Lumière bleue : quels sont les dangers des écrans ? Comment s’en protéger ?

smartphone By: Matt Madd - CC BY 2.0

Nouvelle menace induite par l’usage massif des nouvelles technologies, la lumière bleue présente des effets néfastes patents qui demeurent toutefois mal jaugés.

Par Theo Brando.

Depuis maintenant des décennies, les écrans font partie intégrante de nos vies d’individus connectés. Télévision, smartphone, tablette, ordinateur, toutes ces plate-formes de diffusion émettent néanmoins une lumière à la longueur d’onde bien particulière : la lumière bleue. Quels dangers représente-t-elle pour ceux qui y sont exposés ? Quelles dispositions prendre pour éviter d’en pâtir ?

Qu’est-ce que la lumière bleue ?

Présente partout, la lumière bleue émane aussi bien de sources naturelles, comme le soleil, que d’appareils artificiels comme les systèmes d’éclairage, les écrans d’ordinateur, les smartphones et bien d’autres périphériques lumineux.

Composée de rayons, dont les longueurs d’onde sont inclus entre 380 et 500 nanomètres, celle-ci se divise toutefois en plusieurs éléments plus ou moins nocifs.

Tout d’abord, la lumière bleu-turquoise, indispensable au bon fonctionnement de notre organisme, aide à réguler notre cycle de sommeil via la sécrétion de mélatonine et influe grandement sur notre moral ainsi que sur notre forme physique.

La lumière bleu-violet, par contre, n’a pas des propriétés aussi bénéfiques que sa cousine. Il s’agit en effet de la partie nocive de la lumière bleue, laquelle est particulièrement déconseillée aux enfants de moins de 14 ans, dont le cristallin ne filtre pas suffisamment les faisceaux lumineux pour en neutraliser les plus nocifs.

Un constat médical résumé en ces termes par le Dr Petra Kunze :

« Le spectre de la lumière du jour ou de la lumière artificielle comprend des bandes de couleur. Parmi elles, du bleu-turquoise, lumière bonne pour le moral, et puis du bleu-violet, lumière à laquelle nous sommes de plus en plus exposés »

Plus fâcheux encore, la lumière bleu-violet est diffusée de manière très intense par les écrans de toutes sortes, lesquels émettent des pics de lumière bleue, connus sous le terme de « lumière à Haute Énergie Visible » (HEV).

Ces rayons représentent un véritable risque pour la rétine des personnes exposées aux émissions lumineuses, et ce d’autant plus que diverses études tendent à confirmer qu’un individu moyen passe au moins 6 heures devant un écran quelconque.

Quel impact sur la santé ?

Les dangers que représente la lumière bleue pour notre santé

En cas d’exposition prolongée à une émission de lumière bleue, l’organisme d’un être humain peut réagir de manière plus ou moins extrême.

Ainsi, il peut arriver qu’un individu ressente de la fatigue oculaire (une sensation d’avoir les yeux secs), une vision floue, des migraines voire même des troubles de la concentration après quelques heures de visionnage d’un écran lumineux.

Néanmoins, ces symptômes sont principalement la conséquence d’une subversion du rythme circadien de la personne exposée à ces émissions lumineuses.

En effet, comme il a été énoncé ci-dessus, la lumière bleue a pour fonction première de maintenir les êtres vivants éveillés.

Ainsi, lorsqu’un individu est exposé à de la lumière bleue naturelle, le cerveau de celui-ci libère des hormones d’éveil afin de le stimuler durant le cycle diurne.

Avec les sources lumineuses artificielles, cette réaction naturelle est déréglée, surtout si l’exposition lumineuse se déroule de nuit. Dans ce cas précis, les hormones de sommeil supposées faciliter l’endormissement sont neutralisées par les faisceaux lumineux, ce qui dérègle totalement le cycle nocturne de la personne exposée.

Un phénomène que corrobore l’Institut national du Sommeil et de la Vigilance en déclarant que les émissions de lumière bleue ont pour effet nocif d’envoyer un « message d’alerte au cerveau », pour le « mettre en vigilance éveil » et ainsi repousser le moment de l’endormissement.

