Des comptes sociaux étrangement « flottants »

Les indicateurs économiques de la protection sociale sont dans le rouge. Devez-vous encore faire confiance en la Sécu ?

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titanic credits Eric Constantineau (CC BY-NC 2.0)

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Des comptes sociaux étrangement « flottants »

Publié le 20 juin 2019
- A +

Par Thierry Benne.
Un article de l’Iref-Europe

Les « comptes sociaux flottants » concernent les comptes de la protection sociale. Rien d’étonnant à vrai dire puisque, selon les derniers Tableaux de l’Économie Française de l’INSEE (avril 2019), à elle seule, cette protection absorbe avec 728 milliards d’euros en 2017 nettement plus de la moitié de la dépense publique totale, soit quelque 1294 milliards d’euros.

À tout seigneur, tout honneur : avec 335 milliards d’euros, les comptes des retraites accaparent un peu plus du quart de la dépense publique et près de la moitié (46 %) de la protection sociale ; et leurs fluctuations chaotiques, tout comme les écarts enregistrés sur leurs prévisions contradictoires, mobilisent couramment plusieurs dizaines de milliards d’euros. Tel le brusque réveil d’un volcan, les comptes de l’assurance-vieillesse qu’on nous vendait quasiment en équilibre avant le scrutin européen viennent tout juste après son dépouillement d’entrer subitement en éruption avec des creux impressionnants et inquiétants.

Alerte rouge sur l’assurance-maladie

Viennent ensuite, avec inévitablement une amplitude moindre puisqu’ils ne cumulent que quelque 206 milliards, les comptes de l’assurance-maladie qui font également selon la date à laquelle ils sont évalués — ou fournis — preuve d’une agilité surprenante. C’est ainsi que l’on vient de les voir retomber inéluctablement en alerte rouge, à peine quelques semaines après que le gouvernement se soit bruyamment félicité de leur prompt rétablissement grâce à l’énergie et à l’efficacité de son action.

Dernier membre du trio — et en quelque sorte le petit poucet, avec ses 41 milliards d’euros — l’assurance-chômage, encore sous la coupe des partenaires sociaux, connaît de moindres fluctuations, mais là aussi les chiffres ont une curieuse tendance à s’emballer à l’approche des réformes, même si le ruineux régime des intermittents du spectacle (où l’on chôme à la carte) continue imperturbablement, au vu et au su de tous, à creuser efficacement le déficit annuel.

Certes, ces flux et ces reflux incessants ne cessent d’étonner les professionnels d’une comptabilité plus traditionnelle restés fidèles dans le cadre de la partie double et des principes comptables à une certaine déontologie et à une cohérence affirmée des chiffres. Au fur et à mesure des publications plus imprévisibles les unes que les autres, ils réalisent en effet que chacune des trois catégories de comptes sociaux précitées pourrait utilement revendiquer la fière devise de Paris : « fluctuat, nec mergitur », car c’est vrai qu’à l’instar de la nef de la capitale et indépendamment de l’équipe à la barre, ces comptes flottent sans jamais sombrer.

Un calendrier des bilans ?

Tout le pays est en effet habitué à l’alternance rapprochée de ces publications rassurantes pour peu qu’on se trouve à l’approche d’une échéance électorale importante et qui deviennent brusquement alarmantes une fois le scrutin passé. On a vraiment l’impression que la réalité comptable importe peu ou qu’elle est hautement flexible, comme si la plus ardente des priorités était de fournir aux politiques les chiffres qu’il faut au moment qu’il faut. Suivront, bien sûr, pour justifier ces écarts, des tonnes d’explications dont on n’est même pas certain qu’elles convainquent vraiment ceux qui les fournissent.

Le Conseil d’Orientation des Retraites s’est notamment illustré depuis plusieurs années par une série quasiment ininterrompue de volte-face statistiques et prévisionnelles. C’est ainsi que, peu à peu et à côté de la comptabilité traditionnelle, s’est forgée subtilement dans le domaine de la protection sociale une sorte de « comptabilité événementielle » où la clôture des exercices compte infiniment moins que l’inévitable alternance des périodes pré- et post-électorales ou de réforme. Ces dernières marquent une concordance des temps encore un peu plus scandée, lorsque le chiffre qu’il faut sort — souvent avec le concours providentiel de la Cour des comptes, de l’Inspection des Finances ou encore comme tout récemment du Conseil d’Orientation des Retraites — juste à temps pour conforter la volonté du pouvoir d’imposer tel ou tel changement généralement guère populaire.

Ces incessantes manipulations de comptes ne trompent plus que ceux qui s’y complaisent ou tous les médias qui les colportent sans jamais s’interroger sur le pourquoi et le comment de ces brusques changements.

À l’inverse de tous ses confrères, le comptable en comptes sociaux n’a manifestement pas, ou pas toujours, les moyens de fournir de manière permanente une image fidèle et loyale de la réalité économique du moment, mais on sent combien pèsent sur lui d’autres impératifs plus prégnants et dont, pour d’autres, l’enjeu est la conquête ou la conservation du pouvoir via la communication. Or, cela fait déjà des décennies qu’à force d’être constamment manipulés dans un sens, puis dans l’autre (chaque majorité dénonçant à loisir les turpitudes de la précédente, avant de devenir elle-même la cible de la suivante), les comptes de la protection sociale ne veulent plus dire grand-chose.

