General Electric Belfort, l’étrange proposition de Bruno Le Maire

Nous vivons dans un monde capitaliste dont nous ne voulons pas accepter les règles.

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EPP Summit, Brussels; December 2014 By: European People's Party - CC BY 2.0

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General Electric Belfort, l’étrange proposition de Bruno Le Maire

Publié le 15 juin 2019
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Par El Uno.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

General Electric, héritier d’Alstom, vient d’annoncer la suppression de 1045 postes en France, dont 991 sur le seul site de Belfort, essentiellement au sein de l’entité turbines à gaz qui emploie 1900 personnes (sur les 4300 salariés GE de Belfort).

Notre ministre se précipite alors courageusement à Belfort pour rencontrer élus locaux et syndicats. Longue rencontre, qui se conclut par la déclaration que 1045 postes, « c’est trop » et inacceptable, que l’État va négocier avec GE pour d’une part faire baisser ce chiffre, et d’autre part pour envisager une reconversion du site, en demandant à GE d’investir et en promettant que la France investirait à égalité au côté de GE : si GE met 10 millions, l’État mettra 10 millions, si GE met 25 millions, alors l’État apportera 25 millions, a-t-il dit.

Ces sommes pourront provenir de l’indemnité de 50 millions d’euros due par GE pour ne pas avoir respecté son engagement (pris en 2015 lors de l’achat de l’activité turbines à gaz d’Alstom) de créer 1000 emplois. Le ministre est donc résigné à la suppression d’emplois, la seule question étant d’en évaluer le nombre.

À première vue, il est déjà étrange de proposer un partenariat à une entreprise, à laquelle on a vendu une activité et que l’on vient de sanctionner pour non-respect de ses engagements, en la finançant grâce aux pénalités reçues. Cela fait quand même désordre et semble incohérent. D’autant plus quand le ministre réagit à l’annonce du plan social en commentant par un simple « c’est trop », signifiant que dans son principe ce plan social de licenciements est justifié, ce qui justifie à plus forte raison aussi l’absence de création d’emplois ayant pourtant motivé la sanction…

Un soldat armé d’un sabre de bois

Un autre détail est gênant, qui ne fait apparaître notre ministre que comme un gentil soldat armé d’un sabre de bois. GE a acheté en 2015 la division Alstom en question pour plus de 12 milliards d’euros, et ce à la barbe de Siemens. Affaire conclue par Emmanuel Macron, ministre des Finances à l’époque. Bonne affaire pour la France ? Financièrement oui, pour le reste on en débattra éternellement, faute de savoir ce que l’achat par Siemens aurait donné. Mais pour GE, cela s’est traduit par une catastrophe : deux présidents américains y ont laissé leur poste en deux ans, la chute en Bourse a été vertigineuse (de 600 milliards de capitalisation dans les années 2000 à 82 milliards, et 44 % de chute depuis le début de cette année), l’usine américaine produisant les mêmes turbines que Belfort a perdu 34 % de ses effectifs, les filiales britannique, allemande et suisse1 ont chacune perdu entre 1000 et 1500 emplois avant même que la France ne soit touchée, le troisième trimestre 2018 de GE s’est soldé par une perte de 22 milliards de dollars, cependant que la dette de GE s’élève à 115 milliards de dollars et qu’il faut urgemment la diminuer… excusez du peu2. L’initiative de Jeff Immelt, le président de GE responsable de l’acquisition d’Alstom, remercié en 2017, s’est effectivement révélée désastreuse, faute d’avoir anticipé l’effondrement du marché des turbines à gaz (même si cet effondrement n’est que temporaire).

Devant les sommes en jeu, des dizaines de milliards, comment ne pas trouver dérisoire la proposition de Bruno Le Maire de cofinancer à hauteur de quelques dizaines de millions un partenariat GE- État français pour sauver les emplois du site de Belfort ? Peut-on penser que GE, entreprise américaine, acceptera de se lier par un nouveau partenariat en France, qui plus est avec l’État français, alors que sa préoccupation prioritaire est de se débarrasser d’investissements européens désastreux ? Est-il raisonnable pour l’État français de se lancer dans un tel partenariat ? De penser que quelques dizaines de millions peuvent suffire à reconvertir un site pour occuper un millier d’employés ?

