Le mythe de la volonté du peuple

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Vote élections urne (Crédits JaHoVil, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Le mythe de la volonté du peuple

Publié le 17 mars 2019
- A +

Par Ryan McMacken.
Un article de Mises.org

Bien que cela soit rarement dit de façon explicite, la légitimité du système électoral actuel repose sur la loi du plus grand nombre. Pour cette raison, après chaque élection, les vainqueurs prétendent que le résultat du vote reflète « la volonté du peuple ». Souvent, ils affirment également détenir un mandat du peuple pour imposer leur politique.

Bien sûr, cette position est difficile à défendre. Dans le contexte du système électoral actuel, il n’y a aucune raison de penser que lorsqu’un électeur vote pour un candidat X, cela implique nécessairement qu’il approuve le programme porté par ce candidat. En effet, de nombreux électeurs choisissent de voter pour un candidat parce qu’il représente pour eux un moindre mal par rapport aux autres candidats. Il est impossible de connaître la véritable intention des électeurs sans leur poser la question individuellement. Même dans ce cas, de nombreux électeurs peuvent mentir ou ne pas se souvenir des véritables raisons pour lesquelles ils ont voté pour un candidat.

Un sondage récent a montré que la plupart des électeurs votent principalement en opposition aux candidats concurrents, plutôt qu’en soutien au candidat de leur choix. Par conséquent, la conclusion qui s’impose est qu’il n’existe aucun fondement à l’affirmation selon laquelle les électeurs qui votent pour un candidat X apportent nécessairement leur soutien à la politique qu’il projette de mettre en place.

De la même manière, nous ne connaissons pas le degré d’adhésion de chaque électeur vis-à-vis des différentes composantes du programme politique d’un candidat. Un simple bulletin de vote signifie peu de choses.

Les discours autour de la volonté du peuple ne prennent pas non plus en compte le fait qu’en réalité le candidat élu ne représente le choix que d’une infime fraction de la population. Le New York Times a révélé cette année que seulement 9 % des Américains, soit 14 % des citoyens en âge de participer aux élections – ont voté en faveur de Clinton ou de Trump au cours des primaires.

La plupart des citoyens ne votent pas en faveur du vainqueur des élections

Même si chaque vote pour un candidat était effectivement un vote de soutien à son programme politique, le vainqueur de l’élection serait de toute façon très loin de représenter le choix de la majorité du corps électoral et encore moins de la majorité de la population dans son ensemble.

En réalité, l’histoire électorale américaine montre que la plupart des présidents élus ont échoué non seulement à obtenir les voix d’une majorité des électeurs en âge de participer aux élections, mais également à obtenir la majorité des votes exprimés.

Par exemple, l’élection de 1984 constitue la plus large victoire électorale des 40 dernières années. Ronald Reagan avait en effet remporté 58 % des suffrages exprimés. Cela signifie que parmi les citoyens ayant voté pour un candidat, 58 % ont choisi Reagan.

Cependant, si l’on compare les 54 millions de suffrages exprimés en faveur de Reagan au total de la population en âge de voter, on découvre qu’il n’a obtenu l’approbation que de 31 % du corps électoral. 47 % du corps électoral n’a voté pour aucun des deux candidats principaux, Reagan et Mondale. 69 % du corps électoral n’a pas voté en faveur de Reagan1.

Les résultats des autres élections montrent généralement un soutien encore plus faible pour le vainqueur. Au cours des élections présidentielles américaines de 1992, 1996 et 2000, le président élu n’a même pas réussi à réunir la majorité des suffrages exprimés.

En 1992, Bill Clinton a été déclaré président avec seulement 43 % des voix. En 1996, il a été réélu avec tout juste 49 % des voix. En 2000, George W.Bush a été élu avec un peu moins de 48 % des voix. Bien qu’il ait perdu l’élection, Al Gore avait réuni le plus grand nombre de votes, avec un peu plus de 48 % des voix.

Les chiffres sont encore plus faibles si l’on étudie les choix de l’ensemble de la population en âge de voter. En 1992 par exemple, seulement 24 % du corps électoral a voté en faveur de Clinton. 76% des Américains en âge de voter ont donc choisi de ne pas voter pour lui.

