Les gouvernements ne devraient pas subventionner l’achat de voitures électriques

Depuis 2012, le gouvernement du Québec a dépensé plus de 220 millions de dollars pour « aider » l’achat de 47 500 véhicules et de près de 13 000 bornes résidentielles.

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Electric car charging by Mark (CC BY-NC-ND 2.0)

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Les gouvernements ne devraient pas subventionner l’achat de voitures électriques

Publié le 1 avril 2019
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Par Germain Belzile et Patrick Déry.

Le gouvernement fédéral a annoncé dans son budget récemment déposé une nouvelle subvention de 5 000 dollars à l’achat d’une voiture électrique, qui s’ajoute à celles déjà offertes par d’autres paliers de gouvernement. Cette subvention, comme celles déjà existantes, aura un effet bien plus grand sur les finances de l’État que sur l’environnement.

L’IEDM avait calculé en 2017 le coût des subventions québécoises par tonne de gaz à effet de serre (GES) non émise. Québec rembourse jusqu’à 8 600 dollars pour l’achat d’une voiture électrique et d’une borne à domicile. Comme une voiture électrique émet environ 30 tonnes de GES de moins qu’une voiture conventionnelle pendant son cycle de vie, le coût pour chaque tonne de GES non émise par le remplacement d’une voiture à essence par un véhicule électrique est d’un peu moins de 300 dollars.

C’est très élevé. Au Québec, le coût pour éviter l’émission d’une tonne de GES est actuellement d’environ 20 dollars sur le marché du carbone (la taxe fédérale fixe aussi un prix de 20 dollars dans les provinces où elle s’applique). Donc, 300 dollars contre 20 dollars, pour deux politiques qui visent à atteindre le même objectif.

Quand on inclut dans le calcul la subvention additionnelle de 5000 dollars d’Ottawa, le coût des subventions pour éliminer une tonne de GES passe à plus de 450 dollars, soit 23 fois plus que le prix à la bourse du carbone ou celui de la taxe fédérale ! Même en tenant compte du fait que cette dernière sera de 50 dollars en 2022, le coût du rabais à l’achat d’une voiture électrique reste neuf fois plus élevé.

Des millions dans le vide

Depuis 2012, le gouvernement du Québec a dépensé plus de 220 millions de dollars pour « aider » l’achat de 47 500 véhicules et de près de 13 000 bornes résidentielles. Hydro-Québec a dépensé 25 millions de dollars pour un réseau de bornes de recharge encore sous-utilisé, et planifie l’ajout de 130 millions dollars de plus au cours des dix prochaines années. Le gouvernement fédéral prévoit d’ajouter 300 millions de dollars sur trois ans en subventions à l’achat, en plus de 130 millions de dollars pour étendre le réseau de stations de recharge au pays. Tout ça pour un résultat minime en termes de réduction d’émissions.

C’est déjà problématique en soi, ça le devient encore plus quand on garde à l’esprit que ces fonds profitent en grande partie à des personnes qui auraient acheté une voiture électrique même sans subventions, et que ces mêmes acheteurs font partie du quintile le plus riche de la société. De plus, une partie non négligeable des subventions est captée par les constructeurs automobiles sous la forme de prix plus élevés. Le gouvernement américain a récemment réduit de 7 500 dollars à 3 750 dollars le crédit applicable à l’achat d’une voiture de marque Tesla ; l’entreprise d’Elon Musk a réagi en baissant ses prix de 2 000 dollars.

Un autre argument en faveur de la suppression de ces subventions est leur effet très limité. Même si le Québec atteignait son objectif d’avoir un million de véhicules entièrement électriques sur ses routes en 2030 – soit vingt fois plus que le nombre actuel, qui inclut aussi des hybrides –, cela réduirait nos émissions de GES de seulement de 3,6 % par rapport au niveau actuel. En somme, il faudrait retirer beaucoup plus de voitures à essence des routes du Québec pour avoir un effet significatif (le Québec compte présentement quelque cinq millions de voitures et camions légers sur ses routes).

