Assurance chômage : la réforme encore manquée du gouvernement français

Le gouvernement veut encore rigidifier l'assurance chômage. Une mauvaise recette pour améliorer le marché de l'emploi, comme l'ont montré nos voisins.
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Assurance chômage : la réforme encore manquée du gouvernement français

Publié le 24 juin 2019
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Par Vladimir Vodarevski.

Haro sur les chômeurs ? Le gouvernement a annoncé durcir le régime de l’assurance chômage. Il est vrai qu’il est d’autant plus difficile de trouver un emploi que lorsque la période de chômage est longue. Cependant, pour que les gens travaillent, il faut d’abord que des emplois se créent. De préférence ce qu’on appelle de bons emplois. C’est à dire des CDI à temps plein, ou à temps partiel non contraint. Or, dans ce domaine, la France fait pâle figure.

Une comparaison avec un pays équivalent, en termes de population, démographie, services publics et protection sociale, le Royaume-Uni, est édifiante. Le taux de chômage, bien sûr, avec 3,9 % en décembre 2018 au Royaume-Uni, pour 8,8 % en France. Et un taux d’activité de 75,1 % au Royaume-Uni, contre 66,1 % en France.

La France, son chômage, ses emplois précaires, ses travailleurs pauvres

Et ne parlons pas de la qualité des emplois. En France, plus de 40 % des personnes qui travaillent à temps partiel souhaitent travailler davantage (43,8 % en 2017, dernier chiffre disponible), contre 11,8 % au Royaume-Uni à la même période (chiffre qui inclut les emplois surnommés « zéro heure »). De plus, une particularité du marché du travail en France est l’importance des contrats intérimaires et à durée déterminée.

Selon l’INSEE, en 2018, l’emploi en CDD et l’intérim représentent 13,5 % de l’emploi salarié, dont 3 % pour l’intérim. Selon la DARES, les seuls CDD hors intérim représentent 12 % de l’emploi salarié. On peut retenir la fourchette 13-15 % comme une estimation. Au Royaume-Uni, le total des salariés en contrat temporaire représente en décembre 2018 5,6 % des salariés. Sachant que, d’après la DARES, 30 % des CDD ne durent qu’une seule journée, 40 % moins d’un mois, en 2017. Mais, dans les statistiques, ces emplois sont comptés comme des emplois normaux.

Ajoutons la problématique des travailleurs pauvres. Ainsi, la proportion de travailleurs pauvres en France s’élève à 7,1 %, selon l’OCDE, contre 3,7 % en Allemagne, ou 5,9 % au Royaume-Uni. La France est ainsi à la fois le pays du chômage, des emplois de mauvaise qualité, et des travailleurs pauvres.

En France, la réforme de l’assurance chômage passe avant le souci des créations d’emploi

Pourtant, les gens acceptent ces emplois. Ils cherchent du travail quand même. Alors, même s’il y a des excès, ou des profiteurs, ou, simplement, des personnes qui s’adaptent au système, peut-on vraiment accuser le système d’assurance chômage d’être la cause du chômage en France ? L’ordre des priorités ne serait-il pas de chercher d’abord à créer des emplois, et de bons emplois, puis de s’attaquer à l’assurance chômage ?

Dans de nombreux pays occidentaux le chômage a atteint un point bas. Royaume-Uni, Allemagne, USA, Australie, etc. Il se maintient à un taux bas dans un pays comme la Suisse. Ce sont des pays développés qu’on ne peut accuser de profiter d’une main-d’œuvre sous payée, et dont la population a accès à un système de soins performant, et bénéficie d’une retraite décente.

Évidemment, en France, s’inspirer des politiques réussies dans d’autres pays est incongru. Nous sommes la référence. On remarquera comme on parle peu des réussites en matière de diminution du chômage du Royaume-Uni ou de l’Allemagne dans l’Hexagone. Et quand on évoque les USA, c’est pour trouver des défauts à Trump. Cependant, lançons-nous dans cet exercice, pour saisir ce que la France pourrait retenir des politiques de ces pays qui ont vaincu  le chômage et dont les emplois sont de meilleure qualité qu’en France.

Comment faire diminuer le chômage en France ?

Bien sûr, le premier enseignement est que ces pays sont plus favorables aux entreprises. Business friendly, pour employer un anglicisme. Par exemple, dans ces pays, les prélèvements sur les entreprises sont inférieurs aux taux français. Ainsi, selon une étude COE-Rexecode, les prélèvements sur la production des entreprises s’élèvent à 27,9 % en France, contre 17,2 % en Allemagne. Dans le livre Emploi, le Royaume-Uni un modèle pour la France, Nathalie Droal, de l’Irdeme, constate le faible nombre de business angels en France par rapport au Royaume-Uni, en raison d’une fiscalité incitative au Royaume-Uni.