Une fois de plus le gouvernement répète le schéma français habituel, dont il fait actuellement usage à Blanquefort avec Ford. Ford fermera ce site fin août, après avoir obtenu en mars la validation de son plan social (très généreux), qui concerne 850 salariés. Et comme à Belfort, l’État demande et obtient le versement de 20 millions d’euros pour la réindustrialisation du site. Quelle crédibilité cette somme peut-elle apporter à l’État lorsqu’il s’agit de réindustrialiser un site pour plusieurs centaines d’employés ?

Autre exemple, New Look France, filiale du groupe britannique d’habillement, en redressement depuis mars et bientôt en liquidation avec licenciement de ses 400 employés français. Alors que l’État n’y est strictement pour rien, le comité d’entreprise et les syndicats mettent en cause sa responsabilité au prétexte qu’« il n’a pas bougé » après avoir été alerté, et que les salariés et l’État ne doivent pas être « les dindons de la farce » des choix stratégiques d’un groupe anglais qui a « un fonds d’investissement sud-africain derrière lui » et a encaissé « plus d’un million d’euros de CICE ».

Le cycle infernal

Ainsi se referme sur l’État le cycle infernal qui le met en cause : il fait ce qu’il peut pour attirer les capitaux étrangers, avec un succès certain puisque la France vient de se voir décerner le second prix d’attractivité européen. Ce qui induit évidemment la dépendance à l’égard du marché international, dont il faut accepter les sujétions. L’État français n’a évidemment pas la puissance suffisante pour en contrecarrer les effets négatifs lorsqu’ils se produisent. Nous vivons dans un monde capitaliste dont nous ne voulons pas accepter les règles. Nous ne parvenons décidément pas à sortir de cette contradiction.

Sur le web

  1. En Suisse, il s‘agit de filiales d’Alstom, ce qui a conduit à des commentaires peu favorables à la France, et le média suisse « Les Observateurs » à titrer « Merci Macron » « Vous aimez la mondialisation : votez Macron » !
  2. Ce qui, en passant, réduit à néant les accusations syndicales et autres prétendant fustiger l’égoïsme américain (« America first »).
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  • il faut bien comprend une chose , nos politiques ont l’oeil rivé sur la ligne de flottaison du navire et la couleur de la bouée importe peu

    • Bonjour, j’aime bien votre humour. « Ligne de flottaison du navire » France, sans doute ! La France que ce soit au plan économique, financier, social, sociétal … est, en même temps (pardonnez moi de « faire » du « macronisme ») une « république bananière » en bonne voie de décomposition et un bateau fou autrefois à la dérive en train de sombrer comme le Titanic ! Il y a déjà longtemps que « la ligne de flottaison » se trouve sous les flots. Nous croyons respirer encore, mais nous sommes en train de vivre les hallucinations pré-mortem ! La France est-elle encore un Etat ? Est-elle encore une république ? Est-elle encore une démocratie ? Est-elle encore une nation ? Est-elle encore un peuple ? A-t-elle encore une constitution (c’est en vérité un simple règlement à géométrie variable variant au gré du moindre désirata de cousin Macro. (issu de la famille de « tonton ») aux ordres de Bruxelles !

      • oui mais l’orchestre joue toujours sur le pont! ha!ha!

        • C’est vrai, mais écoutez. N’entendez-vous pas ? Ecoutez bien. N’entendez-vous pas toujours ? C’est du raï venant du proche et moyen orient et du rap venant de l’Afrique Noire que cet orchestre inféodé de l’Union Européenne nous joue ! N’entendez-vous toujours pas ? Ils chantonnent : « je viens cracher sur vos tombes », « je viens niquer vos mères » ! Allez, je vais un peu paraphraser Michel Sardou : « ne l’appelle plus jamais France, la France on l’a laissé tomber » !

