Mortal Kombat 11 : la lutte autour du corps des femmes

Les créateurs de Mortal Kombat 11 ont sacrifié ce qui en a fait le succès pour faire plaisir à la pression sociale voulant masquer et enlaidir le corps féminin.

Par Dern.

Le véritable champ de bataille du dernier Mortal kombat est passé du ring aux bouts de tissus que portent les femmes du jeu.

Mortal Kombat est et demeure un des jeux de combat les plus emblématiques de l’histoire. Le jeu est né en 1992, en concurrent direct de Street Fighter, mais dans une version largement plus violente, à tel point que des associations ont dénoncé sa présence dans les salles de jeux d’arcades de l’époque.

De la violence, des beaux gosses et re-de la violence

Car s’il existe une histoire à Mortal Kombat, elle n’a aucune importance. Le but de ce jeu est d’enchaîner des combos et de voir les héros, des hommes ultra bodybuildés ou des femmes aux mensurations délirantes, se mettre des highkick et cracher le sang sur fond de bruits étranges.

Le kitsch fait partie intégrante de l’ambiance de ce jeu. Irréaliste au possible, Mortal Kombat n’a jamais eu d’autre vocation qu’un ludisme effréné dans lequel tous les personnages joués sont des caricatures.

À l’origine, les personnages féminins comme masculins incarnent de manière outrancière les clichés ultra stéréotypés que l’on a en tête pour chaque genre : les bras comme des poteaux, le torse huilé, les traits durs et des cicatrices pour ces messieurs ; la taille fine, la poitrine très prononcée, les traits néoténiques et une chevelure de rêve pour ces dames. Et très peu de vêtements pour tout ce petit monde, parce que ce serait dommage de gâcher le tableau.

On n’y vient pas pour une réflexion philosophique sur la vie, et encore moins pour prendre une leçon de morale.

Au vu de cette perspective, la dernière mouture du jeu devient pour le moins déstabilisante.

Le créateur assume

Dans sa onzième version sortie le 23 avril dernier, le jeu met en scène des femmes que les joueurs ont très vite catégorisées comme… moches. Les visages ne sont plus aussi gracieux, les cheveux sont courts, les costumes couvrent tout le corps, et les mensurations redeviennent dans l’ordre du réaliste.

Steve Beran, directeur du studio NetherRealms et réalisateur du jeu, commente :

« Notre design devient plus mature et plus respectueux. Vous n’allez pas porter un bikini pour un combat. Vous n’allez pas montrer autant de peau. […] C’est particulièrement vrai pour les combattants féminins. »

Ils prennent donc fait et cause pour davantage de réalisme dans leur approche des vêtements.

Parce que ce type de tenue profilée est particulièrement seyante quand UN HOMME combat, bien sûr.

La Ligue des Coincés

Personne n’aurait intérêt à planter à ce point l’une des raisons du succès de son jeu si ce n’était pour faire plaisir à la nouvelle doxa du Camp du Bien, la ligue des coincés et des gâteux perdus dans leur indigence satisfaite et leurs délires d’oppression.

Le corps des femmes est donc devenu le nouveau terrain de lutte idéologique des puritains modernes. De la part des héritiers de mai 68, ça porte à sourire. Le courant originellement porté sur la libération sexuelle a transité vers la libération sexuelle des femmes pour finir par une guerre des sexes. Là où en mai 68, on prônait la mini jupe, cinquante ans plus tard, on mesure les mètres carrés de tissus, tels des dragons de Vertu.

En l’an de laideur 2019, la beauté ou la capacité à attirer l’autre sexe est un motif de honte publique. Il est bon d’assumer son corps… tant qu’on ne correspond pas aux critères de beauté classique. Il faut dire que la Team Progrès a du retard à rattraper : les conservateurs (sur le plan moral) sont scientifiquement plus attrayants que le Camp du Bien. Alors il faut faire de la discrimination positive, pourquoi pas un impôt sur la beauté ? Après tout, il existe bien un privilège à la beauté, alors on pourrait peut être le taxer…

En attendant, « assume ton corps et libère toi, SAUF si tu es plus jolie que moi » semble être la ligne de conduite des nouveaux puritains.

