L’Union européenne ne sortira pas gagnante du Brexit

Brexit falling apart - all fall down! By: muffinn - CC BY 2.0

La seule solution qui permettrait aussi bien à l’UE qu’au Royaume-Uni de sortir victorieux de la crise actuelle est d’assurer à la fois le libre échange et une plus grande liberté pour les États membres.

Par Alexandre Massaux.
Un article de l’Iref-Europe

Le Brexit est source d’incertitudes politiques et économiques aussi bien au Royaume-Uni que dans l’Union européenne. La perspective de plus en plus probable d’un no deal renforce les inquiétudes sur la situation post-Brexit. L’UE aurait autant, voire plus, à perdre que le Royaume-Uni. Et nous pouvons déjà l’observer à l’heure actuelle.

La mise en évidence par le Brexit de divisions sur les questions budgétaires dans l’UE

Au niveau budgétaire, le Royaume-Uni résorbe peu à peu son déficit public qui s’élevait pour l’année 2017-2018 à 2,1 % du PIB et qui doit passer à 1,8 % en 2019. Un niveau équivalent à celui de l’année 2006-2007 (soit juste avant la crise économique).

En comparaison, pour la même période (2017-2018) la France avait un déficit public de 2,6 % du PIB avec une augmentation prévue qui aboutira à 3,4 % du PIB en 2019, à la suite des concessions du président Macron face aux Gilets jaunes. La différence de situation s’explique par la capacité de l’État anglais à réduire sa dépense publique contrairement à son homologue français.

Du coté européen, la sortie du Royaume-Uni fait perdre à l’UE son quatrième plus gros contributeur au budget, soit l’équivalent de 10,6 milliards d’euros en 2017 et deuxième contributeur net avec 4,2 milliards d’euros.

Cette diminution de ressources pour l’UE impacte la politique des États membres qui se retrouvent divisés sur les questions budgétaires. Le gouvernement français et le président Macron, qui se reposent sur la solidarité européenne, souhaitent un budget commun au sein de l’euro zone.

Un tel projet a eu pour effet de faire réagir les États d’Europe du nord qui ont créé un forum informel surnommé par le Financial Times la Nouvelle Ligue Hanséatique. Ce groupe formé par les Pays-Bas, l’Irlande, la Suède, le Danemark, la Suède, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie (la République tchèque et la Slovaquie les rejoindront au cours de l’année 2019) s’est donné pour but de s’opposer à une harmonisation budgétaire dans l’euro zone et plus généralement dans l’UE.

Ces pays, soutenus en outre par l’Allemagne et l’Autriche, sont partisans d’une discipline budgétaire. En 2018 ils avaient soit un faible déficit (maximum : 0,9 % du PIB pour la Finlande et la Slovaquie) soit un excédent budgétaire (qui monte jusqu’à 2,5 du PIB pour la Lettonie), et des dettes publiques relativement faibles (en 2018 : de 8,5 % du PIB pour l’Estonie à 69,1 % pour l’Irlande).

La Nouvelle Ligue Hanséatique en tant que produit du Brexit est révélatrice des divisions économiques et budgétaires entre les pays d’Europe du nord et d’Europe du sud qui risquent d’aller crescendo avec la nécessité de revoir le budget européen. Les États d’Europe du nord qui ont su tenir leurs budgets et laisser prospérer leurs économies refuseront de payer pour les États du sud dépensiers comme l’Italie, l’Espagne ou la France.

Les retombées négatives d’une crise prolongée pour l’UE

L’absence d’accord entre l’UE et le Royaume-Uni aurait des effets négatifs des deux côtés de la Manche. L’interdépendance économique est forte : 47 % des exportations du Royaume-Uni viennent de l’UE (surtout de l’Allemagne avec 11 %, puis de la France, Pays-Bas et Irlande avec 6 % chacun) tout comme 51 % de ses importations (Allemagne : 14 %, Pays-Bas : 7 % et France : 5 %). De ce fait, si aucun accord n’est conclu, les échanges économiques seront affectés par les droits de douanes.

En outre, afin de contrer les effets négatifs d’un no deal, le ministre britannique des Finances, Philip Hammond, a avancé l’idée de transformer le Royaume-Uni en paradis fiscal pour le rendre plus compétitif . Le poids de la City de Londres (qui reste, en 2018, la seconde place financière mondiale derrière New York) fait qu’un tel scénario peut se concrétiser et affaiblir la place de l’UE dans le monde financier. Le Royaume-Uni passerait du statut d’ancien membre à celui de concurrent de l’UE qui tisserait des accords de libre-échange avec des États tiers de l’UE.

La seule solution qui permettrait aussi bien à l’UE qu’au Royaume-Uni de sortir victorieux de la crise actuelle est d’assurer à la fois le libre échange et une plus grande liberté pour les États membres. En effet, le marché commun est la plus grande réussite de la construction européenne qui a permis à l’UE d’avoir le second PIB mondial (16487 milliards de dollars en 2016), derrière les États-Unis (18 624 milliards de dollars). Néanmoins, vouloir uniformiser l’Union par une harmonisation économique et fiscale a conduit au Brexit et exacerbe les tensions entre les États du nord et du sud qui possèdent des modèles et des contextes internes différents. Le planisme n’a jamais été une bonne solution.

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