Autre conséquence néfaste de ces ondes lumineuses : l’altération d’une molécule de la rétine. En effet, exposée à une émission continue de lumière bleue, le rétinal finit par tuer des cellules photoréceptrices, jusqu’à créer des lésions photochimiques de la rétine et du cristallin.

Cette destruction cellulaire est malheureusement irréversible et vient ainsi hâter l’arrivée d »un syndrome de dégénérescence maculaire.

Comment ralentir la DMLA ?

La dégénérescence maculaire liée à l’âge (plus souvent mentionnée sous l’acronyme DMLA) est une maladie qui endommage gravement la zone centrale de la rétine, appelée macula, jusqu’à entraîner inexorablement une perte de la vision du milieu de l’œil.

Cette pathologie qui survient généralement aux alentours de la cinquantaine touche environ 8 % des Français et pourrait dorénavant en atteindre davantage, à cause de l’usage massif d’écrans émetteurs de lumière bleue.

En effet, comme le confirme le Dr Serge Picaud, la lumière HEV artificielle est, selon plusieurs études, « un facteur de risque de la DMLA » et peut également être un élément aggravant dans le développement de la cataracte.

Pour y remédier, des pistes d’études sont explorées par des chercheurs en ophtalmologie. C’est dans ce cadre qu’une molécule capable d’empêcher la dégradation des cellules photoréceptrices a été découverte. Il s’agit de la α-tocophérol, un antioxydant présent à l’état naturel dans les yeux et le reste du corps de chaque être humain. Grâce à cette découverte, les chercheurs espèrent développer des remèdes pouvant ralentir le développement de la DMLA.

Cela pourrait prendre la forme de gouttes ophtalmiques mais devra néanmoins être conçu à partir de solutions innovantes, les molécules actuelles ne parvenant pas encore à soigner les personnes âgées.

La meilleure des préventions reste donc la protection des yeux en leur évitant de fixer trop longtemps des écrans lumineux. Si cela n’est pas possible, l’utilisation de lunettes spéciales ou encore de filtres peut s’avérer judicieuse.

Lumière bleue : qui est concerné ?

Les écrans étant omniprésents dans notre société contemporaine, tous les individus, des plus jeunes aux plus âgés, sont concernés par les risques induits par l’émission de lumière bleue.

Ainsi, il est conseillé d’éloigner les enfants, et surtout les bébés, des écrans en tout genre. Si cette précaution n’est pas respectée, il est alors nécessaire d’activer un filtre afin de supprimer l’émission de lumière bleue sur les écrans de tablette ou encore de smartphone. Dans tous les cas, il est vivement indiqué d’éteindre les écrans une fois la nuit tombée et d’exposer les enfants le plus souvent possible à la lumière naturelle.

En effet, comme il l’a été énoncé auparavant, les enfants n’ont pas un cristallin suffisamment développé pour filtrer des rayons lumineux, raison pour laquelle ils doivent être d’autant plus protégés contre leur menace.

Il en va de même pour les personnes âgées, lesquelles doivent par précaution faire une pause toutes les 20 minutes lorsqu’elles se trouvent face à un écran de smartphone ou d’ordinateur.

Enfin, les individus les plus exposés sont peut-être les adultes et adolescents, lesquels passent énormément d’heures de travail ou de loisir devant les écrans.
Dans ce cas précis, le port de lunettes anti-lumière bleue s’avère indispensable, surtout pour les personnes travaillant sur un ordinateur.

Mesures de protection

Mode night shift

Pour les personnes passant beaucoup de temps devant un écran d’ordinateur ou de smartphone, il existe le mode night shift (disponible sur tous les appareils de la marque Apple) qui réduit les effets néfastes de la lumière bleue.

Ce filtre, en recouvrant tout votre écran, le teinte en effet d’une couleur orangée et rend le visionnage beaucoup plus agréable.

