Pour une presse plus libre, il faut davantage de liberté économique

Parce qu’elle garantit la séparation entre les pouvoirs économique et politique, la liberté économique est l’un des ingrédients de la liberté de presse.

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World Press Freedom Day by Astrubal de Tunisie(CC BY 2.0)

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Pour une presse plus libre, il faut davantage de liberté économique

Publié le 5 mai 2019
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Par Kevin Brookes et Patrick Déry.

Les derniers rapports sur la liberté de presse sont inquiétants. Celle-ci a décliné au cours de la dernière décennie et 54 journalistes sont morts dans l’exercice de leurs fonctions rien que pour la seule année 2018. Plusieurs facteurs expliquent le niveau de liberté de la presse d’un pays donné : la nature du régime politique, son niveau de développement ou la présence de conflits armés sur le territoire, par exemple. Un autre facteur important et trop souvent négligé est son degré de liberté économique.

Acheter et vendre des idées

La liberté économique suppose de pouvoir choisir parmi des biens et des services et d’échanger volontairement. En garantissant la séparation entre les pouvoirs économique et politique, le libre marché assure notamment la liberté d’expression : il permet la concurrence entre des acheteurs et des vendeurs d’informations et d’idées diverses.

Plusieurs aspects de la liberté économique tendent à fournir aux journalistes des conditions qui leur permettent de s’exprimer librement. On peut penser par exemple à la liberté d’entreprendre, et donc de faire concurrence aux autres médias. Cela permet d’éviter que l’État ou certains groupes d’intérêts proches du pouvoir ne prennent le contrôle de la presse. L’ouverture au commerce international tend aussi à limiter le contrôle d’un groupe restreint sur l’opinion dans un pays.

La comparaison entre les données provenant de deux classements annuels, soit l’Economic Freedom of the World et le Freedom of the Press, permet de constater qu’une plus grande liberté économique s’accompagne généralement d’une plus grande liberté de presse.

La Figure 1 montre par exemple qu’en 2016 les pays où la liberté économique était la plus importante (le quartile supérieur) présentaient en moyenne un score de liberté de presse presque deux fois plus élevé que les pays les moins libres économiquement (68 contre 37). Autrement dit, plus les pays adoptent des politiques publiques laissant libre cours au marché, plus leur presse est susceptible d’être indépendante du pouvoir. ​

Le point commun des « champions »

Qui sont les champions en matière de liberté de la presse ? Parmi les 20 premiers, on compte essentiellement des pays d’Europe : la Norvège, les Pays-Bas et la Suède forment le podium. Le Canada se trouve quant à lui au 13e rang. Le point commun de tous ces pays, à une exception près, est de garantir un degré élevé de liberté économique. Si on observe le portrait plus global, 86 % des pays dont la presse est considérée comme libre dans le Freedom of the Press sont dans le premier ou le second quartile en ce qui a trait à la liberté économique, telle que mesurée par l’Economic Freedom of the World.

À l’inverse, sur les 20 pays où la presse est la moins libre, 17 sont soit dans le 3e, soit dans le dernier quartile de la liberté économique. De façon générale, la grande majorité des pays qui présentent un faible niveau de liberté de presse offrent aussi moins de liberté économique.

Bien sûr, la liberté économique ne constitue pas en soi une condition suffisante pour assurer la liberté de presse. Certains pays libres économiquement n’ont pas une presse libre ; on peut penser notamment à Singapour ou au Bahreïn. Dans l’ensemble, il demeure qu’une plus grande liberté économique est généralement associée à une plus grande liberté de presse.

Des pays d’Amérique du Sud comme la Bolivie, le Venezuela, ou l’Argentine, qui se sont enlisés dans des politiques économiques interventionnistes, ont mis en péril l’indépendance de leur presse, parfois même sciemment et par des interventions directes. Pendant ce temps, certains pays d’Afrique qui ont libéralisé leurs économies ont vu la liberté de presse y progresser petit à petit.

Enfin, outre leur effet sur la liberté de presse, des politiques publiques qui favorisent la liberté économique ont aussi un impact positif sur la croissance, le bien-être humain et la condition des femmes.

Une condition nécessaire à la liberté de la presse

Parce qu’elle garantit la séparation entre les pouvoirs économique et politique, la liberté économique est l’un des ingrédients de la liberté de presse. Et bien qu’elle soit insuffisante en soi pour assurer cette dernière, la liberté économique demeure une condition nécessaire pour faire prospérer un marché des idées où chacun peut s’exprimer, ce qui est un préalable à l’exercice de nombreux autres droits et libertés.

Les institutions internationales et les organisations non gouvernementales qui déploient d’immenses efforts et ressources à cet effet devraient en prendre note, de même que les pays développés dont les populations ont grandement profité de la libéralisation des marchés, mais où ses bienfaits largement démontrés sont parfois mis en doute.


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  • Un test à faire en France. « Les Echos » du 3 mai 2019 P17. « L’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a déclaré que le glyphosate n’était pas cancérigène et vient confirmer les conclusions d’un précédent rapport , publié en 2017, après des dizaines d’années d’étude ».
    Dans quel autre média Francais cette information sera communiquée ?

    • Si c’est l’afp l’emetteur ,cette info paraitra partout..avec quelques correctifs selon le canard et au moment opportun pour la cause., Comme le fait que les abeilles ne disparaissent pas malgre les tonnes d’articles et de pesticides , que le pet des vaches est insignifiant si on tient compte des montagnes de vegetaux en decomposition permanente dans le monde , etc ,

  • Peut on parler de liberté de la presse quand 80% des journalistes sont de gauche ????

