Assurance chômage : la réforme encore manquée du gouvernement français

Mes aventures à Pôle Emploi by philippe leroyer(CC BY-NC-ND 2.0)

Le gouvernement veut encore rigidifier l’assurance chômage. Ce n’est pas la bonne recette pour améliorer le marché de l’emploi, comme l’ont démontré nos voisins plus performants.

Par Vladimir Vodarevski.

Haro sur les chômeurs ? Le gouvernement a annoncé durcir le régime de l’assurance chômage. Il est vrai qu’il est d’autant plus difficile de trouver un emploi que lorsque la période de chômage est longue. Cependant, pour que les gens travaillent, il faut d’abord que des emplois se créent. De préférence ce qu’on appelle de bons emplois. C’est à dire des CDI à temps plein, ou à temps partiel non contraint. Or, dans ce domaine, la France fait pâle figure.

Une comparaison avec un pays équivalent, en termes de population, démographie, services publics et protection sociale, le Royaume-Uni, est édifiante. Le taux de chômage, bien sûr, avec 3,9 % en décembre 2018 au Royaume-Uni, pour 8,8 % en France. Et un taux d’activité de 75,1 % au Royaume-Uni, contre 66,1 % en France.

La France, son chômage, ses emplois précaires, ses travailleurs pauvres

Et ne parlons pas de la qualité des emplois. En France, plus de 40 % des personnes qui travaillent à temps partiel souhaitent travailler davantage (43,8 % en 2017, dernier chiffre disponible), contre 11,8 % au Royaume-Uni à la même période (chiffre qui inclut les emplois surnommés « zéro heure »). De plus, une particularité du marché du travail en France est l’importance des contrats intérimaires et à durée déterminée.

Selon l’INSEE, en 2018, l’emploi en CDD et l’intérim représentent 13,5 % de l’emploi salarié, dont 3 % pour l’intérim. Selon la DARES, les seuls CDD hors intérim représentent 12 % de l’emploi salarié. On peut retenir la fourchette 13-15 % comme une estimation. Au Royaume-Uni, le total des salariés en contrat temporaire représente en décembre 2018 5,6 % des salariés. Sachant que, d’après la DARES, 30 % des CDD ne durent qu’une seule journée, 40 % moins d’un mois, en 2017. Mais, dans les statistiques, ces emplois sont comptés comme des emplois normaux.

Ajoutons la problématique des travailleurs pauvres. Ainsi, la proportion de travailleurs pauvres en France s’élève à 7,1 %, selon l’OCDE, contre 3,7 % en Allemagne, ou 5,9 % au Royaume-Uni. La France est ainsi à la fois le pays du chômage, des emplois de mauvaise qualité, et des travailleurs pauvres.

En France, la réforme de l’assurance chômage passe avant le souci des créations d’emploi

Pourtant, les gens acceptent ces emplois. Ils cherchent du travail quand même. Alors, même s’il y a des excès, ou des profiteurs, ou, simplement, des personnes qui s’adaptent au système, peut-on vraiment accuser le système d’assurance chômage d’être la cause du chômage en France ? L’ordre des priorités ne serait-il pas de chercher d’abord à créer des emplois, et de bons emplois, puis de s’attaquer à l’assurance chômage ?

Dans de nombreux pays occidentaux le chômage a atteint un point bas. Royaume-Uni, Allemagne, USA, Australie, etc. Il se maintient à un taux bas dans un pays comme la Suisse. Ce sont des pays développés qu’on ne peut accuser de profiter d’une main-d’œuvre sous payée, et dont la population a accès à un système de soins performant, et bénéficie d’une retraite décente.

Évidemment, en France, s’inspirer des politiques réussies dans d’autres pays est incongru. Nous sommes la référence. On remarquera comme on parle peu des réussites en matière de diminution du chômage du Royaume-Uni ou de l’Allemagne dans l’Hexagone. Et quand on évoque les USA, c’est pour trouver des défauts à Trump. Cependant, lançons-nous dans cet exercice, pour saisir ce que la France pourrait retenir des politiques de ces pays qui ont vaincu  le chômage et dont les emplois sont de meilleure qualité qu’en France.