Le socialisme fait des ravages, n’y touchez pas

 

« Cachez cette beauté que je ne saurais voir ! » crient-ils tels des Tartuffes modernes. On pourra prendre comme autre exemple de cette censure le foin qu’avaient fait les associations féministes concernant la superbe publicité montrant un non moins superbe postérieur de dame voilé d’une superbe pièce de lingerie. Horreur, flibusterie, mille tonnerres ! Le pays qui a donné le marquis de Sade ne supporte plus la vue du corps d’une femme. Les demandes de retrait de cette affiche ont littéralement déferlé sur les réseaux sociaux. Sous la pression, les galeries Lafayette, de front avec leur annonceur, mirent au placard cette magnifique ode à la sensualité.

La beauté, indépassable ?

De nos jours, la beauté du corps féminin n’est acceptée que si elle est « réaliste », selon le terme en vogue. Il faut se montrer sans apprêt, et surtout sans effort : on considère comme courageux et « beau » de ne pas s’épiler, ne pas prendre soin de son poids, d’ assumer son sang menstruel ou même son crâne rasé, là où toutes les cultures traditionnelles considèrent les cheveux des femmes comme un critère objectif de beauté.

Pourquoi considère-t-on les personnes comme belles ou laides ? Ce qui est recherché de manière biologique, instinctive, sont les gènes indiquant une meilleure capacité de reproduction, et donc des caractéristiques sexuelles secondaires marquées (hanches, poitrine etc. pour une femme, voix grave, musculature, épaules etc. pour un homme). Ce ne sont que des généralités et les normes de beauté varient légèrement par rapport à ces critères, et les goûts et les couleurs, hein m’dame, chacun les siens.

Si se détacher de la biologie pure est à la discrétion de chacun, il doit être tout aussi acceptable de s’y référer, et même de le mettre en avant ainsi que l’a fait Mortal Kombat jusqu’alors.

Et d’autant plus dans un type de jeu totalement primal : Mortal Kombat est kitsch, et assume de ne pas se prendre au sérieux. Son but est la violence, qui sollicite le cerveau reptilien, le même cerveau qui en appelle aux fameux critères biologiques pour estimer l’attractivité. Le jeu se base tout entier sur les circuits de domination et de récompense. Les créateurs ont sacrifié ce qui en a fait le succès pour faire plaisir à la pression sociale voulant masquer et enlaidir le corps féminin. Contrôle du corps des femmes et ultra violence : ont-ils fait une étude de marché chez Daesh ?

L’homme de compagnie

Aujourd’hui, on n’a plus besoin d’être beau pour être beau. Seuls suffisent les gènes féminins, le chromosome béni par les saintes et irréfragables politiques culturelles, les Saint gènes portés aux nues par l’inquisition moderne soit disant opposée à l’eugénisme fasciste, dont elle croit dénoncer les méthodes pour au final les singer. De toute manière, on fait ressembler les femmes à des hommes : pour qu’elles puissent combattre, la nouvelle méthode est de masculiniser leur corps, parce qu’on ne peut évidemment pas envoyer des droites, dans un univers aussi fantaisiste que Mortal Kombat, si on a la taille marquée et du rouge à lèvres.

Dans Mortal Kombat, l’homme reste l’accessoire, le sac à main plastique répondant aux clichés de fantasmes féminins. Car ne nous leurrons pas sur la manière dont sont représentés les hommes. Le jeu leur a conservé le torse nu et ultra musclé, soulevant des armes colossales du bout de leurs bras aux tailles improbables. Bref, tout ce que l’on est en droit d’attendre d’une licence telle que Mortal Kombat, rien qui corresponde à la déclaration de soi-disant « maturité » ou de « réalisme » qui sert de prétexte aux créateurs du jeu pour vêtir les femmes de pied en cap.

mortal kombat

Si le jeu voulait vraiment aller vers davantage de réalisme, il ne ferait pas combattre hommes et femmes l’un contre l’autre, et ne permettrait pas non plus d’arracher la colonne vertébrale de ses ennemis vaincus. Le réalisme dans un jeu où les Dieux de la mort plient le cours de l’espace temps… Pour un peu, ça ressemblerait à un prétexte pour plaire aux nouveaux clercs de la morale canulante.

Non seulement les politiques identitaires rendent absolument tout aussi pénible que les vidéos de SVT qu’on vous passait en 4ème, mais en plus ces politiques discriminent in fine incroyablement plus que ce qu’elles prétendent dénoncer.

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