Des applications similaires, telles f.lux, fonctionnent selon le même principe et sont disponibles sur toutes les plateformes.

Applications

Fonctionnant de la même façon que le mode night shift, les applications anti-lumière bleue filtrent les rayons néfastes de votre écran en le teintant d’une couleur orangée, ajustable en fonction de la luminosité de votre environnement et de l’heure de la journée.

Des applications natives assurent ce rôle et sont généralement répertoriées sous le vocable de « confort visuel » ou « confort des yeux », tandis que des logiciels tiers, aux mêmes fonctionnalités, ont une excellente réputation (la plus connue étant f.lux).

Les lunettes anti-lumière bleue

Faisant également office de filtre, des lunettes anti-lumière bleue se répandent de plus en plus sur le marché.

Ainsi, des marques comme LUSEE proposent des modèles de verre de « photoprotection sélective », bloquant les rayons de lumière bleu-violet et laissant passer ceux de lumière bleu-turquoise, lesquels sont bénéfiques pour la santé.

Pour être dotés de ces propriétés, les verres de ces lunettes sont donc teintés en orange et sont ce qu’on appelle des blue-blockers.

En bloquant les rayons de lumière bleu-violet, ces lunettes préservent les capacités d’endormissement de l’organisme en maintenant la sécrétion de mélatonine et sont donc à privilégier pour une utilisation nocturne.

De la sorte, ces verres de protection sont tout indiqués pour des personnes comme les travailleurs de nuit à horaires décalés, ainsi que pour les consommateurs d’écran.

Poursuivant une autre approche, des lunettes anti-fatigue sont également commercialisées afin de diminuer la fatigue visuelle des personnes passant plus de trois heures devant les écrans.

Il en existe plusieurs gammes, chacune étant étudiée pour convenir à une activité particulière : travail, gaming, loisirs…

Même si leur commercialisation récente rend difficile toute prise de recul, l’action de ces différents verres de protection semble véritablement efficace et pourrait convaincre les professionnels de l’informatique de les adopter comme outil de travail.

Astuces pour réduire votre exposition à la lumière bleue

La meilleure façon de protéger ses yeux face aux émissions de rayons de lumière bleu-violet est de fixer le moins longtemps possible des écrans. Ainsi, il est recommandé de ne pas rester plus de 3 heures par jour devant un écran, tout en se ménageant des pauses toutes les 20 minutes afin de laisser reposer ses yeux.

En outre, si vous souhaitez préserver au mieux la qualité de votre sommeil, il est vivement conseillé de ne pas regarder d’écran avant de vous coucher.

Si jamais vous ne pouvez suivre ces conseils, essayez de réduire au maximum la luminosité de votre écran, la meilleure solution étant tout de même d’utiliser des filtres prévus à cet effet.

Enfin, si vous utilisez votre ordinateur ou votre tablette pour faire de la lecture, l’alternative la plus saine pour votre organisme est d’adopter une liseuse fonctionnant à l’encre électronique.

Dépourvue de système de rétro-éclairage, celle-ci n’émettra alors aucune lumière bleue, ce qui vous donnera, en outre, la possibilité de lire vos ouvrages en plein soleil.

N.B. : les ondes de lumière bleue n’émanent pas seulement des écrans, des sources lumineuses comme les ampoules LED étant également en cause dans leur propagation. Ainsi, afin d’éviter la diffusion intense de rayons de lumière bleu-violet, il est vivement conseillé d’éviter les LED d’un blanc froid qui en émettent une grande quantité. En ce sens, faites le choix de LED chaudes qui sauront protéger votre sommeil.

Conclusion

Nouvelle menace induite par l’usage massif des nouvelles technologies, la lumière bleue présente des effets néfastes patents qui demeurent toutefois mal jaugés, faute du recul nécessaire à l’établissement d’un diagnostic pérenne.

Une raison de plus pour rester très prudent face aux risques qu’elle représente, en adoptant des mesures de sécurité élémentaires dans l’attente d’un progrès technologique qui serait le bienvenu.