Winston Churchill prétendait qu’en dehors des statistiques qu’il trafiquait lui-même, il n’accordait aucune foi aux autres chiffres qu’on lui proposait. Pour beaucoup trop de chiffres sociaux, force est de regretter qu’on n’est sans doute malheureusement pas très loin de ce cynisme en France. Le courage de l’aveu en moins !

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  • assimiler les retraites a de la protection sociale est une erreur..
    les retraites sont et doivent rester des salaires différés..
    la retraite de a secu est donnée a tout e monde ceux qui n’ont jamais cotisés se retrouvent avec une retraite inférieure de 200 euros avec ceux qui ont cotisé 41 ans au SMIC.. forcement çà creuse et çà c’est du social

    Chez les cadres on acquiert des points qui nous donnent des droits en fonction du nombre de points qu’on a acquis.. et là
    is sont en train de magouiller pour payer es fonctionnaires avec
    car ceux la ne cotisent que pour 1/3 de leurs prestations lereste est payé par l’impôt..
    en clair hollande embauche 30 000 fonctionnaires en 2015 et ces 30 000 retraites seront payés par les contribuables de 2050..

    le voila le probleme

    • Bonjour CHDC
      Plutôt que de s’arc-bouter sur le système actuel (basé sur la contrainte), militez pour un système mixte avec un régime de base étatique (solidaire), minimum vieillesse (806€ actuellement), et liberté pour le reste à chacun de mettre de l’argent de coté.
      La période de transition ne sera pas indolore pour les retraités actuels, on peut imaginer de lisser dans le temps celle-ci, pour laisser à chacun le temps de se retourner.

      • j’adhère avec le concept , une retraite ‘sociale » pour tous de 800 euros meme dé corrélée des cotisations (ce qui est le cas aujourd’hui)
        et pour le reste systeme de retraite par capitalisation.libre de taxes
        je probleme c’est que ceci ne peut pas effacer la dette de l’etat et des caisses qui ont perçues les cotisations des retraités actuels..qui ont payé pour les grands parents
        çà se comprend..un contrat reste un contrat..
        parce que par définition un retraité ne sait pas se « retourner », ou bien il faudrait concevoir que les enfants des retraités actuels
        versent une  » pension » pour leurs parents et leurs grands parents ou les prennent a leur charge..
        essayez donc d’ale vous faire élire avec çà

        • Il faut aussi relativiser l’effort de certaines branches (dont privées) qui permettaient à ses cotisants de racheter à vils prix (prix d’amis) des années de cotisations, avec double cadeau, fiscal et rendements imbattables (intenables), tout cela avec la triple complicité des syndicats, de l’état, des employeurs; on paiera plus tard.
          Une période de transition se fera, de gré ou de force, et je pense que les retraités on tout à y gagner (moins à y perdre), sinon ils perdront TOUTE leur retraite et TOUTE leur assurance vie.
          Après se faire élire sur ce programme, c’est pas gagné ;).

          • ben pour les retraites a points , i n’y a pas d’années de cotisations qui comptent

            • Humm.. on peut racheter des trimestres (régime de base) ou des points (régime complémentaires), la distinction est superficielle. Le rachat étant en général intéressant et décorrélé de toutes notion de soutenabilité. Sans parler de la déduction fiscale sur la tranche supérieure.
              Certaines générations se sont gavés en parlant vulgaire.

    • @claude
      Non les retraites ne sont pas des salaires differes. Dans un Systeme par Repartition comme nous avons, les retraites paye ce mois ci le sont en prelevant des taxes sur les actifs du meme mois.
      C est comme ca que les premiers retraités apres guerre ont pu toucher quelque chose: ils n ont evidement pas cotisé mais les actifs de l epoque payaient pour eux

      A l origine, la retraite c etait donner de l argent a des vieux qui ne POUVAIENT plus travailler (car trop vieux) afin qu ils ne sombrent pas dans la misere. Ils ne touchaient pas grand chose et ca ne durait pas longtemps (car malade).
      Le Systeme a muté pour devenir ce qu on connait aujourd hui: des gens parti a la retraite en pleine forme avant 60 ans, qui vont vivre 30 ans avec un niveau de vie superieur a celui des actifs (qui pourtant les entretiennent). Evidement ca ne peut pas etre viable sur le long terme

      PS: il ne faut pas oublier l impact de la Demographie: entre 2003 et 2018 le nombre retraite a augmente de … 40 % ! (de 10 a 14 Millons) : https://www.statistiques-recherches.cnav.fr/retraites-en-paiement-au-31-decembre.html
      Et le montant moyen des pension a aussi augmente (les veuves vivant chichement de la pension de Reversion du mari decedent et sont remplace par des baby boomers aux pensions elevees)

