Taïwan : des avantages de ne pas avoir un smic pour les plus pauvres

750_7535 By : Jin Kemoole - CC BY 2.0

La suppression du SMIC et un allègement considérable des charges sur le travail bénéficient aux salariés les plus modestes.

Par Stéphane Erler, depuis Taïwan.

À Taïwan, le salaire minimum est de 140 NTD (New Taïwan Dollar) soit environ 4 euros de l’heure quand il est presque de 10 euros brut en France (et 11,5 euros avec les charges patronales). Comme le chômage à Taïwan est sous la barre des 4 %, on peut considérer que ce chômage est surtout frictionnel et n’est pas causé par le niveau du salaire minimum.

En effet, si le salaire légal est fixé au-delà d’un certain seuil, les personnes les moins productives n’arrivent plus à trouver d’emploi, car leur employeur n’arriverait pas à couvrir leurs salaires par les revenus générés par leur activité. C’est le cas de la France : les personnes les moins qualifiées ne trouvent pas de travail, car elles n’arrivent pas à générer plus de 11,5 euros de valeur ajoutée par heure.

À première vue, la situation d’une personne sans emploi en France semble plus avantageuse que celle d’un travailleur taïwanais au bas de l’échelle des salaires. En France, grâce à un système de protection sociale très coûteux, le montant de ces aides dépendra aussi du nombre d’enfants. Admettons qu’une personne sans emploi reçoit 8 euros, autant que le Smic net. Si l’on déduit la TVA de 15 % en moyenne, ce sont 6,8 euros hors taxe qu’il peut dépenser. Avec ce revenu, il peut s’acheter 6,8/11,5 = 35 minutes de services d’une personne au Smic.

Moins de charges = une meilleure vie

À Taïwan, les charges sur les bas salaires sont faibles, et la TVA n’est que de 5 %, mais elle est nulle sur les produits agricoles. Admettons tout de même une fiscalité totale de 10 % au bas de l’échelle des revenus. Avec une heure de travail, le salarié taïwanais le moins payé peut donc s’acheter 4 x 0,9/4 = 54 minutes de services d’une autre personne au salaire minimum.

D’un point de vue du calcul économique, un salarié taïwanais à 4 euros peut donc acheter 54 minutes de services contre 35 minutes pour un assisté social ou un smicard français. Dans la pratique, qu’observe-t-on à Taïwan ? Un grand nombre de services à faible valeur ajoutée sont viables économiquement et profitent aux plus pauvres en leur donnant du travail et des services. Les très nombreux petits restaurants bon marché sont un bon exemple.

Un repas simple mais complet composé de riz, de viande et de légumes coûte entre 2 et 4 euros dans la plupart des petites échoppes de Taipei ! Un revenu de marché qui semble bas vu de France permet donc de baisser le coût de la vie pour les plus défavorisés. Et il permet aussi de produire davantage car toute la population active désireuse de travailler trouve un emploi ou crée le sien.

Remarquons que ce calcul économique fonctionne surtout si chaque personne dispose de compétences spécifiques. Dans un pays en voie de développement où chacun ne sait que planter des légumes et élever des poules, cela n’a pas grand intérêt de payer d’autres personnes pour faire ce que l’on peut faire soi-même. Mais plus l’économie est avancée et nos besoins complexes, plus nous avons besoin de faire appel à des personnes spécialisées.

Je peux aussi vous citer mon métier comme exemple. Il y a 14 ans, j’ai inventé le métier de blogueur de thé ! Je tiens un blog bilingue anglais et français sur le thé, sa culture, son histoire, sa préparation… Et j’ai créé une boutique en ligne qui vend du thé de très haute qualité, quasi introuvable en Europe, ainsi que les accessoires pour le préparer. Je donne également des cours de thé à mes clients et écrit des livres numériques sur le thé.

Plusieurs centaines de clients d’Amérique du Nord et d’Europe me passent commande et font appel à mes services chaque année. Mon activité ne génère pas une grande marge et j’ai calculé qu’elle ne me permettrait pas d’en vivre en France s’il fallait payer l’URSSAF, la TVA… Mais à Taïwan, cette petite marge est peu imposée et le coût de la vie n’est pas bien élevé, si bien que je peux vivre de ma passion.

Ainsi la faible imposition du travail permet de diminuer le coût de la vie et rendre plus rentables des activités à faible valeur ajoutée. Cela augmente donc le choix de boulots que l’on peut faire.

On est moins obligé de maximiser son revenu. On peut choisir un travail davantage en harmonie avec ses envies, son rythme ou sa passion. Un tel système convient donc particulièrement aux artistes et à tous ceux en recherche de modes de vie alternatifs ! On trouve aussi un grand nombre de quadragénaires et de quinquagénaires qui se mettent à leur compte après plus de 20 ans de salariat.

Une de mes amies taïwanaises est professeur de patchwork tandis que son mari est devenu pâtissier privé travaillant exclusivement sur commande. Ils gagnent moins qu’auparavant, mais ils ont gagné en liberté et trouvent davantage de satisfaction personnelle dans leur travail.

La suppression du SMIC et un allègement considérable des charges sur le travail bénéficient donc même aux salariés les plus modestes. Voici comment on pourra réduire la pauvreté et le chômage en France !

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