Hongrie : La démocratie libérale est morte

Viktor Orban credits EPP (licence creative commons)

Une cour constitutionnelle biaisée, un État collectiviste et le culte de la personnalité autour du premier ministre ont achevé l’État de droit en Hongrie.

Par Zoltán Kész et Máté Hajba [*], depuis la Hongrie

Viktor Orban credits EPP (licence creative commons)Il n’est pas exagéré d’affirmer que la démocratie libérale s’est éteinte en Hongrie. Le Premier ministre Viktor Orban l’a dit. Il est bien placé pour le savoir, puisqu’il a asséné deux énormes coups à la démocratie récemment.

La semaine dernière a commencé par une décision de la Cour constitutionnelle (CC) que tout le monde attendait. La CC était notre dernier contrepouvoir dans le pays. Nous étions optimistes, mais ce fut en vain. Le tribunal a craché sur la démocratie quant au système d’élections municipales de la capitale hongroise, Budapest.

Déception constitutionnelle

De nouvelles lois ont modifié les élections au Conseil municipal de Budapest. La nouvelle méthode, qui remplace celle mise en œuvre par le Fidesz en 2010, montre que le parti est prêt à changer complètement ses propres lois si les conditions sont favorables et si le changement peut lui amener du pouvoir. Les membres de l’opposition au sein du parlement affirment que les nouvelles lois violent la constitution que le Fidesz a lui-même implémentée.

Le conseil municipal actuel a été élu par un scrutin de liste, et le nombre de membres est proportionnel à la population : un pour 50 000 citoyens. Dans le cadre du nouveau système, le conseil sera composé de 33 membres : le maire de Budapest, les maires des 23 quartiers de la ville, et neuf membres choisis à travers une liste de compensation, dans laquelle les candidats qui n’ont pas gagné de district partagent leurs votes de façon proportionnelle à la population de leurs quartiers.

Le CC a annulé l’élément de proportionnalité, en disant que certains votes n’auraient pas la même valeur que d’autres voix, violant ainsi la règle de l’égalité. Mais la décision ne fait que modifier la loi. Elle ne l’abolit pas. Le fait qu’il y ait encore beaucoup de doutes quant à savoir si la loi est constitutionnelle parait évident lorsqu’on regarde les votes des juges de la CC. Le tribunal était divisé, à 8 contre 7, avec son président dans la minorité s’opposant à l’idée que la loi est constitutionnelle.

La principale raison pour laquelle beaucoup s’opposent à la loi est qu’elle interdit la tenue d’élections libres pour le Conseil. Dans le système précédent les gens votaient directement pour leurs conseillers ; maintenant ils ne votent que pour les maires de leurs circonscriptions, qui deviennent à leur tour automatiquement majoritaires. Les électeurs n’ont rien à dire si les maires des districts sont aussi leurs propres conseillers municipaux.

Le Fidesz a modifié la loi à la hâte juste deux mois avant les élections. Il peut prendre des décisions aussi rapidement car il dispose de la majorité absolue au parlement. Les changements assurent au Fidesz plus de sièges au conseil de la ville que dans la loi précédente, car la plupart des 23 districts éliront presque certainement des membres du Fidesz en tant que maire.

Ce ne sont pas les seuls changements que le Fidesz a fait pour améliorer ses chances aux élections. Avant les élections législatives d’avril, le parti a redessiné les circonscriptions électorales en faveur de leurs propres candidats.

La Hongrie, État illibéral

Peu de temps après que le CC ait enfoncé le dernier clou dans le cercueil de la démocratie, le travail était fini. Dans un discours prononcé en Transylvanie, Roumanie (où vit une grande communauté de Hongrois de souche), le Premier ministre Orban, dont le gouvernement détient une majorité de deux tiers au parlement, franchit un nouveau cap alarmant en déclarant : « La nation hongroise n’est pas seulement une agrégation d’individus, mais une communauté qui doit être organisée, renforcée et construite. En ce sens, le nouvel État que nous construisons en Hongrie est un État illibéral, et pas libéral. » Le Premier ministre a exprimé son intention d’abolir l’État-providence et de le remplacer par un système basé sur le travail. Néanmoins, l’État-providence est en plein essor. Quant aux promesses d’un système basé sur le travail, Orban veut probablement un marché contrôlé par l’État dans lequel la valeur du travail n’est pas déterminée par l’offre et la demande mais plutôt par l’État.

Orban a également condamné les organisations non gouvernementales sous prétexte d’avoir tenté d’influencer la Hongrie au nom de l’Occident, en particulier les États-Unis. C’est peut-être la raison pour laquelle le gouvernement Orban a harcelé les institutions de la société civile hongroise. Le meilleur exemple de ce harcèlement est l’examen scandaleux des bénéficiaires de subventions norvégiennes en Hongrie par des organismes de l’État au motif qu’ils servent des intérêts étrangers. (Les subventions norvégiennes sont des contributions financières faites par la Norvège aux pays moins avancés dans le cadre de l’accord pour mettre en place l’Espace économique européen, qui se compose des membres de l’UE ainsi que l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège.)
Fait révélateur, Orban a souligné qu’aux États-Unis le président peut être destitué par l’opposition pour avoir enfreint la loi, et il a demandé : « Combien de temps pensez-vous que je resterais en puissance si la même chose était possible en Hongrie ? »

La décision de la cour et le discours de M. Orban sont des signes clairs qu’une nouvelle dictature apparait en Europe centrale. La disparition de l’État de droit par le fait d’une Cour Constitutionnelle constamment biaisée, la proclamation d’un État antilibéral collectiviste ainsi que le culte de la personnalité autour du Premier ministre rappellent certains pays durant la période précédant la Seconde Guerre mondiale. Allons-nous tous rester silencieux ?

Zoltán Kész est le co-fondateur de la Free Market Foundation en Hongrie. Máté Hajba est le président de la Free Market Foundation et co-fondateur du groupe estudiantin Eötvös Club.

Article original publié par Atlas One. Traduction Mathieu Bédard.