Face aux casseurs et aux Gilets jaunes, l’État en échec

Les échecs répétés du monopole étatique sont masqués sous le voile de l’idéologie, mais quelques Gilets jaunes ou casseurs surexcités suffisent vite à montrer l’inconsistance du voile.

Par Thierry Falissard.

Ce week-end, les images du Fouquet’s bunkerisé, protégé par un sarcophage, ont beaucoup tourné sur les réseaux sociaux.

Belle illustration d’une défaillance de l’État, une de plus !

Et qui semble confirmer ce que certains libertariens malicieux appellent l’inefficacité du modèle démocratique appliqué à la mafia, c’est-à-dire le règne de l’irresponsabilité institutionnelle qui allie démocratie (loi du plus fort numérique) et monopole étatique (droit du plus fort physique). D’autres libertariens encore plus malicieux expliqueront que la comparaison est inappropriée, car la mafia privée fait des bénéfices et offre un bien meilleur service que l’État !

Les grands esprits, depuis Spinoza, Locke et Hobbes, peuvent toujours nous rappeler que l’État n’a qu’une seule mission légitime : la protection des individus et des biens – une protection qui a un prix, et un prix très élevé : des privilèges « exorbitants du droit commun » accordés aux hommes de l’État et aux organismes qu’ils dirigent. Hélas, ces privilèges ont perdu toute justification, et l’État a abandonné sa mission invoquée sans abandonner ses privilèges.

La mission de protection au second plan

L’État moderne a tellement proliféré dans tous les sens et dans tous les secteurs de la société que sa mission primaire de protection est passée au second plan. Son interventionnisme tous azimuts le rend aujourd’hui non seulement incapable, mais pas même désireux, de protéger le citoyen – il a tellement d’autres missions, plus exaltantes les unes que les autres (écologie, égalité sociale, combat contre les fake news qui ne sont pas de son cru, combat contre les automobilistes, contre les islamophobes, contre les « populistes », contre les anti-vaccins, contre les GAFA gaffeurs, etc.), que pour la sécurité il a donné sa démission.

La protection des personnes et des biens est inscrite en théorie dans le Code de déontologie de la police nationale (art. 1) mais passe bien après la « défense des institutions de la République ». Autrement dit, certaines parties de certains arrondissements parisiens seront mieux protégées que d’autres (même inscrites à l’inventaire des monuments historiques) ! L’inégalité de traitement est ainsi institutionnalisée.

Le citoyen en est-il vraiment conscient ? Probablement pas. Après avoir été désarmé physiquement (le droit au port d’armes est réservé aux « personnes autorisées » ainsi qu’aux délinquants ordinaires), il a été désarmé mentalement. Une armée d’idéologues jouissant des faveurs étatiques, usant à la fois de terrorisme intellectuel, de sophismes, de moraline bon marché et de paternalisme matois, le persuaderont que l’État peut tout et sait tout.

Omnipotence du Léviathan

Rien ne saurait contredire l’omnipotence zélée du Léviathan, qui intervient là où il n’y a pas lieu d’intervenir, tel un gourou de secours, sans impôt d’échappement ! Pas question de laisser les individus s’organiser eux-mêmes, se protéger eux-mêmes, se prendre en charge eux-mêmes pour s’extirper d’une tutelle toujours plus envahissante, stérilisante et inefficace. Les échecs répétés du monopole sont masqués sous le voile de l’idéologie, mais quelques Gilets jaunes ou casseurs surexcités suffisent vite à montrer l’inconsistance du voile.

Et comment appelle-t-on une entité qui vit aux dépens des autres, dont l’action est presque toujours superflue voire gênante, et qui perturbe la société ? Le dictionnaire dit que ces trois caractéristiques correspondent exactement à la définition du parasite. Pour le libertarien averti, ce parasitisme révèle la nature mensongère des justifications théoriques de la domination étatique (au choix : contrat social, suffrage universel, constitution, etc.). C’est à se demander s’il faudra un jour en finir une fois pour toutes avec la politique !