En 2000, les suffrages exprimés en faveur de chacun des deux principaux candidats, Gore et Bush, ne représentaient que 24 % du corps électoral.

Le vainqueur de l’élection de 2012, Barack Obama, a réussi à plus de 51 % des votes. Cependant, les suffrages exprimés en faveur d’Obama ne représentent que 28 % du corps électoral, ce qui implique que 72 % des Américains en âge de voter ont choisi de ne pas voter pour lui.

Les chiffres sont encore plus mauvais si l’on rapporte le nombre de votes à la population totale. Après tout, les plus jeunes sont également affectés par les lois, les réglementations, et les guerres imposées par les candidats vainqueurs. Rapporté à l’ensemble de la population, seulement 23 % des Américains ont voté pour Ronald Reagan lors de sa victoire « écrasante » de 1984.

Lorsque Bill Clinton a remporté la présidence en 1992, seulement 17 % des Américains avaient voté pour lui. Les résultats sont similaires pour chacune des élections présidentielles qui ont eu lieu ces dernières décennies, le vainqueur l’emporte toujours avec le soutien d’environ 18 à 23 % de la population américaine.

Pourtant, même lorsque la grande majorité des Américains en âge de voter ont fait le choix de ne pas apporter leur vote au candidat vainqueur, on continue néanmoins de nous répéter régulièrement que le président élu dispose d’un mandat démocratique et représente « la volonté du peuple ».

L’idée que la volonté générale puisse s’exprimer au travers des élections a toujours été un mythe. Même si un candidat réussissait à obtenir 100 % des votes, cela ne nous permet pas de savoir véritablement de quelle façon l’électorat souhaiterait que ce candidat gouverne.

Cette fiction que représente la volonté générale sert à justifier toutes les impostures et abus commis contre les citoyens sous couvert des résultats électoraux, qui seraient une preuve de soutien et d’approbation de la part de la population.

Même Ludwig von Mises, qui était lui-même un démocrate, au sens où il soutenait un système politique garantissant l’organisation d’élections démocratiques, s’opposait à l’idée que le résultat des élections puisse permettre de déterminer la volonté générale. De plus, il soutenait que cette idée avait permis de justifier l’expansion sans limites des pouvoirs du gouvernement.

L’idée de la démocratie a beaucoup souffert de ceux qui, en déformant la notion de souveraineté issue du droit naturel, ont redéfini la démocratie comme étant le règne sans limites de la volonté générale. Il n’y a en réalité aucune différence essentielle entre une tyrannie exercée par un État démocratique et une tyrannie exercée par un autocrate.

L’idée portée par les démagogues et leurs partisans, l’idée selon laquelle l’État aurait le droit d’agir selon son bon vouloir, et que rien ne devrait se mettre en travers chemin de la volonté du peuple souverain, cette idée est à l’origine de plus de crimes que la mégalomanie de tous les princes ayant sombré dans la folie.

Les politiciens continuent de prétendre que les résultats des élections indiquent que la population est favorable à la politique qu’ils veulent nous imposer, malgré le fait que les votes obtenus par le vainqueur ne représentent généralement pas plus de 30 % du corps électoral et moins de 20 % de la population. Il ne s’agit en réalité de rien d’autre que d’une fable bien commode pour leur permettre de prétendre disposer du soutien du peuple.

Article traduit avec l’autorisation du Mises Institute.

Pour plus d’informations, c’est ici.

  1. En 2015, 7 % des personnes résidant aux États-Unis ne possédaient pas le statut de citoyen américain. Une part beaucoup plus faible de la population s’est vue infliger une suspension du droit de vote en raison d’un crime commis. Environ 6,1 millions d’Américains sont dans cette situation. Les résultats sont un peu différents en intégrant ces deux facteurs. Par exemple, dans le cas de l’élection de 1984, si nous retirons 8 % de la population en âge de voter (soit en arrondissant l’ensemble des résidents ne jouissant pas de la citoyenneté et des criminels dont le droit de vote est suspendu), les résultats sont les suivants : 23 % pour Mondale, 34 % pour Reagan, et 43 % pour aucun de ces deux candidats. Il s’agit du meilleur score obtenu par un candidat à la présidentielle au cours des dernières décennies.
Voir les commentaires (10)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (10)
  • Et, pour ce qui est du programme politique, il faut rappeler l’élection de JFK, élu, dit-on, grâce à des femmes qui le trouvaient « beau gosse »

  • Il en est de même pour les gilets jaunes ou la marche pour le climat qui ne représentent que la volonté d’une minorité par rapport à l’ensemble des citoyens Français.