La réussite des pays contre le chômage repose sur des réglementations moins rigides, notamment en matière d’emploi.  Nathalie Droal souligne ainsi la flexibilité à l’embauche au Royaume-Uni. En Allemagne, ce sont les célèbres réformes Hartz qui ont relancé l’emploi. Aux USA, l’emploi est « at will« , avec la possibilité de se séparer d’un employé sans motiver une cause particulière, sous réserve de ne pas opérer de discrimination. Tandis que la France ajoute constamment des réglementations. Ainsi, l’IREF souligne que depuis l’élection de Macron, le Code du travail est passé de 3448 pages (édition 2017) à 3784 pages (édition 2019). Aucune simplification donc.

Le droit du travail est-il plus protecteur en France ? Au vu du niveau du chômage, et de la mauvaise qualité des emplois, il serait malvenu de prétendre que le droit du travail protège le salarié. De plus, une étude de l’IFRAP en 2007 montrait que 29 % des dépôts de bilans des entreprises étaient provoqués par le montant des indemnités de licenciement. Ces indemnités empêchent l’entreprise de faire face à des difficultés conjoncturelles.

Le marché du travail français est souvent décrit comme étant composé d’insiders et d’outsiders. Les insiders ont un CDI, les autres sont dans la précarité. On peut comprendre, vu le taux de chômage et la mauvaise qualité des emplois, que le licenciement soit un traumatisme pour les insiders. Et qu’ils s’accrochent à une réglementation qu’ils croient protectrice. Mais une réglementation plus favorable à l’emploi pourrait être mise en place pour les nouvelles embauches. Souvenons-nous par ailleurs que ce serait simplement revenir à l’époque des trente glorieuses et du plein emploi.

La flexibilité, monsieur Philippe, cela ne vous dit rien ?

Ce n’est pas la voie choisie par le gouvernement. Celui-ci choisit d’introduire encore plus de rigidité. Ce qui est illustré par la constante augmentation du nombre de pages du Code du travail. Ce qui se traduit aujourd’hui par une nouvelle augmentation du coût des contrats courts.

La mesure est surprenante. La multiplication des contrats courts, qui sont déjà soumis à des contraintes très rigides, et ont déjà un coût élevé, est provoquée par les contraintes qui pèsent sur le CDI. Ajouter des contraintes va encore plus inciter les entreprises à gérer au plus juste leurs effectifs.

Plus surprenant encore, les mesures contre les contrats courts ciblent notamment le secteur des cafés hôtels et restaurants. Un secteur qui embauche, où la problématique est de trouver du personnel.

Mais la France refuse de s’inspirer des politiques efficaces des autres pays. Elle aurait plutôt tendance à vouloir imposer ses politiques aux autres. Pourtant le pays va mal. Le gouvernement court après l’argent, la raison des changements au niveau de l’assurance chômage étant purement budgétaire. Pourtant, avec une vraie politique de l’emploi, qui s’inspirerait  des politiques réussies dans les pays développés, la France aurait davantage d’emplois. Et l’emploi lui fournirait des ressources budgétaires.

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  •  » le gouvernement court après l’argent « …..vous avez tapé là ou ça fait mal ; en France , on détruit des emplois , on emmerde les entrepreneurs , et on dépense à tout va l’argent des autres , pour ensuite faire à peu prés n’importe quoi dans le seul but de faire des économies de bout de chandelle ; mais il parait que tout va bien…….

    • claude henry de chasne
      24 juin 2019 at 7 h 34 min

      pour ceux qui vivent de l’impôt , tout va pour le mieux.. ils viennent encore de le prouver aux européennes et s’apprêtent a rejouer « enmarch » vers les subventions aux municipales

  • sans compter la version nouvelle de l’assurance vous cotisé selon vos revenus mais vous n’etes pas couvert en fonction
    un cadre avec emprunt logement peut vite se retrouver dans une situation intenable (=> nouvelle assurance chomage sur les prets à venir !!!)
    PS les cadres cotisent à hauteur de 42 % à l’assedic et tirent pour 15 % ce n’est pas forcement là qu’il faut réduire pour équilibrer le système car risque de faire sauter la solidarité de la société civile

    • Franchement, se retrouver au chomage a 5000€/mois n incite pas a retrouver du travail. Surtout si celui ci serait moins payé que le precedent poste voir meme que l allocation chomage

      De plus le role du contribuable est il de permettre au chomeur de se constituer un capital immobilier en remboursant a sa place les emprunts ? Surtout que les banques proposent une assurance chomage pour leurs prets (mais je reconnais que c est mieux de taxer le voisin que de payer soi meme)

      La meilleure solution serait un assurance chomage de base dont le montant serait inferieur au smic (comme ca reprise du travail = gain). Les economies feraient baisser les cotisations sociales.
      Apres libre aux gens de prendre une assurance complementaire privee si ca leur chante

      • claude henry de chasne
        24 juin 2019 at 10 h 01 min

        çà depend

      • Oui dans ce cas ce serait valable, mais dans le cas présent le souci principal est la déconnexion entre cotisation (prélèvement) et couverture assurantielle lorsque l’on en a besoin.
        Il me semble que dans le privé, on choisi son degré de couverture et on paye en fonction…

        Les prochaines étapes seront la même chose pour la sécu, la retraite… Puis les cadres s’en iront.

