Qui construit les routes ? Les libertariens ont d’autres chats à fouetter

De nombreux libertariens sont en profond désaccord avec l’Union européenne, mais aucun d’entre eux ne voudrait vivre dans le monde dont rêvent des politiciens comme Orban, Salvini ou Le Pen. OPINION

Par Evangelos Andreou.

Chaque conversation avec les libertariens mènera à un moment ou à un autre aux mêmes sujets : l’impôt est-il un vol ? Qui va construire les routes ? Toutes les drogues devraient-elles être légalisées ? Alors que des événements épouvantables se produisent dans le monde, nombreux sont ceux qui se disputent pour savoir qui est le libertarien le plus authentique et qui aime le plus la liberté.

Soyons sérieux : après les élections européennes, nous ne pouvons pas prétendre qu’il ne se passe rien, et que notre plus grande menace en tant que libéraux est que l’État-providence nous conduise à l’esclavage. Plutôt que de nous plaindre du degré de socialisme de l’ADLE, nous avons des problèmes beaucoup plus graves qui mettent en péril la liberté humaine en Europe.

Les plus grands accomplissements européens sont en danger

La plus grande menace à l’heure actuelle est la formation d’une alliance d’extrême droite qui veut détruire tout ce qui a été réalisé pendant toutes ces années dans l’UE ; quand je parle de réalisations, je parle de paix et de libre-échange dans un continent qui a connu les crimes les plus mortels de l’histoire humaine.  

De nombreux libertariens sont en profond désaccord avec l’UE, mais je pense qu’aucun d’entre eux ne voudrait vivre dans le monde dont rêvent des politiciens comme Orban, Salvini ou Le Pen. Alors que le spectre de la Russie hante l’Europe et que le Kremlin semble avoir des liens avec tous ces partis, qu’est-ce qui ne va donc pas avec ceux-ci ?

En Hongrie, Viktor Orban évoque ouvertement une démocratie antilibérale et a adopté des lois qui restreignent le droit à la liberté d’expression. Il a également supprimé une grande partie de l’appareil judiciaire en promulguant une loi qui a été déclarée illégale par la Cour constitutionnelle de Hongrie et la Cour de justice de l’UE.

Il en va de même en Pologne où le parti au pouvoir, le PiS, n’a pas caché son ambition de « construire un Budapest à Varsovie » ; de fait, depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2015, il a fortement renforcé son contrôle du pouvoir judiciaire.

La Hongrie et la Pologne, qui étaient considérées comme des succès économiques post-communistes, se sont toutes deux écartées des principes du libre-marché et ont adopté à la place une approche de politique économique interventionniste particulièrement musclée. Plus important encore, il s’agit de deux régimes hybrides au sein de l’Union européenne, plus proches des régimes turc ou russe que des démocraties libérales.

Bien que Salvini et Le Pen n’aient pas ouvertement exprimé d’opinion contre la démocratie libérale, ils partagent la même haine pour la libre circulation des biens et des personnes avec Orban. Salvini, qui a récemment exprimé son souhait d’infliger des amendes aux bateaux de sauvetage des migrants, s’est entretenu avec Orban pour rejoindre son alliance politique au Parlement européen, après la suspension de Fidesz du PPE.

Que devraient donc faire les libertariens ?

Beaucoup d’entre nous tiennent la liberté et la paix pour acquises, parce que nous sommes nés dans une génération où nous n’avons jamais rien connu de proche de la guerre dans notre pays. Quatre-vingts ans après l’occupation de la Grèce par la Puissance de l’Axe, j’ai l’occasion de visiter mes amis en Allemagne et en Italie en paix. Il n’y a rien de plus merveilleux et c’est grâce à l’Union européenne, un projet pour la prospérité et l’amitié.

Je suis d’accord avec presque toutes les objections que les libertariens soulèvent contre l’UE, mais il n’y a pas de perspective libertarienne en dehors de l’Union et surtout, cette perspective n’est pas exprimée par des politiciens comme Viktor Orban ou Marine Le Pen. Comme Milton Friedman l’a dit lorsqu’il a voulu condamner les utopistes libéraux comme Murray Rothbard :  » La différence entre moi et des gens comme Murray Rothbard est que, même si je veux connaitre mon idéal, je pense que je dois aussi être prêt à discuter des changements qui sont moins qu’idéaux, du moment qu’ils me pointent dans cette direction. « 


Cet article est un billet d’opinion qui reflète uniquement l’opinion de son auteur. Il a été traduit de l’anglais et a été publié en premier sur Speak Freely

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