Comment faire diminuer le chômage en France ?

Bien sûr, le premier enseignement est que ces pays sont plus favorables aux entreprises. Business friendly, pour employer un anglicisme. Par exemple, dans ces pays, les prélèvements sur les entreprises sont inférieurs aux taux français. Ainsi, selon une étude COE-Rexecode, les prélèvements sur la production des entreprises s’élèvent à 27,9 % en France, contre 17,2 % en Allemagne. Dans le livre Emploi, le Royaume-Uni un modèle pour la France, Nathalie Droal, de l’Irdeme, constate le faible nombre de business angels en France par rapport au Royaume-Uni, en raison d’une fiscalité incitative au Royaume-Uni.

La réussite des pays contre le chômage repose sur des réglementations moins rigides, notamment en matière d’emploi.  Nathalie Droal souligne ainsi la flexibilité à l’embauche au Royaume-Uni. En Allemagne, ce sont les célèbres réformes Hartz qui ont relancé l’emploi. Aux USA, l’emploi est « at will« , avec la possibilité de se séparer d’un employé sans motiver une cause particulière, sous réserve de ne pas opérer de discrimination. Tandis que la France ajoute constamment des réglementations. Ainsi, l’IREF souligne que depuis l’élection de Macron, le Code du travail est passé de 3448 pages (édition 2017) à 3784 pages (édition 2019). Aucune simplification donc.

Le droit du travail est-il plus protecteur en France ? Au vu du niveau du chômage, et de la mauvaise qualité des emplois, il serait malvenu de prétendre que le droit du travail protège le salarié. De plus, une étude de l’IFRAP en 2007 montrait que 29 % des dépôts de bilans des entreprises étaient provoqués par le montant des indemnités de licenciement. Ces indemnités empêchent l’entreprise de faire face à des difficultés conjoncturelles.

Le marché du travail français est souvent décrit comme étant composé d’insiders et d’outsiders. Les insiders ont un CDI, les autres sont dans la précarité. On peut comprendre, vu le taux de chômage et la mauvaise qualité des emplois, que le licenciement soit un traumatisme pour les insiders. Et qu’ils s’accrochent à une réglementation qu’ils croient protectrice. Mais une réglementation plus favorable à l’emploi pourrait être mise en place pour les nouvelles embauches. Souvenons-nous par ailleurs que ce serait simplement revenir à l’époque des trente glorieuses et du plein emploi.

La flexibilité, monsieur Philippe, cela ne vous dit rien ?

Ce n’est pas la voie choisie par le gouvernement. Celui-ci choisit d’introduire encore plus de rigidité. Ce qui est illustré par la constante augmentation du nombre de pages du Code du travail. Ce qui se traduit aujourd’hui par une nouvelle augmentation du coût des contrats courts.

La mesure est surprenante. La multiplication des contrats courts, qui sont déjà soumis à des contraintes très rigides, et ont déjà un coût élevé, est provoquée par les contraintes qui pèsent sur le CDI. Ajouter des contraintes va encore plus inciter les entreprises à gérer au plus juste leurs effectifs.

Plus surprenant encore, les mesures contre les contrats courts ciblent notamment le secteur des cafés hôtels et restaurants. Un secteur qui embauche, où la problématique est de trouver du personnel.

Mais la France refuse de s’inspirer des politiques efficaces des autres pays. Elle aurait plutôt tendance à vouloir imposer ses politiques aux autres. Pourtant le pays va mal. Le gouvernement court après l’argent, la raison des changements au niveau de l’assurance chômage étant purement budgétaire. Pourtant, avec une vraie politique de l’emploi, qui s’inspirerait  des politiques réussies dans les pays développés, la France aurait davantage d’emplois. Et l’emploi lui fournirait des ressources budgétaires.