Élections européennes : retour sur le champ de ruines politique français

Comment contester qu’Emmanuel Macron a gagné une nouvelle manche ? En parvenant à imposer l’idée selon laquelle c’est soit lui, soit Marine Le Pen, entre les deux, rien ne demeure.

Par Nicolas Perrin.

Près d’un mois après les élections des 25 et 26 mai, nous bénéficions d’assez de recul pour analyser les conséquences du scrutin.

Faut-il se réjouir ou s’inquiéter de la percée des écologistes ?

Avec 13 % des suffrages exprimés, la liste menée par Yannick Jadot a su créer la surprise en se plaçant en troisième position, derrière celles de Nathalie Loiseau et de Jordan Bardella.

À en croire les instituts de sondages (les mêmes qui nous annonçaient quelques jours encore avant les élections, EELV en quatrième ou cinquième position derrière LR et éventuellement LFI), Yannick Jadot serait désormais la nouvelle figure politique préférée des Français.

Les listes écologistes ayant une sérieuse propension à attirer les électeurs à l’occasion de ce genre d’élections tout à fait symbolique, il y a de fortes chances que cette nouvelle idylle dure aussi longtemps que durent les roses.

À toutes fins utiles, rappelons tout de même qu’en politique, Yannick Jadot est à peu près autant un perdreau de l’année qu’un Benoît Hamon…

Avant de faire son entrée au Parlement européen en 2009, les seules activités professionnelles exercées par Yannick Jadot tournent autour du monde associatif, d’abord à Solagral, « une ONG spécialisée dans le suivi des négociations internationales (commerce, environnement, agriculture…) et l’appui aux pays en développement »« il milite contre la violence de la mondialisation néo-libérale », avant de rejoindre Greenpeace, comme le résume Wikipédia.

Outre ce désespérant tropisme anticapitaliste, on peut s’interroger sur la pertinence des solutions incarnées par les camarades de liste de notre député :

[NDLR : « antivax » = anti-vaccins]
Heureusement, il ne semble pas que les Français aient voté Verts par adhésion aux idées de ces candidats écologistes.

Comment d’ailleurs reprocher aux électeurs d’avoir cherché un semblant de « nouveauté » en votant écolo, quand on voit l’uniformité de l’offre politique – contrairement d’ailleurs à ce qu’ont cru comprendre certains observateurs prestigieux qui semblent vraisemblablement ignorer jusqu’à l’existence même du libéralisme…

Heureusement, Daniel Tourre veille à remettre les points sur les i.

Évidemment, il n’aura pas fallu longtemps pour que l’inénarrable Gilles Le Gendre s’immisce de tout son poids dans la brèche écolo pour nous vendre l’idée de nouvelles taxes vertes.

Le député Joachim Son-Forget, qu’on ne présente plus (ou plutôt auquel on dédiera bientôt une chronique entière pour célébrer son œuvre), est apparemment le seul politique à avoir senti de quoi il retourne…

Pourtant, il serait tellement simple pour les dirigeants de notre « start-up nation » version formica de prendre des mesures efficaces pour rendre le vote plus écologique et, par la même occasion, beaucoup plus pratique…

Emmanuel Macron ou la targaryenisation de l’espace politique français

À l’issue de ce scrutin, force est de constater que le président se retrouve à peu près dans la même position que Daenerys Targaryen, héroïne de la saga du Trône de Fer, après sa promenade de santé à Port-Réal.

Sur ce champ de ruines politiques, les adversaires politiques d’Emmanuel Macron se retrouvent atomisés. La droite traditionnelle ne fait que 8 %, et ce qu’il reste du parti socialiste, 6 %. Seul le RN est parvenu à tirer son épingle du jeu. Mais cet épouvantail politique – qui est aussi pratique pour LREM qu’il l’était à la grande époque du Parti socialiste – n’a pour le moment jamais réussi à inquiéter le président..

Comment contester qu’Emmanuel Macron a gagné une nouvelle manche ? En parvenant à imposer l’idée selon laquelle c’est soit lui (le camp des gentils, des « progressistes »), soit Marine Le Pen (les méchants populistes/nationalistes), entre les deux, rien ne demeure.

Comment en est-on arrivés là ? Voici l’analyse que fait le blogueur Franck Boizard :

« Le Telegraph et Peter Hitchens […] convergent pour dire qu’un vrai choix politique est essentiel à la démocratie. Que lorsque voter ne change plus rien, lorsqu’on vote à droite ou à gauche et qu’on a toujours la même politique, la démocratie est profondément et durablement mise en péril.

 Il est très facile de ramener cette analyse au cas français, je ne vous fais pas un dessin. Merci Juppé, merci Chirac. La gauche a remporté une victoire de plusieurs décennies en gauchisant les sans-couilles, genre Sarkozy, Wauquiez, Pécresse, Raffarin. Mais, à la fin, elle est engloutie dans le même discrédit. »

Lâchez tout de suite cette corde et descendez de ce tabouret, cher lecteur ! À la faveur des municipales, des partis politiques non-étatistes vont enfin débarquer sur la scène politique française. Ce sera sans aucun doute l’occasion pour moi de vous livrer des nouvelles plus réjouissantes. D’ici là, il faudra prendre notre mal en patience…

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