clef de l’industrie dans la prospérité économique des pays, étant entendu qu’une économie « post industrielle » n’est pas une économie sans industries, mais une économie dotée d’activités industrielles à haute valeur ajoutée, ce que certains ont appelé une « économie hyper-industrielle ».

Et le problème de la France va être de mettre la finance au service du développement, ce que notre  Président a entrepris de faire en réformant l’ISF dès son arrivée au pouvoir. Il va rester maintenant à supprimer dans les entreprises tous les impôts, cotisations et taxes qui pèsent sur elles afin de les mettre au même niveau au plan fiscal que les entreprises des pays avec lesquelles elles sont en concurrence. C’est l’urgence première à présent.

Le graphique ci-dessous montre que c’est bien l’importance de la production industrielle qui dans les pays commande le bon fonctionnement de l’économie. Ce graphique met en évidence la corrélation étroite existant entre la production industrielle des pays, calculée ici par habitant, avec les PIB per capita de ces pays.

industrie

Le coefficient de confiance de cette corrélation est excellent. Avec une production industrielle de 6689 dollars par habitant, la France en est à un PIB/tête de 38 476 dollars. Avec 12 262 dollars l’Allemagne en est à 44 469 dollars per capita, et la  Suisse, pays que l’on n’attend pas à ce niveau dans les comparaisons internationales,  avec 20 198 dollars de production industrielle par habitant en est à un PIB per capita de 80 189 dollars.

Les effectifs industriels de la France sont passés de 6,8 millions de personnes à la fin des Trente glorieuses à 2,7 millions aujourd’hui. Le déclin a été rapide et considérable. Il manque à notre secteur industriel pour le moins 1,8 million de personnes : si ces emplois existaient, en comptant ce que nous indiquent les économistes, à savoir que un emploi industriel induit dans le secteur des services au moins deux emplois nouveaux, on en serait à 5,4 millions d’emplois supplémentaires, et il n’y aurait donc plus de chômage.

Le Pacte productif d’Emmanuel Macron a prévu que la part de l’industrie et de l’agriculture au sein du PIB passerait d’ici à 2025 de 13,5 % à 15 %. Ce serait un premier pas très intéressant. À ce rythme, on voit qu’il faudra environ une quinzaine d’années pour que l’économie de notre pays retrouve ses équilibres fondamentaux.  Pour autant que n’interviennent pas entretemps des évènements perturbateurs particuliers, tant au plan interne qu’international.