La CGT, nouvel éditorialiste au Point

cgt credits bernard blanc (licence creative commons)

La place de la CGT comme grande ordonnatrice de la distribution de la presse lui donne un poids effectif dans la censure des titres qui ne lui plaisent pas.

Par Christine Courrières.

Mercredi dernier, à l’occasion d’un mouvement de grève de la CGT dans les dépôts de distribution des journaux, plusieurs titres n’ont pas été distribués : Le Point, Paris Match et Valeurs actuelles. Dans son éditorial du jeudi 16 mai, Étienne Gernelle laisse éclater sa colère : « De quel droit ? La liberté de la presse est-elle désormais à la merci de la commission de censure de la CGT  ? ». Une nouvelle fois, le syndicat instrumentalise le droit de grève pour tenter d’imposer ses diktats sur un secteur où son influence est encore importante.

Censure

Il ne semble pas totalement anodin de voir des publications étiquetées à droite victimes des pressions de la CGT, qui une nouvelle fois s’attaque à la liberté de la presse au nom de son idéologie marxiste et anticapitaliste. C’est au nom de cette dernière qu’il semble encore légitime au sein de la centrale syndicale d’imposer son point de vue par la force, violant ainsi les règles les plus élémentaires du pluralisme idéologique démocratique et libéral.

Pression et violence

Ce n’est pas la première fois que la CGT s’insurge en ayant recours à la force. On se souvient par exemple de la réaction stalinienne du syndicat quand le groupe Bolloré a décidé en 2010 de changer d’imprimeur pour ses journaux gratuits Direct Soir et Direct Matin : parce que le nouvel imprimeur n’était pas contrôlé par le syndicat du livre, les militants de la CGT ont entravé la diffusion du journal et saccagé des stocks de journaux impunément.

Menace pour les médias

La place de la CGT comme grande ordonnatrice de la distribution de la presse lui donne un poids effectif dans la censure des titres qui ne lui plaisent pas. Avec l’arrivée d’Internet et l’intensification de la concurrence, en particulier de la presse gratuite, cette position de quasi-monopole est devenue non seulement largement inefficace, mais très dommageable au seul secteur de la presse papier qui doit survivre à la révolution des médias sociaux. Il est à craindre qu’en France, ce ne soit pas la disruption technologique qui coule les médias traditionnels, mais l’archaïsme de syndicats qui profitent de leur position comme d’un frein à toute innovation.