Non, la fin de la redevance audiovisuelle n’améliorera pas le pouvoir d’achat des Français

Zapping — Anders Adermark, 2008, CC BY-NC-ND 2.0

Supprimer la redevance TV n’a aucun sens si cette mesure n’est pas accompagnée d’une restriction des dépenses de l’audiovisuel public, mal géré si l’on en croit la Cour des Comptes.

Par Eddie Willers.

Sur le papier, cette réforme apparaît donc comme une baisse d’impôt, hourra ! Pas si vite. Si vous lisez les articles de Contrepoints, vous savez bien qu’une baisse d’impôt sans baisse de la dépense publique n’a que peu d’intérêt : elle ne fait que reporter le prélèvement ou oblige à augmenter d’autres impôts et taxes.

Si la suppression de la redevance audiovisuelle ne s’accompagne pas d’une baisse des dépenses de l’audiovisuel public, cette suppression ne sera que de la poudre aux yeux pour le contribuable français. Or il y a bien des choses à faire pour diminuer la dépense de l’audiovisuel public.

Pourquoi financer l’audiovisuel par l’impôt ?

Pour rappel, l’audiovisuel public compte six entités : France Télévisions, Arte France, Radio France, France Médias Monde, l’INA et TV5 Monde. À fin 2017, son budget annuel de fonctionnement atteignait 3,9 milliards d’euros, majoritairement alloués à France Télévisions (2,5 milliards d’euros). Pour vous donner un ordre d’idée, le budget du ministère de la Justice en France est de 7,3 milliards d’euros. La France alloue donc une part très significative de son budget à cette mission non régalienne qu’est la création et la diffusion de contenus audiovisuels.

Il est donc nécessaire de s’attarder sur la gestion de ce budget important et de la façon dont sont utilisés les pécules issus de la redevance audiovisuelle.

Malheureusement, les rapports de la Cour des comptes jugent tous très sévèrement la gestion dispendieuse de l’audiovisuel public. En septembre 2018, une note confidentielle de la Cour des comptes avait fuité dans le Journal du Dimanche. Cette dernière accablait le comité d’entreprise de l’audiovisuel public pour plusieurs motifs : une absence de direction générale et un millefeuille organisationnel qui détourne le CE de ses objectifs, des rémunérations hors barème supérieures de plus de 30 % à la moyenne pour ce type de poste, un parc immobilier géré à grands renforts de dépenses somptuaires…

Si seulement la mauvaise gestion du CE était le seul reproche à formuler à l’audiovisuel public… malheureusement il n’en est rien. Dans son rapport de février 2019 sur Radio France, la Cour des comptes pointait notamment les dérives de coût qui démontraient une incapacité à appliquer en profondeur les réformes structurelles dont Radio France a besoin.

Alors qu’en 2014 Radio France s’était engagée à diminuer ses charges de personnel d’ici 2017, celles-ci ont augmenté de 2 % sur la période : majoritairement en raison d’augmentations de salaires et de recours à du personnel de façon ponctuelle. En effet, la baisse d’1,2 % du nombre d’ETP a été compensée par l’explosion du recours à des travailleurs ponctuels. Ces CDD, venus masquer des départs volontaires de CDI, n’ont en rien diminué les charges de Radio France et ont même mis le groupe en danger : structure moins solide et risques de requalifications. La Cour des comptes pointe d’ailleurs le manque de suivi de la masse salariale dans le pilotage de Radio France.

Un rapport accablant… mais rien ne change

Les magistrats de la rue de Cambon soulignent enfin le temps de travail relativement faible de la structure : des journalistes qui ne travaillent que 192 jours effectifs par an (soit l’équivalent de 14 semaines d’absence), des personnels administratifs et des cadres qui ne sont présents que 194 jours et 197 jours respectivement.

Chez France Bleu et à l’Orchestre National par exemple, les auditeurs publics notent aussi que les engagements sur le nombre d’heures travaillées ne sont jamais respectés.

À ces dérives budgétaires s’ajoute une qualité des programmes dont chacun pourra juger mais qui, à l’heure de la concurrence avec Netflix, paraît bien pâle. La multiplication des chaînes dont la ligne éditoriale paraît difficilement lisible, à l’image de France 4, pollue les comptes et l’image du groupe. Alors que les montants pourraient être affectés à une production de meilleure qualité pour faire face à la concurrence, les crédits sont dispersés sans stratégie claire.

Contrairement à ce que l’on peut penser, la suppression de la redevance audiovisuelle n’améliorera en rien le pouvoir d’achat des Français si dans le même temps l’État ne met pas fin à la gabegie de l’audiovisuel public. Sous couvert d’une réduction d’impôt, l’État va donc imposer à tous les Français de contribuer à des programmes dont certains se contrefichent et qui ne constituent en rien une de ses missions essentielles.

Pour aller plus loin :

“Radio France : des audiences en progrès, des blocages persistants, une situation financière toujours fragile”. Cour des comptes. Février 2019.

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