La bonne nouvelle est que ce jour est probablement moins loin que l’on pense, et que cela ne nécessitera pas d’ouvrir davantage le gousset des subventions. Des études prévoient que le prix des voitures électriques sera compétitif avec celui des voitures à essence dès 2024 – sans subventions ! – et qu’il continuera à baisser ensuite pour atteindre la parité avant la fin de la décennie, alors que le coût des batteries continuera de décroître.

Pourquoi ? Parce que les forces du marché sont à l’œuvre. Les constructeurs automobiles ont dépensé et continueront à dépenser des milliards pour développer des voitures à émission zéro, les vendre au prix le plus bas possible et se démarquer de leurs concurrents. Lorsque, dans un avenir proche, des voitures électriques abordables et offrant une bonne autonomie seront disponibles, les Québécois se tourneront naturellement vers elles. Tout l’argent dépensé par nos gouvernements d’ici là ne sera qu’un coûteux gaspillage de fonds publics qui aura peu d’effet sur notre bilan environnemental.

Le Québec et le Canada ont déjà établi un prix sur le carbone. Comme nous l’a enseigné le plus récent lauréat du Nobel d’économie, William Nordhaus, un tel mécanisme de prix devrait remplacer toutes les subventions qui visent le même but. C’est une simple question de bon sens. Québec et Ottawa feraient bien de suivre l’enseignement de Nordhaus, et de faire disparaître, sans délai, leurs programmes de subventions à l’achat de voitures électriques.

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  • quand les voitures seront électriques … ou prendra t on l’énergie nécessaire a leur fonctionnement?

  • Ca doit etre compliqué de vivre au canada avec une auto électrique ,,…..rien que pour la faire chauffer le matin pour aller bosser l’hiver….

    • A Chicago j’ai pu voir des hivers parfois très rudes, le lac Michigan gelé dans la masse par exemple..(-40°?)
      les voitures sont équipées de résistances sur le moteur qui une fois connectées a la Prise du parking prévue a cet effet, empêchent le moteur de geler

    • D’autant plus que batterie et froid ne font pas bon ménage.

  • Le gouvernement n’a pas à gaspiller des fonds publics pour influencer les choix des citoyens, et donc les fausser. Surtout quand cela s’appuie sur des présupposés douteux.
    Qu’il fasse respecter les lois qui empêchent les uns de nuire aux autres au lieu de favoriser les uns au détriment des autres.

    • oui…c’est le problème de l’article, car il aurait pu s’intituler pourquoi subventionner les voitures électriques si les circonstances eussent été différentes.

  • L’avant-dernier paragraphe occulte sciemment la raison d’être des subventions à l’achat de véhicules électriques : créer le marché.
    Si l’Etat ne subventionne pas, pas de voitures, donc pas de bornes de rechargement. Il faut également proportionnellement plus de bornes que nécessaires, sinon c’est un frein à l’achat. Les voitures électriques subventionnées montrent aux gens leurs avantages et inconvénients, cela fait des retours d’expérience. La demande s’installe petit-à-petit car des gens sont mieux informés sur la voiture électrique, et peuvent décider LIBREMENT si cela leur convient ou non. S’ils font 1000km par semaine, sans doute que non. Et les constructeurs n’auraient pas dépensé des milliards si ce marché ne se développait pas. Quand le marché sera mûr, que les voitures seront abordables et une autonomie adaptée à leur utilisation, l’Etat enlèvera la subvention.

    • Le marché n’a jamais eu besoin de subventions. S’il y a un besoin et que c’est réalisable alors il se créera tout seul. Tout le reste est de l’enfumage et du capitalisme de connivence.
      Les subventions, en plus d’être immorales, sont au mieux inefficaces, au pire nuisibles : elles créent de la distorsion dans le marché, en orientant les choix des consommateurs vers des solutions non optimales, voire des impasses technologiques.
      A cela s’ajoute le 2ème effet kiss cool : les ressources financières utilisées ne sont pas infinies et elles ont un coût, il y a donc de l’argent qui se perd dans les tubulures chromées de l’administration et qui ne sera plus disponible pour de meilleures utilisations.
      Le marché n’est certes pas optimal mais il l’est certainement que l’arbitraire utilisation étatique puisque les décideurs n’utilisent pas leur propres ressources financières mais celles du contribuable.
      Il faut les rémunérer au passage (et je ne parle pas de la corruption et du lobbying à tous les niveaux du mille-feuille administratif), ils ne risquent pas leur argent ni leur poste et n’assumeront ni ne subiront jamais les conséquence de leurs erreurs.