  • Sans doute l’exception française !

  • Et c’est la que l’on s’aperçoit que la france n’a pas d’inteligence service ,d’un reseau d’espions oriente vers la guerre économique , a chaque fois elle se fait avoir par les escrocs de l’economie mondiale.

    • Il faut ajouter la possible corruption de certains hommes politiques.
      Il ne faut pas oublier que le député Marleix (LR) saisit le parquet de Paris et a mis en cause E. Macron.
      «Le député estime ainsi que la procédure de contrôle des investissements étrangers en France a été “contournée” par la présidence de la République à l’époque de la vente à GE. Selon l’article L151-3 du code monétaire et financier, la décision d’autoriser la vente d’un actif stratégique comme Alstom (notamment responsable de l’équipement et de la maintenance des cinquante-huit centrales nucléaires françaises ou de la fourniture des turbines des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins) relève du ministre de l’Économie, soit, entre mai 2012 et août 2014, Arnaud Montebourg. Or, ce dernier soutient avoir appris les discussions engagées entre Alstom et GE par le biais d’une dépêche de l’agence de presse Bloomberg, le 23 avril 2014, et en fulmine encore.

      Alstom n’est pas la seule entreprise stratégique française à avoir été rachetée par un concurrent ou une puissance étrangère sous le ministère d’Emmanuel Macron. Entre son arrivée à Bercy le 26 août 2014 et sa démission le 30 août 2016 pour se consacrer à la campagne présidentielle, l’ancien associé-gérant de la banque Rothschild a également autorisé la cession de l’équipementier télécoms Alcatel-Lucent au finlandais Nokia, le parapétrolier Technip à l’américain FMC et l’aéroport de Toulouse-Blagnac à la Chine. »
      (Source Le Monde qui s’étend aussi sur la rémunération des intermédiaires…)
      Le problème est celui du mécanisme de la décision, qui n’est pas qu’économique, mais aussi politique.

      • Je ne sais pas s’il y a eu corruption dans la cession des bons morceaux d’Alstom mais il est clair que la justice américaine (DOJ) a été instrumentalisée (affaire Pierucci) avec succès pour extorquer les atouts stratégiques contribuant à l’indépendance française en matière énergétique, militaire et spatiale. On nous a gentiment laissé les atouts ferroviaires que les chinois ne tarderont pas à réduire à néant.

  • Au cours de sa tournée pour sa candidature aux élections présidentielles Américaine, Bill Clinton est interpellé pour lui demander ce qu’il va faire pour éviter la fermeture d’une usine.
    Il va alors dire : si votre entreprise ou votre usine doit mourir dans notre environnement économique actuel, on ne peut pas changer le cours des choses mais par contre ce que je peux faire c’est de vous promettre que je vais tout faire pour que l’environnement économique soit favorable à la création d’entreprise et d’emploi pour vous.
    Le jour où un politicien Français osera dire cela, on aura beaucoup progressé.

  • Les chiffres présentés dans l’article révèlent l’étendue et la profondeur du malaise français. Il semble en effet que pour les sbires de l’Etat, 10, 20, voire 50 mille euros par emploi suffiraient à revitaliser un site. Mais le domaine industriel nécessite infiniment plus de capitaux, plus proche du million d’euros par emploi. Ainsi, pour remettre au travail 2 ou 3 millions de chômeurs dans le domaine industriel, il faudrait immobiliser plus d’un an de PIB français en capitaux frais, une somme supérieure à la totalité de la dette publique accumulée.

    Evidemment, ce n’est pas l’Etat obèse qui peut supporter un tel besoin en financement, lui qui est devenu impotent à force de se vouloir omnipotent. Il lui faut donc se résoudre à accepter l’existence de ces salauds de capitalistes honnis, tout en essayant de les placer en résidence surveillée au prétexte de participations publiques plus ou moins gadget (cf les pathétiques affaires Renault successives) ou d’intérêts stratégiques non moins factices, sans parler de la BPI abonnée aux pertes spectaculaires (des stratèges, on vous dit) et qui, de toute façon, est très très loin du compte.