        • Eh oui, mais en France on n’aime que les pauvres, on ne veut pas de ceux qui réussissent, la réussite c’est mal, beurk.
          Le pays sera bientôt comme les villes : vous préférez vivre à St-Denis ou à Neuilly, quartiers Nord de Marseille ou Menton ? Ben voilà, bientôt ce sera : vous préférez vivre en France ou au Royaume-Uni ?

      • La petite bête
        24 juin 2019 at 11 h 04 min

        L’incitation à retrouver du travail est aussi (et peut-être surtout) une question de mentalité, pas seulement de niveau d’indemnisation.

        • Peut-être. C’est pourquoi la collectivité ne devrait pas s’en mêler, juste empêcher ceux qui n’en ont pas de crever de faim et laisser les autres s’assurer dans un véritable système d’assurances où les primes sont proportionnées au risque couvert.

      • « le role du contribuable est il de permettre au chomeur de se constituer un capital immobilier en remboursant a sa place les emprunts ? »
        Ah bon ? Parce que lorsque vous prenez une assurance « chômage », c’est « le contribuable » qui paie ?
        N’importe nawak. Et le reste n’est pas loin…

        • en France vous ne prenez pas une assurance mais comme salarie on vous FORCE a cotiser. A partir du moment ou vou sn avez pas le choix, c est bien un impot (meme si ca s appelle cotisation sociale). Et si vous payez des impots, vous etes un contribuable

          Cerise sur le gateau, comme le Systeme est deficitaire depuis des lustres, c est au final l Etat (et donc la le contribuable francais) qui va payer

          Et on peut quand meme bien se demander si c est le role du contribuable de payer pour que des gens puissent se constituer un patrimoine. Si j achete des actions a credit et que je me fais virer, trouveriez vous normal que ca soit des taxes qui remboursent mon credit afin que je garde mes actions ???
          Pourquoi ca serait different pour un tas de parpaings ?

          • Ne vous inquiétez pas pour les gros salaires, ils n’ont pas besoin de vous pour se constituer un patrimoine, comme ils n’ont pas eu besoin de vous pour gagner un salaire leur permettant de toucher 5000€ au chômage.
            Ah la la, cette perpétuelle haine du riche qui empêche les neurones de fonctionner normalement ! Non, un riche ne vous a rien volé. C’est rageant de voir les autres réussir et pas soi, je comprends, mais c’est ainsi. Ne vous en faites pas, ceux qui touchent 5000€ au chômage n’y restent que quelques mois (et ce ne sont pas des intermittents du travail euh du spectacle, pardon)

      • @cdg Apparemment vous ne savez pas que les cadres sont rarement au chômage, et très peu de temps. De plus, s’ils touchent 5000€ au chômage, c’est qu’ils en gagnaient davantage en travaillant. Donc oui, ils sont incités à retrouver un emploi pour conserver le niveau de vie qu’ils ont bâti (avec leur sueur, pas la vôtre).
        Ne raisonnez pas en fonction de votre vie, mais avec justice… sociale… aussi pour ceux qui ont réussi (et font la richesse de l’unedic, largement plus que les petits salaires)

  • Nous avons choisi : contrairement aux allemands, un SMIC (et des aides multiples) qui éloigne de l’emploi, car trop lourd charges incluses pour les petites entreprises et confortable pour les bénéficiaires, qui complètent avec des jobs souterrains. Nous sommes là aussi dans les derniers au classement européen, une habitude direz-vous… L’État se gausse de vouloir résorber le chômage alors qu’il n’a pas la main sur l’économie et qu’il ne sait que taxer et réglementer, bref bloquer l’activité. On devrait encore faire semblant de s’étonner du résultat ? La solution, on la connaît, stopper l’assistanat abusif, mais quel politicien acheteur de voix en aurait le courage ?

  • La petite bête
    24 juin 2019 at 9 h 10 min

    La gauche lutte contre les effets du chômage par un traitement social.
    La droite lutte contre le nombre de chômeurs en durcissant les conditions d’accès.
    M. « en même temps » durcit les conditions d’accès, mais pénalise les cadres (sales riches!) qui coûtent oeu à Pôle Emploi tout en cotisant beaucoup, et ne touche pas aux intermittents (qui coûtent un pognon de dingue).
    Et en effet, jamais personne pour lever les freins à l’emploi.
    Macron se contente d’aligner des mesures pour plaire tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt les jeunes, tantôt les vieux, tantôt le privé, tantôt le public, tantôt les riches, tantôt les pauvres pour assurer sa réélection.
    La segmentation électorale est sa seule vision politique, 2022 son seul horizon. En attendant une hypothétique présidence de l’UE que ses mentors lui ont promise.

  • M’ enfin aussi le patronat se laisse faire, ce n’ est pas que la classe politique en France qui est la plus conne du monde.

  • Une idee en passant :
    Pourquoi autant de chomeurs en france ?
    Simple ,il n’y a pas assez de fonctionnaires . avec tout le fric vole par l’etat il devrait pourvoir en employer des millions supplémentaires ..mais où va donc tout cet argent ?

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