  • La presse est libre si…elle est de gauche ….bien sur que dans un pays pauvre , l’argent est un plus , faut bien manger n’estce pas ?

  •  » à l’image de patrick drahi , ils sont en France une poignée de magnats à se disputer les journaux , radios et télévision du pays « …..rien que ça me laisse songeuse quand à la liberté de la presse en France ;

  • Il me semble que la liberté de la presse n’est pas le seul problème : il y a aussi le biais idéologique et la qualité de l’information.

    – le biais – de gauche chez nous – ne peut être résolu que par la diversité, l’arrêt des subventions et la tolérance envers les torchons – y compris s’ils expriment des idées nauséabondes. Vouloir moraliser la presse ou éradiquer des fake-news ne peut que générer un biais.

    – la qualité est un problème tout aussi important : aujourd’hui l’ensemble des media « chasse le scoop », recopie l’AFP, cherche le sensationnel. Les media se rapprochent de plus en plus des « tabloïd ». Ils viennent encore de se ridiculiser avec l’affaire de la Pitié-Salpêtrière. Mais plus grave, les media ont entrepris la lobotomisation massive de la société : on discours de plus en plus (et à longueur de journée sur PravdaTVInfoContinue) sur la forme des choses sans réfléchir sur le fond.

    • Votre dernier point tient à la compétence des journalistes. Je ne dis pas qu’ils font mal leur boulot, mais ils sont beaucoup trop généralistes pour tout savoir.
      A part les spécialistes de tel ou tel domaine (économie, sciences, sécurité routière…) la plupart d’entre eux n’ont ni le bagage ni le temps de faire autre chose que de reprendre les infos qui viennent de l’AFP ou, plus grave, des ministères.
      Voilà pourquoi la plupart des chaînes infos préfèrent se limiter aux petites phrases que de nous expliquer méthodiquement en quoi le programme de tel ou tel candidat amènera ou pas la prospérité économique. Et pourquoi aussi, il y a de plus en plus de débats entre représentants de différents journaux écrits qui ne font que nous refourguer à l’oral les opinions livrées dans les dits journaux.
      Bref, avec un peu d’habitude, quand un intervenant va l’ouvrir, vous savez, rien qu’à connaître sa provenance, ce qu’il va dire et défendre…

  • A voir les couleurs du tableau, franchement, le lien entre liberté économique et liberté de presse ne saute pas aux yeux. Il y a quand même pas mal de pays qui font exception quelle que soit leur position dans la liste.
    En revanche, il serait intéressant de lier liberté de la presse et indice de démocratie. Le coefficient de corrélation y serait beaucoup plus proche de 1…
    Attention toutefois, corrélation, même forte, ne signifie pas causalité.
    La liberté de la presse fait partie au même titre que la liberté économique des facteurs garantissant l’expression d’une vraie démocratie. Il y en a bien sûr d’autres : élections, justice, existence d’une constitution, séparation des pouvoirs, liberté syndicale…
    Il me paraît cependant extrêmement délicat de prétendre, parce que ces ingrédients entrent dans le même « gâteau », que certains d’entre eux sont liés par d’étroites combinaisons.
    Rien ne rassemble par exemple le lait, la farine, le sucre et les oeufs ; pourtant à eux quatre, ça fait de merveilleux gâteaux !

    • Oui. L’auteur doit avoir un biais pour voir la bouteille à moitié pleine que vide. Un autre vous dira que Singapour, c’est très bien !
      Personnellement, dire que la liberté d’expression en Suède est optimale, me semble être douteux. En fait, elle est parfaite entre gens pensant et disant la même chose. Les autres sont tout simplement écartés.

  • Peut-être simplement distinguer une liberté économique et une liberté de la presse n’est-il pas pertinent : défendre la liberté, quelle qu’elle soit, est un état d’esprit. Là où il n’est pas vigoureux, ça périclite…

  • En France comment voulez vous que la Presse sot libre alors qu’elle est subventionnée par ceux qui nous gouverne.? Pour moi une Presse libre c’est celle qui n’a pas besoin d’aides, à plus forts celles de l’État!.

    • La subvention ne joue pas sur la liberte mais sur la qualite.
      Le plus grave est l’afp ,societe d’etat elle collecte l’information et la mijote avant diffusion !

  • Très intéressant mais pourrait-on avoir un micro FAQ sur la construction de l’indice de liberté? Je vois l’Europe du Nord en tête, instinctivement je pense à des États largement imprégnés d’idéologie SJW… Mais je confonds peut-être liberté et pluralisme de l’offre.

    • Je m’appêtais â faire cette distinction en voyant que l’Italie est assez loin derrière la France, alors que ce pays a de nombreux petits journaux indépendants qui apportent un vrai pluralisme que l’on cherche de plus en plus dans la presse écrite française.

  • Il ne suffit pas de rendre la presse libre, il faut aussi rendre la liberté de parole aux fonctionnaires.
    Ceux ci sont aujourd’hui muselés dans l’expression de leurs opinions par l’obligation de réserve imposée aux fonctionnaires.
    Cela permet toutes sortes d’interdictions, notamment dans des administrations comme la Police…
    Regardez comme le ministère de la Culture a interdit aux architectes des monuments de France de s’exprimer sur les causes de l’incendie de Notre Dame.
    Ils doivent désormais demander l’autorisation au Ministère pour un interview avec la presse en présentant les questions au préalable. Autorisation ou non, leur sera donnée de s’exprimer avec fourniture « d’éléments de langage ».
    Quand à Benjamin Mouton, l’ancien architecte en chef de ND, qui avait osé dire qu’il ne comprenait pas comment les poutres avaient brûlées, on en entend plus parler, il serait en « mission ».

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