    Or, depuis le début des années 80, l’Etat s’est acharné à tuer le capitalisme français à force d’impôts, de réglementations, de menaces et d’insultes. Le pouvoir économique des capitalistes faisait trop d’ombre à la haute fonction publique qui voulait détenir le pouvoir sans partage. Il fallait à toute force détruire le pouvoir économique, l’abaisser pour le dominer, ce qui fut fait avec un certain succès, détruire étant plus facile que créer.

    Les capitalistes nationaux ayant fui pour la plupart (en dehors des habituels capitalistes de connivence), il ne reste plus à l’Etat que le recours aux étrangers. Mais qui serait assez fou pour se risquer dans une France à la réputation désastreuse, mise en coupe réglée par son Etat obèse et ses complices ? Les seuls étrangers acceptant le risque sont ceux qui espèrent faire des coups, non pour investir réellement à long terme puisque c’est structurellement impossible, mais pour profiter ponctuellement de subventions (le crédit d’impôt recherche est à la mode), récupérer une technologie à moindre coût ou diluer leurs propres dettes dans des projets loufoques destinés à être abandonnés.

    C’est ainsi que le pathétique spectacle des échecs à répétition des malheureuses interventions étatiques s’étale devant nos yeux ébahis. Eh oui, après plusieurs décennies d’efforts constants de l’Etat stratège, la France est devenue, non pas une destination privilégiée pour les capitaux, mais une destination exotique. En l’absence d’un capitalisme local fort, ancré dans les territoires, la France semble attractive uniquement parce qu’elle attire la lie du capitalisme mondial appâtée par les subventions dodues que les margoulins venus de toute la planète espèrent rafler sans effort.

    Ce n’est pas en persistant dans l’erreur fondamentale de la croyance en un Etat stratège qu’on redressera ce pays. Il va falloir admettre enfin qu’en matière économique, en particulier dans le domaine industriel, l’Etat est par nature et par construction parfaitement incompétent. Désormais, l’Obèse doit renoncer à ses prétentions insensées car il en va de l’intérêt général de la Nation.

    • l’intérêt général de la nation….l’état s’en fou , il le prouve tout les jours que dieu fait ;

    • Ce qui est malheureux avec nos politiques (les hommes et les actions), c’est que la seule manière pour créer des emplois (ou ne pas en perdre) consiste au chantage.

      • Les politiciens et hauts fonctionnaires sont tellement efficaces pour détruire les emplois et créer du chômage de masse qu’on finirait par se demander s’ils ne le font pas exprès. Il faut bien vivre grassement et après eux le déluge (l’enrichissement personnel et le maintien au pouvoir vaut bien quelques chômeurs de plus). Mais en disant cela, on va immanquablement attirer les trolls puants, spécialistes de la dénonciation de la théorie du complot.

    • excellente synthèse de la situation française !

      et comme l’industrie est le secteur qui produit le plus de richesse, vu la portion congrue à laquelle nos politiques l’ont réduit, on saisit mieux l’appauvrissement de notre pays : il est foutu !

  • En voyant les certitudes économiques de nos gouvernements, j’en viens petit à petit à me demander si prédire l’avenir dans les lignes de la main ou le marc de café ne doit être classé dans les sciences exactes…

  • « [rachat d’Alstom] Mais pour GE, cela s’est traduit par une catastrophe :  »

    Corrélation mais pas causalité. Au contraire, GE était déjà mal avant et aurait voulu acheter Alstom à la carte.

    Cet article vient en contradiction d’un autre (paru sur Contrepoints) où le problème des turbines gaz était lié à la désaffection aux US des EnR, grandes utilisatrices de centrales à gaz de compensation des intermittences de l’éolien et du solaire.

    Encore un article où l’interventionnisme d’état est critiqué mais aussi implicitement et sélectivement ignoré.

  • Bruno Le Maire.? Le meilleur joueur de bonneteau de LREM.

  • Les commentaires sont fermés.

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