      • Très théorique ce que vous écrivez, c’est le résumé du » libéralisme pour les nuls » ?
        Si l’Etat n’avait pas subventionné/aidé les mines, les chemins de fers, le nucléaire, les autoroutes, l’hydroélectrique, les aéroports, certains développements territoriaux, je me demande dans quel monde nous vivrions. Saleté de politiques publiques n’est-ce pas ?
        Ce que vous dites sur l’administration me fait penser à un truc : quelqu’un m’a reproché sur ce site que je voulais avoir une administration technocratique, ce qui est totalement faux mais bon, autre débat. En fait, dans un monde libéral, l’Etat ne conservant que quelques fonctions régaliennes limitées, il est quand même nécessaire d’avoir un peu d’administration. Or, ce pouvoir administrative doit être impérativement neutre, car il est (parait-il) déjà la première étape vers l’étatisme tant honni. Et pour être totalement neutre, il doit être de facto technocratique, inhumain, débarrassé des passions de l’Homme. La Justice dans un monde libéral sera tellement belle. Simple. Binaire.
        Suis-je content de la situation actuelle ? Non. Est-ce que votre monde libéral ou libertarien est tentant ? Non. Car il n’est qu’un miroir aux alouettes.
        J’ai déjà posé la question mais personne n’avait pu me donner de réponse : pourquoi aucune entreprise ne fonctionne en interne selon les doctrines libérales ? Peut-être que vous avez une réponse ?

    • La plupart des biens de consommation n’ont jamais eu besoin d’être subventionnés pour inonder le marché. Soit cela rencontre un vrai besoin ou offre une nouvelle fonction, un nouveau confort etc et cela se développe soit c’est une lubie purement administrative et le subventionnement se fait en pure perte.
      On n’a jamais subventionné l’achat de 4CV ou de 4L en son temps. Et plus près de nous, l’Etat n’a jamais aidé à l’acquisition d’un smartphone, d’une télé à cristaux liquides ou d’un ordinateur portable…
      Il y a une forte différente avec le développement du secteur nucléaire en France : cela nécessitait un fort investissement et une politique centralisée pour voir le jour. Cela peut éventuellement se comparer avec la mise en place de bornes de recharge sur le domaine public [au fait, comment ça s’est passé pour le développement des stations services, jadis ?].
      Mais l’achat de VE n’entre pas dans cette catégorie : ce type de véhicule trouvera véritablement son public lorsqu’il offrira au moins autant de fonctionnalités que le véhicule thermique ; on en est loin tant le VE souffre encore de défauts rédhibitoires (autonomie et temps de recharge), défauts qui étaient déjà là il y a un siècle !

    • « Et les constructeurs n’auraient pas dépensé des milliards si ce marché ne se développait pas. »
      C’est sûr, c’est mieux que l’état dépense l’argent gratuit des autres pour rien.
      Soit il y a un marché, laissons faire. Soit il n’y a pas de marché, laissons ne pas faire.
      Pas difficile le libéralisme.. mais trop compliqué pour Amabys..

    • Vous voulez dire que les gens a acheté les perceuses sans fil car le gouvernement a subventionné le truc? Vous semblez considérer que le succès de la voiture électrique est inexorable et que le déclin de la voiture » thermique » l’est aussi. Pas impossible mais est ce vraiment le rôle du gouvernement de peser sur cela est donc de faire le choix à la place des gens?
      Et en pratique c’est prendre à paul pour donner à pierre…pour des raisons assez fumeuses.

  • Par contre subventionner la greffe des « Chargeurs Annaux » sur les écolos doit être envisagé, si j’ose dire.

  • Cette affaire démontre une nouvelle fois que la transition énergétique, au lieu d’opérer un transfert financier des riches vers les pauvres, opère en réalité un transfert des pauvres vers les riches.
    Comme chez nous la taxe carbone, la vignette Crit-air, les radars etc qui en gros pénalisent les pauvres ruraux au profit des riches urbains…

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