    • Le monde parlait de 1 million de manifestants dans le monde, sur une population mondiale de plusieurs milliards d’individus , ils representent moins que rien meme pas detectable sous un microscope !

      • Quelle importance ? Un petit groupe de gens décidés et munis d’une boussole arrivera bien plus à son but qu’une masse bêlante qui ne sait même pas où elle est avant de partir. Regardez faire les gauchistes, quelques activistes dispersés dans l’amphi et l’AG décide tout ce qu’ils veulent.

  • La democratie se pratique en amont d’une presidentielle ,l’elu n’a en fait peut d’importance qu’il le soit avec 20% de l’electorat ou plus , bof…surtout aux usa où les’parlementaire ont du pouvoir..en france ce n’est bien sur pas le cas d’où les deux tours d’une election pour etre plus que sur de choisir le moins mauvais des deux ,un pile ou face serait peut etre plus efficace ,on eviterait les grosses buses !

  • C’est évident ! Toutefois l’article oublie de citer les contre-pouvoirs qui visent justement à limiter cette emprise « de la volonté générale » surtout aux Etats-Unis. En France avec nos ridicules contre-pouvoirs on est en plein dans ces travers.

  • claude henry de chasne
    17 mars 2019 at 11 h 05 min

    que dire de notre systeme a uninominal a 2 tours , qui provoque l’élection garantie du candidat restant au 2 eme tour devant le FN…
    ce sont des élections truquées.. et on arrive aux gilets jaunes

    • Qu’en dire ? Qu’il est toujours aussi incompréhensible que le peuple n’ait pas insisté depuis longtemps pour qu’il soit remplacé par un scrutin uninominal à un seul tour.

  • De même que « nous ne connaissons pas le degré d’adhésion de chaque électeur vis-à-vis des différentes composantes du programme politique », nous ne connaissons pas non plus la priorité que donnera le candidat à chaque composante de son programme.

    Un programme electoral, c’est souvent comme un horoscope. Il faut mettre beaucoup de choses dedans pour que chacun puisse y trouver au moins une raison de voter pour le candidat.

  • Esprit critique
    17 mars 2019 at 13 h 54 min

    De toutes façons BHL l’a expliqué hier sur France Inter Quand il vote le peuple se trompe, il a tord !
    La volonté du peuple ça n’a pas de sens et elle doit être combattue !
    AMEN !

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Patrick Aulnas.

Les élections régionales et départementales de 2021 constituent un évènement historique. Les deux-tiers des électeurs ne se sont pas déplacés. Par indifférence. Ils ont d’autres chats à fouetter. Voilà une leçon dont la classe politique devra tirer toutes les conséquences. C’est urgent.

L’abstention politique a des causes multiples et complexes brillamment analysées par les politologues. Deux facteurs majeurs sont à l’œuvre et s’amplifieront si rien n’est fait : la médiatisation de la conflictualité politique... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

Par Johan Rivalland.

Je comprends parfaitement le point de vue de Gérard-Michel Thermeau sur l’abstention, dont je n’ignore pas qu’il est depuis longtemps largement partagé par de nombreux lecteurs de Contrepoints. Et j’en partage aussi, naturellement, une grande partie des idées essentielles.

Je souhaiterais néanmoins émettre quelques doutes, qui méritent eux aussi d’être entendus et débattus.

Le Parti des abstentionnistes

On peut penser, en effet, qu’il s’agit du « premier Parti de France ». Mais est-ce vraiment un Part... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

Par Patrick Aulnas.

À un an du scrutin présidentiel de 2022, il serait périlleux de faire des pronostics. Mais il est utile d’ausculter l’opinion par la technique des sondages. Ils sont concordants : si l’élection avait lieu aujourd’hui, Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’affronteraient au deuxième tour. On peut s’en désoler, mais mieux vaut s’en consoler. La démocratie est d’abord un art du compromis, ce que nos concitoyens semblent oublier.

Les Français veulent du neuf mais se résolvent à ne pas l’avoir

Selon un sondage réalis... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles