Ghost Recon ne cédera pas

La presse mainstream ne peut s’empêcher de politiser les jeux vidéo. Pourrait-elle lâcher la grappe aux gamers ? Ubisoft leur donne une leçon.

Par Dern.

Ubisoft a appris de ses erreurs et ne cède plus aux caprices de la presse bien-pensante.
Le jeu, c’est sérieux (et politique ?)

S’il est un studio de jeux vidéos qu’on ne présente plus, c’est bien Ubisoft. Ce géant français (cocorico) nous a donné des licences mondialement connues telles que Assassin’s Creed, Anno, FarCry, Rayman ou même les députés en vacances les Lapins Crétins.

Leur dernière production se nomme Ghost Recon Breakpoint, et rien qu’au titre on se doute qu’il faut éloigner les enfants de l’écran. GRB se déroule en effet autour d’une île paradisiaque détenue par un riche magnat de la technologie de pointe, dont les drones sont impliqués dans les meurtres de personnalités politiques à travers le monde. En tant que Ghost, agent d’élite type force spéciale, votre rôle de joueur est d’infiltrer cette base et d’y déjouer les plans de plus ou moins le jumeau maléfique de Zuckerberg, Bezos et Musk combinés.

Un jeu haut en couleur pour tirer sur des méchants et faire exploser des grosses voitures. A priori.

Car la presse mainstream a décidé qu’il devait en être autrement. À peine le jeu sorti que les bien-pensants, désireux de se rendre cools en obligeant des créateurs de jeux vidéos à endosser leurs idées, se sont bousculés pour tendre le micro à Ubisoft, guettant les sorties (semi-)croustillantes qui leur permettraient de légitimer leurs opinions bien étalonnées. Et là patatras, c’est le drame. Ubisoft dénie toute implication politique et demande aux « journalistes » de jeux vidéo (ceux-là même qui demandaient un mode facile sur Sekiro parce qu’ils n’arrivaient pas à le terminer) d’arrêter de leur demander de se positionner sur le plan des questions de société.

Une interview équitable

Réciter son credo

Quoi de plus normal, a priori ? Et quoi de plus répréhensible en 2019 ? Dès lors que les chroniqueurs vidéoludiques ont dégainé leurs questions à peine orientées, Ubisoft était tenu de dire ce que précisait le formulaire de la pensée correcte. Le but n’est pas de faire avouer leurs opinions à Ubisoft – la diversité n’intéresse plus les journaleux dès lors qu’il s’agit d’une diversité d’opinion.

Non, il s’agissait de bien ressortir le credo attendu comme un soupir de soulagement, il s’agissait de dire poliment que le jeu dénonçait les dérives du système Trump, il s’agissait de prononcer ses voeux de rattachement à la pensée dominante.

Ubisoft persiste et signe : le studio produit des jeux, pas des disserts de philosophie politique. Refus en bloc de la scène du jeu vidéo : tous les articles sortent en même temps pour calomnier l’inénarrable front du studio.

PCGames

Le fait que Ghost Recon Breakpoint se déroule sur une île fictionnelle n’est pas une réaction à quoi que ce soit.

Kotaku

C’est une attitude qui rappelle celle d’Ubisoft envers Division2, où les développeurs se sont penchés lourdement sur la fiction de l’univers de [Tom] Clancy et les avancées technologiques de son environnement très fouillé pour en faire des moyens de dire que le jeu était d’une certaine manière un travail neutre, dépouillé de toute idée qui l’inscrirait dans une idéologie.

Gamespot

GRB ne se prononce pas politiquement, insiste Ubisoft en dépit de thèmes évidents. On crée un jeu ici, on n’essaye pas de faire de déclaration politique avec nos jeux.

 

La réaction est grégaire et téléphonée, et ça commence trop à se voir pour être crédible. Sur la question de la neutralité politique, Ubisoft reste inflexible. Ils ont appris leur leçon après leur passivité devant les revendications hallucinantes sur leur autre licence Assassin’s Creed Odyssey, et ne plongent plus dans les tergiversations d’ordre politique. Et tant mieux : au risque de déplaire aux chastes oreilles de nos journalistes, tout ne doit pas être politique, et certainement pas là où le jeu pur commence.

Le cas Far Cry 5

On se souviendra aussi de la force qu’avait eu le studio pour tenir tête à tous ses détracteurs lors de la sortie de Far Cry 5. En effet, sur cette licence, un FPS en monde ouvert, le joueur tient tête à une organisation religieuse pro-armes dans une Amérique post-apocalyptique en déréliction sociale. Le petit cœur tout transi des journaleux s’était alors emballé : assistait-on à une fable sociale sur l’Amérique post-Trump ? Ou plus précisément, avait-on une nouvelle idole parfaitement pensante à agiter sous le nez de ces clochards de pro-Trump ?

Sans trigger warning

Le studio avait alors fait preuve de la plus grande fermeté. Ainsi que le rapporte The Verge : « De la même manière que le jeu ne vous force pas à jouer dans un style particulier, Far Cry 5 n’essaye pas de vous faire passer de message spécifique. À la place, le terrain, les personnages, et les courants politiques ne sont que des moyens pour accomplir des objectifs. Et ces objectifs donnent au joueur de quoi s’amuser. » Ainsi que l’explique Fournier, « Nous fournissons un terrain de jeu pour que le joueur expérimente le jeu qu’il souhaite vivre. »

Pas de message, donc. Nos amis à cheveux bleus et dents acérées en sont pour leur argent.

Pourquoi ont-ils besoin que leurs stars valident leur idéologie ? Quand on est certain de ce qu’on avance, on n’a pas besoin de se rassurer en quémandant l’approbation de ses héros. Serait-ce qu’au fond d’eux-mêmes, nos amis Social Justice Warriors se rendent compte de l’ineptie de leur comportement ?

Allons, ne rêvons pas trop. Peu importe le flacon, pourvu qu’il y ait un message politique : l’essentiel pour eux n’est pas le jeu, mais sa lecture sociétale.

Il est temps de remettre le jeu à sa place de loisir. Merci Ubisoft de mettre ce point au clair.

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