      • c’est peut etre vrai en ce qui concerne la retraite de la securité sociale..
        en ce qui concerne les caisses de cadre , ce sont des « points » acquis par les cotisants et employeurs qui ont un prix de marché..
        je veux dire que on peut en  » acheter » comme des obligation ou des actions et ce en franchise fiscale.. c’est donc bien une valeur personnelle de l’adhérent qui n’a rien a voir avec la solidarité nationale.. et çà reste un « placement » financé par l’adhérent et l’employeur ce qui lui confère la propriété d’être un salaire différé

        • @claude
          vous parlez de l agric je suppose ?
          c est le meme principe que la retraite de base (d ailleurs l agric a fusionne avec une caisse non cadre) : c est les cotisants actuels qui paient pour les pensions versées aujourd hui

          Le fait de pouvoir acheter de spoinst de retraite est juste un truc qu ils ont inventé pour faire rentrer plus d argent (a terme c ets evidement pas rentable puisqu il faut payer plus mais sur le coup c est une rentree d argent. dans le meme genre que la soulte qu a paye EDF sous Sarkozy pour que l Etat paie la retraite de ses agents (https://www.la-croix.com/Actualite/Economie-Entreprises/Economie/RATP-EDF-Des-retraites-intouchables-_NG_-2005-10-20-510996) : mauvaise affaire a long terme mais rentree d argent a court terme

      • le probleme reste la retraite des fonctionnaires qui n’est pas financés pendant leur carrière ,mais par l’impôt futur..
        un fonctionnaire embauché aujourd’hui sera la la charge du contribuable dans 42 ans avec le budget en cours a cette date puisque rien n’est provisionné

        • Par définition tout le salaire du fonctionnaire, immédiat comme différé est financé par l’impôt présent ou futur.
          Et comme le futur ne saurait être garanti, la retraite conserve le statut de voeu pieux.
          A ma connaissance elle n’apparaît même pas au passif dans la comptabilité publique, aveu que rien n’est dû.

          • Ce passif n’apparait nul part, il y en a d’autres, c’et la partie immergé, de la dette officielle. Cerise sur la tete du fonctionnaire le niveau de pension a salaire égal sur une carrière et de 20 a 25 % supérieur a celui du privé voir plus , si pluri-pensionné et ayant connu du chômage, etc .

  • * ce matin, Charles Sannat nous explique : 1,7 actif cotisant par retraité… C’est le terrible chiffre officiel ==> Préparez votre retraite, car les taux de remplacements seront de plus en plus faibles. Le gouvernement va passer le curseur à 64 ans, puis ce sera 66, puis cela se terminera à 70 ans… Ce rapport a tendance aujourd’hui à se dégrader : selon le Conseil d’Orientation des Retraites (COR), il faudra compter environ 1,5 actif cotisant par retraité en 2040. Cette dégradation s’explique principalement par l’allongement de l’espérance de vie, à laquelle s’ajoute une baisse de la natalité et du solde migratoire »… Nous nous dirigeons vers des retraites « peau de chagrin » dans le futur.. Aux USA aux inégalités criantes actuellement, qui n’est plus l’eldorado d’antan sauf pour les naïfs ; la faillite des fonds de pension fait que 250000 citoyens continuent à bosser à l’age de 85 ans… https://www.businessbourse.com/2019/06/19/le-terrible-chiffre-de-la-faillite-17-actif-cotisant-par-retraite/
    http://www.rfi.fr/ameriques/20180707-etats-unis-nombre-travailleurs-ages-plus-85-ans-atteint-record
    http://www.rfi.fr/ameriques/20180707-etats-unis-nombre-travailleurs-ages-plus-85-ans-atteint-record
    * Une autre menace pèse sur les épargnants qui ont misé sur 1 assurance-vie ( insaisissable même par des créanciers jadis) depuis cet article 21 bis de la loi Sapin 2 ..où ce filet de protection leur a été ôté en cas de krak vu la Dette grandissante de notre Etat… Pour ceux qui veulent encore épargner utile ; Von Greyerz nous dit que vu les incertitudes des marchés, le moment est venu d’acheter une protection sous forme d’or et d’argent physique. C’est probablement la dernière chance de souscrire une assurance qui non seulement garantira le remboursement du capital, mais qui est aussi susceptible de générer un rendement sécurisé .
    https://www.businessbourse.com/2019/06/19/egon-von-greyerz-afin-deviter-la-future-panique-sur-les-marches-il-est-temps-dacheter-une-protection-sous-forme-dor-et-dargent-physique/

    • Vous savez bien que, le moment venu, l’or physique sera confisqué et ses détenteurs seront condamnés pour trahison. Comme du temps de Roosevelt.

  • Des changements récents, et le trou qui se creuse inexorablement font que l’on doit revoir la définition de « Comptes sociaux »,
    C’est l’exécutif qui décide directement aujourd’hui de tout : Indemnités de chômages, (Cadres, intermittence) , remboursement des médocs, (Homéopathie), tout, absolument tout est maintenant entre les mains du premier ministre, et du budget dérivant de l’état. Il n’y a plus aucune cloisons étanches dans les soutes du navire France, farci de voie d’eau !

  • L’État au travers des taxes et impôts divers se sucre à plus de 50% sur la santé. CQFD

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